Récits - Anatolie, Caucase
Mea culpa, suivant les pays les accents sont plus ou moins présents sur les claviers, ce qui explique leur absence dans certains de nos textes. Désolé pour cette
difficulté de lecture.
Passage de frontières réussi !
On the road again
Tbilissi, le 15 mai 2009
Demain depart pour Baku, qui l'eu cru ?
Escapades
caucasiennes
Tbilissi, le 6 avril 2009
Apres épuisement de nos différentes pistes pour l’obtention de la lettre d’invitation (LOI pour les intimes), nous avons mis tous nos espoirs entre les mains d’une agence de voyage géorgienne qui
travaille en partenariat avec une agence azerbaidjanaise. Une fois remis dollars et demandes, il ne nous reste plus qu’à attendre, encore un peu.
Le grand Caucase n’est pas loin, nous en avons eu un avant-goût il y a deux semaines, juste de quoi avoir envie d’y retourner. C’est dit, nous sautons dans un marchroutka direction Khazbegui (ou
Stepantsminda selon les humeurs sémantiques des gouvernements au pouvoir), au bout de la route militaire, à une dizaine de kilomètres de la frontière russe et au pied du Mont Kazbek (ou Mt
Mkinvartseveri, 5033m). Tentative de prise de renseignements à la maison de la montagne. Vako guide et fondateur des lieux nous ouvre la porte de la partie gîte, mais ne nous ait pas d’une grande
utilité pour planifier les jours à venir : « les choses à faire dans la région ? ôf vous savez il y a de la neige. Ha, cette vallée l à ? oui pourquoi pas, il y a des villages. Celle-ci ? oui
pourquoi pas, il n’y a plus personne, si vous voulez du sauvage, il faut aller là. Par contre n’oubliez pas vos passeports, il y a un chek-point, la vallée mène en Ossétie du sud. Passer de cette
vallée à celle la ? ôf il y a de la neige. Le Kazbek ? ôf il y a le glacier, mais il y a de la neige … et il y a toujours des polonais pour se lancer sans équipements dans la tempête. La météo ?
ôf ça change vite. »
Le lendemain petite grimpette vers le monastère de Tsminda Sameba en compagnie d’Alex et Natalie, les deux cyclos américains eux aussi en attente de leur LOI pour aller en Azerbaïdjan. Bravant le
vent nous décidons de continuer plus haut, doublant des groupes d’ukrainiens et de géorgiens surchargés en route vers le Kazbek. Nous nous arrêtons peu avant le glacier, le temps de voir que les
conditions d’enneigement et météo (du moment) sont optimales pour l’ascension. Malheureusement, pas de crampons, pas de Mont.
Apres avoir évoqué Grenoble et les fameux Cabaresto de Kolexi tout en dégustant une bonne soupe en l’honneur de ses artistes (et oui, vous ne saviez pas que Kolexi était connu jusqu’au fin fond
du Minesota ? Comment ça vous ne connaissez pas Kolexi ??), nous nous sommes enfoncés dans la vallée de Sno (…), carte touristique au 250.000 en poche, avec l’idée de passer le col de Gudamakari
(2347m) avant de redescendre dans la vallée de Shavi Aragvi. Et oui, il nous l’avait dit le monsieur, il y a de la neige. Et la neige, elle fond, formant des torrents glaces peu agréables à
traverser. Par contre la neige en s’accumulant au fond des vallées nous permet de passer au-dessus de ces même torrents et de grimper jusqu’au col : un petit plateau, blanc de neige, entouré de
monts dépassant allègrement les 3000m. Sentiment d’espace et de souffle après l’étroitesse des vallées. L’autre coté : une face sud bien pentue. La neige : fondue, ne laisse que des névés peu
surs et par endroit a provoqué des éboulements de terrains et la disparition de la sente. Au fond, des gros nuages noirs nous font avaler notre fromage trop salé et notre alva bien sucré en
triple vitesse. Pour raison de sécurité nous rebroussons chemin et couront planter la tente au fond de la vallée sous des trombes d’eau et sous l’oeil amusé des vachers redescendant leur
troupeau. La redescente en bus semble être la partie la plus périlleuse de notre escapade. Nous regardons avec doute la réparation du pneu du marchroutka tout en espérant qu’il ne soit pas tombé
trop de neige au col de la croix. Face a la route, les géorgiens ont deux solutions : apprendre à conduire ou prier. Apparemment ils ont choisis la deuxième solution, il y a quelques années
encore il était bien plus facile d’acheter son permis de conduire que de passer l’examen (de toute façon pourquoi apprendre ?). Les passagers se signent devant chaque église, croix ou icône.
