Récits - De Busan à Vancouver

 

Mea culpa, suivant les pays les accents sont plus ou moins présents sur les claviers, ce qui explique leur absence dans certains de nos textes. Désolé pour cette difficulté de lecture.

 


Busan, Corée du Sud, Seattle, États-Unis, 10 jours de merpacifique (04)


Mais pourquoi donc la mer ? Par amour de l'eau ? De l'eau sur la tête, de l'eau sous les pieds ? En tout cas pas par esprit sportif, puisque ces 10 jours de traversée du Pacifique nous les avons passé bien douilletement dans la cabine du « propriétaire » du porte-container l'Hanjin Madrid.

Plus simplement, nous pensons que notre petite planète et ses habitants n'ont pas à supporter les conséquences de nos envies de voyage, nos envies de passer d'un continent à l'autre. Certains nous dirons que les cargos brulent des milliers de litres de fuel à la minute, mais cela reste un moindre mal lorsque l'on compare les quelques centaines de passagers que transporte un avion et les milliers de containers que transporte un cargo.


pacifique (11)

Pour nous c'est le grand luxe : une cabine avec chambre, salle de bain et petit salon comprenant TV, chaine audio et réfrigérateur. Nous pouvons même faire du vélo dans la salle de gym ou piquer une tête dans la piscine remplie localement, autant dire que les 6°C du Pacifique n'ont pas attiré grand monde. Le sauna a un peu plus de succès, surtout auprès des philipinais en manque de chaleur. Le capitaine n'est pas content, la cargo n'est pas plein, mais pour nous ça signifie pas de containers devant le hublot et parfois un rayon de soleil qui entre par la fenêtre ouverte. Les jours passent. Petit-déjeuner à 7h30, monter sur le pont voir si le bateau suit sa route, prendre la vitesse du vent et les dernières nouvelles météo, travaux pratiques, couture sur les chaussures, réparation des sacoches, des duvets. Visite de la salle des machines avec le chef ingénieur, tour complet du bateau avec le troisième officier. Florent passera des heures dans l'atelier du mécanicien, trop heureux de pouvoir utiliser tous les outils dont il rêve depuis longtemps. Finis ficelles et morceaux de bois, les portes-bagages ont eu droit à de belles brasures de la part du chef ingénieur qui s'est pris au jeu des petits cyclos. Balade sur le pont, trouver le silence à la poupe du bateau, loin des machines et des grincements des containers. Entrainement « incendie » et vérification de la fonctionnalité pacifique (24)du système de largage de la barque de secours. La cuisine sépare la salle à manger des officiers de celle de l'équipage. Les officiers sont principalement allemands et polonais, alors que l'équipage est philipinais. Le cuistot agit en conséquence, riz et fruits de mer épicé d'un côté, saucisse et patates de l'autre. Le calme règne chez les officiers et les quelques mots qui s'échangent ne le sont qu'entre compatriotes du même pays. On a bien tenté une échappée du côté de l'équipage, mais le capitaine nous a fait comprendre que les règles de hiérarchie était aussi valable pour nous. Nous prendrons exemple sur le troisième officier : attendre que le capitaine se soit retiré dans sa cabine pour passer des tables à nappes blanches aux tables à toiles cirées et carreaux vichy. Puis aller se coucher, parce que le corps ne s'habitue pas au journée de 23 heures. Chaque jour nous perdons une heure, mais tel Phileas Fog, à la fin de la traversée nous aurons gagné un jour !



America, Americapacifique (45)


Deux jours après le départ de Busan, le capitaine annonce l'arrivée au port de Seattle le 18 décembre à 6 heure du matin. Le 17 petite pause en mer, arrêt des moteurs, vérification de tout le bateau, pas une peau de banane ne doit trainer sur le pont au risque de se voire mettre une amende par le vétérinaire de la douane américaine. Puis c'est reparti, entrée dans le détroit de Juan de Fuca et amarrage au port de Seattle le 18 à 6:00 ! Les douaniers montent peu de temps après à bord, vérification des visas et tout le monde repart dans sa cabine, micro-sieste, petit-déjeuner, quand pourrons nous descendre ? Comment ça ce passe ? Plus personne n'est là pour nous répondre. La capitaine s'est enfermé dans sa chambre, les officiers jouent à cache-cache, l'équipage ne sait rien. A 10h nous décidons de descendre et de voir si quelqu'un nous arrête.