Heureusement le chauffeur semble en être exempte.
A notre arrivée à Tbilissi nous apprenons qu’il y a eu une tentative de coup d’Etat. En faite, la petite mutinerie n’a pas dure bien longtemps et les soldats ont rendus les armes avec le
sourire…un coup de pub pour Saakachvili ? Quand aux visas, et bien le ministère à Bakou a bloqué toute les demandes de lettre d’invitation jusqu'à vendredi…attendre, toujours attendre. Pour Alex
et Natalie, la lettre d’invitation a ete envoyee a l’ambassade d’Azerbaijan à ... Washington !
Je crois que ça va pas être ....
Tbilissi, le 28/04/2008
Deux semaines. Deux semaines que matin, midi et soir, nous traversons la ville pour nous rendre à
l'internet café. Descente sur les bains de Tbilissi, virage à gauche au milieu des travaux, attention au débris qui tombent, remontée de la rue en courbe au milieu des petites épiceries et des
vendeurs de Radjapouri, traversée de la place de liberté, slalom entre les « cell » misent en place par l'opposition et sa chaîne de tele, petit regard sur le « meeting » demandant la démission
de Saakachvili toujours présent devant le parlement, cric cric, les mangeurs de graines de tournesols sont toujours là, virage à gauche dans la petite rue, entrée dans l'internet café, et au
milieu des fesses et des seins....non toujours pas de solutions pour notre visa Azeris... Mamamia. Entre deux appels à l'aide nous rencontrons chaque jour plus de cyclos venant se jeter contre le
mur. C'est fous ce qu'il y a comme vélocipédiste dans la région ! Maxime et Bea que l'on avait rencontre à Ankara et qui vu notre immobilité administrative n'ont pas mis longtemps à nous rattraper, Betty et Jean-Pierre, les plus expérimentés d'entre
nous, Nathalie et Alex, les empêchés de traverser
l'Iran pour cause de mauvaise nationalité et bien sur nos compagnons de chambre Inigo et Aitor, les seuls à avoir eu leur visa. Allez les gars, revenez-nous voir dans 3 ans quand on aura fondé la première communauté française
de Tbilissi !
Radjapouri : de l’adjarouli au phenovani !
Tbilissi, le 18/04/2008
Climat subtropical oblige, il a bien sur fallu que nous quittions Batumi sous des trombes d’eau. Première pause : le jardin botanique du Cap vert ... il y a des choses dont il est difficile de se séparer. Après s’être réchauffés dans la guitoune de la gardienne, on reprend la route, la principale, celle dont on nous a prédis qu’elle était pleine de camions, mais celle que l’on a préférée prendre tout simplement parce que le col de l’autre est à priori ferme jusqu’en mai. Peut-être parce qu’on est le 8 avril, jour précédent le 9 et la fameuse grosse manifestation contre Saakachvili ou peut-être parce que tous les camions sont bloques de l’autre cote de la frontière, en tout cas la fameuse transgeorgienne ressemble plus à une petite départementale qu’à une nationale hyper circulée. Savoir qu’un toit nous attend à la fin de la journée, nous aide à avancer à travers brouillard et plaine. Manana et Zouri se demandent comment les amis de Natia ont réussi à trouver leur maison. En tout cas nous on est bien content d’arriver dans un foyer aussi chaleureux. On nous met devant le poêle et les voisins commencent leur visite les uns après les autres. Arrivent Laurent et Martine, deux français venus s’installer dans le village de leurs origines. On passera une soirée à déguster les bons plats de Manana, à parler français, géorgiens et anglais quand les plus jeunes du village débarquerons pour se faire à leur tour traducteurs.
Le lendemain c’est reparti sous la pluie. A midi, alors que nous tentions de
dire les deux mots de géorgiens que nous connaissions, des flics s’arrêtent : « bonjour, ça va, ils ne vous posent pas de problèmes ? non non on discutait. Vous venez d’où, vous allez où ?
Sapranguetie, Tbilissi, Bakou. Bien, au revoir. Au revoir. ». On remonte sur les vélos direction Kutaisi. Une voiture de flics ralentit à notre niveau : « Vous venez d’où, vous allez où ?
Sapranguetie, Tbilissi, Bakou. Bien, au revoir. Au revoir. ». Pause pipi, une voiture de flics s’arrêtent, rebelote. Plus loin une voiture ralentit nous double, nouvelle pause, elle s’arrête 100m
devant nous, on redémarre, elle redémarre, on la voit passer en sens inverse puis elle revient derrière nous, nous redouble, à nouveau on la voit en sens inverse. Plus loin une autre voiture nous
double, nous fait signe de s’arrêter. Toujours les mêmes questions, de toute façon ils ne parlent pas anglais, pour ne pas évoquer notre géorgien. Serions nous suivis par hasard ? Arrivés à
Kutaisi, les mêmes derniers flics « vous allez où maintenant ? Heu visiter la cathédrale. Bien suivez-nous». Ils nous laissent devant la porte. On visite. On repart. Cette fois c’est un simple
citoyen qui nous pose la question. Il nous met sur la route du monastère prêt duquel nous voulons passer la nuit. A la sortie de la ville, un homme dans son 4x4 blanc « vous allez où ?
Monastère de Gelati. C’est par-là. Merci ». Dans la cote, il nous double. Nous attend l’air de rien, repart quand on est à moins de 100m, puis quand on le croise en sens inverse il fait mine,
arrive à notre niveau, de prendre un chemin de terre. C’est quoi ce bordel ??? On passe devant un poste de police et hop un 4x4 blanc nous arrête 100m après. « Où allez-vous ? Gelati. C’est
par-là. Ben oui y’à qu’une route ». Cette fois la filature ne tente même pas de se faire discrète et on se prend quelques bon gaz d’échappements dans la figure quand on les rattrape et que le 4x4
à du mal à re-démarrer. Ouf après 2 heures de cote on arrive au monastère. « bon maintenant vous allez dormir où ? On va planter la tente par la. Ha non c’est pas possible, il faut que vous
alliez dans un hôtel a Kutaisi. Comment ça pas possible, il est hors de question que nous redescendions dormir dans un
hôtel. Oui mais ici c’est dangereux il y plein de loups et de brigands. Et bien on va faire comme d’habitude on va demander aux gens si on peut dormir
dans leur jardin, on va essayer la première, puis la deuxième maison, etc. Non non il faut aller à l’hôtel » Heureusement notre jeune traducteur du moment a une idée, il connaît des gens qui
habitent au virage du dessous, on va leur demander. Et hop c’est reparti, on suit les jeunes, on est suivis par les flics. Ceux sont eux qui vont demander à la famille de nous accueillir. Super
introduction. Le lendemain, on remonte au monastère, un flic est là à se geler depuis 1h30 (à cause du retard pris sur notre planning « officiel »), C’est bon les vélos sont bien gardes on peut
visiter tranquille. Redescente, repassage devant le poste de police, on tourne à gauche vers le deuxième monastère et le doux bruit du 4x4 se fait entendre. C’est bon, les gardiens de nos vélos
sont réveilles ! On retourne sur la nationale....seuls. On reverra bien quelques voitures, mais la filature s’effiloche au fur et à mesure de la journée. Enfin tranquille, tranquille pour faire
les pauses pipi quand on veut, tranquille pour discuter avec Yannis, cyclo breton qui rentre chez lui après avoir acheté un vélo a Singapour il y a un an et demi, tranquille pour se rapprocher
des monastères et demander en toute simplicité où il est possible de planter la tente. Mais l’hospitalité des géorgiens est telle que la tente restera bien au sec dans les sacoches et que
notre traversée de la Géorgie va se transformer en gigantesque dégustation culinaire : radjapouri (littéralement pain au fromage), kefali (poisson grille), khveli (fromage), lobio (potage de
haricots rouges à la coriandre), matsoni (yaourt amer), miel, mtchadi (galette de mais), salade verte sucrée à l’aneth, ravioli géorgien, kababi, badridjanis salati nigvzit (aubergine grillée à
la sauce aux noix pilées), adjapsandali (salade de légumes), patates sautees, lavachi (pain plat), muraba (fruits confits en jus), soupe au riz et à la coriandre, etc, etc, le tout accompagne de
vin et de vodka bien sur ! Si le coeur y est, les mots manquent et notre petit guide de conversation est bien utile mais pas toujours suffisant pour développer les discussions. Aurélie a bien
tente un apprentissage du Backgammon géorgien, mais les règles de fin de partie sont restées obscures. Si les toilettes sont toujours au fond du jardin avec plus ou moins d’électricité, la télé
trône dans toutes les maisons. Ce qui nous a permis de tous les soirs avoir quelques images de la manifestation qui se poursuit à Tbilissi. Saakachvili n’a toujours pas démissionne (pour y mettre
qui à la place de toute façon, se demande-t-on dans chaque maison) et le mouvement semble s’effilocher. On continue la route. Gori, le musée Staline, la ville troglodyte, les villages de réfugiés
et Cherchvebi, petit village de bord de route où nous nous arrêtons demander de l’eau. Le seul point d’eau est tout en haut du village. Planter la tente dans un des champs et toujours
impossible. Vous comprenez avec le froid qu’il fait. Un gars nous invite chez lui. Tout le village semble se rassembler autour de nous. Un deuxième veut que nous allions chez lui. Dans son dos
les gamins me font signe que c’est pour aller boire des coups. Et vu sa tête (délit de faciès, je sais..), j’insiste pour que nous allions chez le premier qui de son cote nous dit que le deuxième
à trois enfants. Forcement les enfants c’est gage de confiance. Devant nos têtes de ceux qui font style de rien comprendre, le premier nous embarque chez lui. En traversant le village il
continuera la répartition des chèvres et des moutons dans chaque maisons. Manifestement toutes les bêtes du village passent leur journée ensemble au-dessus du village. Le soir venu quelqu’un va
les chercher et la répartition se fait au fur et à mesure de la descente dans le village. Arrivés à la maison, on dit bonjour à sa femme, qui sort. Le voisin débarque. On se met autour du poêle.