Une fois au sol, les dockers nous prennent en charge, appellent une voiture 1usa (07)pour nous escorter, histoire que l'on ne se fasse pas renverser par un container et c'est partit, bienvenue en Amérique ! Derrière l'Hanjin Madrid, une baleine nous salut d'un coup de queue et le gardien du port nous donne une carte de Seattle. Seattle, fière de rouler à vélo. Les cyclo-cyclistes nous interpellent, tout le monde est inquiet de savoir où nous allons passer la nuit, un peu déçu que nous soyons déjà attendu. Les uns nous protègent des autres : les routard-clochards à qui l'on rappelle quelques souvenirs : le tour des USA en stop, des Amériques en camping-car, un morceau de vie sur la route, Kerouac n'est pas loin.

Impression de pauvreté, peut-être la ville la plus pauvre depuis que nous sommes partis d'Europe. Misère humaine, ne pas voir, ne pas vouloir, détourner les yeux. Voir le danger là où il n'est pas. Où est notre place ? Notre mode de vie est plus proche de cet homme dépenaillé à la barbe longue, nous lui rappelons une autre vie, celle d'avant, les 70'S libres, mais nous faisons aussi rêver cet autre en costume, et cette dame qui sort de la bibliothèque, ceux-là même qui détournerons les yeux face à l'homme dépenaillé.


Dorothée et Mike nous attendent. Nous prolongeons note séjour chez eux 1usa (08)pour aller faire un tour de raquette autour du refuge du club de montagne dont Mike est président. Puis nous traversons la ville pour retrouver Charly et Marty. Ils se sont mariés en vélo hybride (tandem avec le passager avant en vélo couché) il y a 30 ans ! Soirée travaux pratiques et prises de renseignements auprès du voisin qui est géologue au parc du Denaly en Alaska. Le lendemain Charly nous accompagne sur une bonne partie de la route avant de faire demi-tour et de nous laisser continuer sur les pistes cyclables au milieu des villes qui s'étendant dans la forêt. La pluie s'intensifie sans que nous y fassions attention. La nuit tombe. L'humidité nous pénètre, les mains ne supportent plus les températures un peu fraiches. Un arrêt s'impose au premier café. Les banquettes en skaï s'alignent entre les miroirs et le comptoir. Jerry a gardé sa veste de base-ball. Il commande son hamburger quotidien. Le jeune Joe manie la friteuse pendant que Suzanne fait le tour des clients pour re-remplir d'un jus claire les tasses de café. La mère de Suzanne était à l'école avec la sœur de notre voisine de table. Mary, la patronne coiffée d'une superbe permanente blanche, prend soin de son petit monde et ne dérange pas trop les cyclos trempés jusqu'aux os qui viennent de rentrer et se retiennent de ne pas crier fasse à l'onglet qui prend possession de leurs mains. Les larmes coulent,mais le chocolat chaud fait toujours un effet magique. Pendant que je vais me réchauffer mains et pieds sous le robinet, Flo raconte une partie de notre histoire, celle du jour, à notre voisine, une grosse madame accompagnée d'un mari taciturne. Elle nous prête son téléphone pour que l'on prévienne nos hôtes du soir de notre retard. En nous voyant commander le deuxième chocolats chauds, elle nous propose de mettre les vélos dans son pick-up et de profiter de son canapé pour la nuit. Mais nous sommes attendus ce soir et surtout nous serons bientôt attendu à Vancouver et les vélos vieillissent et ne nous permettent pas de grandes pointes de vitesse. Au moment de payer, la serveuse nous dit que notre voisine à déjà régler nos chocolats chauds. Nous n'avons même pu la remercier.

La pluie continue, les dynamos n'aiment pas du tout l'humidité, un raccourcis potentiel nous fait grimper dans la montagne, nous enfonce dans la forêt. Plus d'habitation, plus de voiture. Dans la descente la freins font la sourde oreille. Suivre la petite lumière rouge, seul repère pour anticiper les virages. Ne pas le doubler. Trop tard. Tire sur le câble ! Quel câble !!!!! Il y a des jours où l'on voudrait être ailleurs.

Demain est un autre jour. La route dans la plaine longe de loin le Mont Baker. Le soleil apparaît quand nous nous approchons de la mer. Un bras d'océan s'est faufilé entre les îles jusqu'au continent. Bellinghame et les ferry pour l'Alaska. La route : 50 km en ligne droite jusqu'à la frontière. De l'autre côté, des routes droites, perpendiculaires entre elles. Seul problème : le quadrillage a été posé tel quel sur un terrain loin d'être plat...

1canada (01)

Vancouver : fin de la première partie ! Du 35ème étage de chez Jill et Guillaume nous regardons la ville, immeubles de briques et gratte-ciel en verre. Les montagnes sont derrières le brouillard. Pause hivernal. Tout le monde au sec pour les mois à venir... à condition de trouver boulot et logement. Tomorrow is an other day.


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