La fille du voisin arrive à son tour. Elle repart et revient avec de la nourriture. La femme est toujours dehors. Puis d’autres voisins arrivent. On commence à manger tous ensemble. La femme est
toujours
dehors. La femme du voisin arrive. Les hommes s’évertuent à faire
boire Florent. Les femmes sont excusées. Soudain tout le monde sort. Ne reste plus que le voisin. Dehors, des engueulades de bonne-femmes. La femme du voisin revient et nous dit que nous devons
aller chez elle pour passer la nuit. On ne comprend pas tout mais on est bien force de suivre. Dehors, la femme reste dans l’ombre. Arrivés chez les voisins, ils nous disent que la femme de leur
voisin est un peu folle. Mais nous on se demande s’ils ne sont pas un peu tous fou et on est bien content que ces voisins aient deux filles qui semblent à peu prêt tenir la route. Le lendemain
matin, l’homme nous pose les mêmes questions que la veille, il a tout oublie et sa femme nous sert d’autorité deux verres de vodka. Ouf la route est toujours là !
A Tbilissi Rusudan et sa maman nous accueillent, on continue nos découvertes culinaires. Tbilissi, nouvelle pause visa. Deux jours pour finir de rassembler tous les documents qui prouveront aux américains combien on est des gens bien, remplis de bonnes intentions. Après les passages des nombreux portiques électroniques et avoir fait accepter le fait que nous pouvons avoir un rendez-vous commun puisque celui de Florent n’a pas été note sur leur liste mais que nous voyageons ensemble, nous présentons nos questionnaires, et là on nous dit non, non pas possible, vous portez des lunettes sur la photo, c’est interdit. Comment ça c’est interdit, j’ai fait exprès de les garder pour ressembler le plus à moi-même. Non, c’est interdit, si vous revenez avant 10h30 avec de bonnes photos vous pouvez faire l’interview sinon il faut prendre un autre rendez-vous. Et hop, c’est parti, le gars de l’entrée est habitue au problème et les taxis qui attendent dehors aussi manifestement. On revient avec la bonne photo. Et l’interview « vous voyagez à vélo, vous allez où ? A l’ouest, dommage parce que moi je viens de l’ouest », un autre « alors vous voyagez à vélo, vous voulez aller où ? C’est super, bon ben c’est fini, si on avait des cas aussi facile que les votre à chaque fois ce serait vraiment bien». « Et nos papiers vous n’en voulez pas, vous ne les avez même pas regarde ? » « Non, non, je vous fais confiance ». Et voila, le seul problème une affaire de lunettes. Tout ça pour ça. Il n’y plus qu’a attendre nos passeports pour aller voir les azéris, qui eux ont complique leur procédure. Ils ont du se rendre compte que tous les voyageurs venaient faire leur demande à Tbilissi parce que s’y était plus facile. Depuis le 4 avril, il est nécessaire d’avoir une invitation certifiée par le consulat du ministère des affaires étrangères à Bakou. On compte toujours sur Ozdur.
Aujourd’hui, toujours a Tbilissi, mais changement de maison. Rusudan est parti en vadrouille pour quelques jours et il était impossible que nous restions chez elle (même si on a lu dans les yeux de sa mère qu’elle aurait bien continue à nous faire des petits plats et à nous parler de l’histoire française). Grâce à Nicolas, belge de son Etat, que nous avions rencontre au musée Staline à Gori, nous sommes aujourd’hui accueillis par Daniel, américain qui effectue des recherches sur les réfugiés, et Till, allemand qui fait une thèse sur les ONG. Depuis 2 jours, nous naviguons dans le milieu international de Tbilissi, entre critique des aides au développement et récits de vie dans différentes régions du monde. Une ouverture qui nous fait du bien et nous fait presque sentir à la maison. Parfois le monde semble être si simple.
Nous attendons deux cyclistes espagnols, est-ce que ce seront ceux rencontres à Istanbul ?
5 avril 2009 : Arrivée en Georgie !
Batumi, le 07/04/2009
Pendant ces quelques jours passés sur les bords de la mer noire, la route est sensiblement la même : presque plate (presque...), 2x2 ou 2x3 voies, la mer à gauche, la montagne à droite, les villes teintées de vert, bleu, rose se succèdent, derrière un virage : une mosquée, un petit port, après le port : un virage... Si l'on apprécie l'asphalte de la nouvelle route pour enfiler les kilomètres sans trop souffrir, on se dit qu'une telle destruction du littoral n'était peut-être pas nécessaire pour satisfaire notre vitesse. Les camions débordant de ballons aux couleurs fluots nous doublent en klaxonnant, suivent ceux chargés de tuyaux et de sacs de noisettes. Attila nous arrête. Il rêve d'aller en Inde en vélo. On le retrouvera un peu plus tard pour une discussion face à la mer sous le soleil de fin de journée. Il nous indique une plage ou passer la nuit. On continue bien après la fameuse plage en question coincée dans un virage en pleine ville. Les stations services se font rares. Les terrains sont de plus en plus pentus et le tissu urbain s'intensifie. Enfin le chien de PO ! Pas de salle pour les routiers. Erkan qui lavait son Dolmus nous invite chez lui. Les vélos restent à la station et nous on prend la direction de son canapé. Espagne 2, Turquie 1, mais quel goal ! Le lendemain, 6h, cantine des célibataires pour un bon bouillon aux tripes et a l'ail...de quoi nous caler le ventre jusqu'à Trabzon ou nous attend Gokhan et sa copine pour une bonne grillade d'anchois.
Objectif : rejoindre Batumi en 2 jours (240 km). On appuie sur les pédales. Le soleil est avec nous. La monotonie de la route nous fait mal aux fesses, au dos. Abdos, abdos dirait docteur Magnol. Et oui, si les cuisses et les mollets s'affairent, le haut du corps est lui en mode pause. Bientôt nous ne pourrons même plus porter nos bagages ! Les noisettes laissent place au thé. Un 4x4 s'arrête "Visitor may be lost. Please be patient". Deux sud-africains en sortent. Ils sont sur la route depuis un moment et continuent en attendant de rentrer chez pour la coupe du monde de 2010. La route redevient telle qu'elle était avant la construction de "l'Autobahn". La rustine (seule et unique) nous lâche 15 km avant la frontière. Soudain les premiers camions arrêtés apparaissent. Nous en doublerons une file ininterrompue jusqu'au poste frontière. Les turques se posent quelques questions face à nos tampons d'entrée mis sur un papier à part et non sur nos passeports. Quand Alvaro nous avait demandait si l'on avait assez de place pour tous les visas sur nos passeports, on avait décidé de montrer nos cartes d'identité tant que cela était possible. Tant pis pour nous, coup de tampon sur la dernière page pour sortir de Turquie. Les géorgiens apposeront le leur à cotte. Ouf, une page pour les deux pays, on est dans les comptes !
Changement de pays, changement d'ambiance. Devant, une croix, on se retourne, une
mosquée. Les vaches ne sont plus tenus en laisse mais courent en toute liberté dans les villes et villages. On arrive à Batumi. Un papi nous demande. On dit Grenoble. Il nous répond Stendhal
! Un autre s'évertue à nous trouver un endroit ou dormir alors que nous attendons Volkan. Oui, oui il ne va pas tarder. Et le
capitaine arrive. Avec lui on passera en douceur de la Turquie à la Georgie. Turque, il nous emmène dans la cantine turque, dans le bar turc, ou se retrouvent tout ceux qui ont des problèmes avec leur État
d'origine.
Aujourd'hui on a retrouvé Natia. On regarde quelques photos : Grenoble, Parc Paul Mistral, Cap Berriat... Et puis on évoque la Georgie et le 9 avril à venir. Une grosse manifestation est prévue contre le gouvernement. Sakachvili craignant l'arrivée massive de manifestant dans la capitale, les trains sont bloqués jusqu'à nouvel ordre. La population (grandement aidée par les discours médiatiques) craint les débordements et que Sakachvili fasse appel à l'armée et tire sur la foule. Et nous ce n'est pas en lisant les journaux que l'on va y comprendre quelque chose... en géorgien Georgie s'écrit : საქართველო ! (et se dit Sakarvelo).


Ankara, le 26/03/2009
Le souvenir de récits de cyclos avec des stalactites de glaces tombant du nez ajoutes aux nombreuses mises en garde des turcs nous ont a nouveau poussé vers l'otogar pour notre traversée du plateau anatolien. Et effectivement ce sont les flocons qui nous ont accueillis au petit matin en gare de Göreme. A force d'osciller entre printemps et automne, nous avons finis par trouver l'hiver !
Si l'on trouve des représentations de Pamukkale dans tous les kebabs, on trouve des photos de Cappadoce dans toutes les agences de voyages. Et pour cause ! L'érosion du plateau anatolien a formé des vallées au fond desquelles on découvre d'étranges formations géologiques. La composition du plateau - couche sédimentaire de cendre issue des volcans recouverte d'une fine couche de lave plus dure - a non seulement permis l'apparition des ces fameuses cheminées de fées mais elle en a aussi fait un lieu refuge pour ces habitants : Églises byzantines logées dans les cheminées, pigeonniers et habitations dans les falaises et villes souterraines pouvant accueillir quelques milliers d'habitants pendant plusieurs mois en cas d'invasions.
Armés des croquis présents sur les publicités des hôtels, seules cartes que nous avons trouvées, nous partons nous enfoncer dans les profondeurs du plateau. Les schémas sont assez approximatifs et n'indiquent pas toujours tous la même chose, les vallées nommées parfois en turc, parfois en anglais ont aussi plusieurs noms et les tenanciers des jardins de thé, également propriétaires des églises byzantines attenantes se font un malin plaisir à détourner les panneaux indicatifs, voir à les supprimer si besoin. Mais il suffit de prendre un peu d'altitude, remonter sur le plateau pour repérer le chemin de retour. Ces vallées sont de merveilleux terrains de jeux : suivre des tunnels étroits, grimper dans une ouverture et découvrir des églises troglodytes, peintes ou pas, rentrer dans une salle et s'apercevoir que c'est un ancien réfectoire avec longue table et bancs creusés dans la roche et cuisine attenante, faire l'inventaire du nombre de petites cavités carrées servant de nichoirs aux pigeons, remonter un canyon, grimper des échelles creusées dans la roche, suivre un mince filet d'eau dans des tunnels bien sombre et finir par déboucher sur le plateau et tout ça sans carte aux trésors !
15 jours de randos sur la cote lycienne
comme nous voulions aller á Pamukkale (vous savez ces concrétions de travertin que l'on voit dans presque tous les kebabs), que la Turquie est
grande et montagneuse et qu'Yves (le papa d'Aurelie) nous rejoignait á Antalya le 21 février, il a fallut se décider : soit se gaver de patators et rouler jours et nuits, soit équiper
nos vélos de moteurs, soit mettre tout le monde dans un bus. Finalement comme nous avions déjà des problèmes de ventre et que nous préférons les transports en commun aux transports individuels
motorisés nous avons choisis l'option bus. En acceptant de faire un petit détour nos vélos ont pu voyager confortablement dans de grandes soutes. Jusqu'en Turquie les seuls transports en commun
que nous avions utilises été le bateau et le train ... pour cause d'annulation de bateau. En une semaine nous nous sommes rattrapés : İzmir - Ephesus - İzmir - Denizli - Moğla - Fethiye. Le
record revenant au vendredi 13 février avec 6h de transport en communs pour faire l'aller retour á la cite antique d'Ephesus. 80km...il est parfois plus rapide de préférer le
vélo.
connaissance de Thierry, cyclo suisse en route vers l'Egypte. Ensemble nous passons le col dans le brouillard. Dans la redescente la pluie nous
rattrape. Et c'est bien sure au bord de la 2x2 voies, une vingtaine de kilomètres avant Antalya, sous la pluie et á la nuit tombante que nous avons notre première crevaison. Mais grace á la super
cape rose de Thierry,