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Tour du monde a velo - Terre de paysages

Récits - Amérique du sud 2

 

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Pérou, un pays bien miné qui nous a bien... Asì es!

Mis en ligne à La Paz, Bolivie, le 26 novembre 2011

 

Nous aurions aussi pu dire " De l'étage des avocats à l'étage des Alpagas et vice et versa un certain nombre de fois ", ou bien " Fête des bactéries sur l'altiplano ", ou encore " Avec l'agence deubedeubetannetanne, une saison des pluies toujours en avance! " Ceci aurait peut-être expliqué cela, mais pas complètement. Voyons voir....

 

Après quelques heures d'attente sous le soleil (cf. fin récit Equateur 2), le préposé à l'immigration péruvienne arrive en évoquant une sombre histoire de moto tombée en panne... Est-ce parce qu'il parle français ou parce que nous le demandons gentillement, en tout cas il nous donne six mois de visa, de quoi partir dans la sierra péruvienne l'esprit tranquille. Tranquille...sur les pistes poussiéreuses l'accueil est mitigé. Certains nous traitent de gringos alors que d'autres courent vers nous pour nous offrir des oranges. J'entend au loin des petites filles crier " gringo, gringo " au passage de Florent, quand j'arrive seule la plus jeune me lance un " gringo ". Dans l'ombre de la maison, j'entend la mère reprendre " gringa " d'un ton hargneux, et toutes de reprendre en coeur " gringa, gringa, gringa ". " Ho, c'est le seul mot que vous connaissez?" 

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Au milieu des plantations de café, nous campons chez un producteur. Sa femme nous fait gouter le motte, une sorte de gros maïs éclaté et lui et ses filles nous expliquent la production de café écologique, la cueillette, le lavage des graines pour enlever la peau qui servira comme engrais et le séchage avant la vente. Le café est normalement vendu entre 300 et 400 soles le quintal. Eux le vendent à une coopérative de commerce équitable entre 500 et 600 soles le quintal, soit  entre 130 et 170€ les 50kg (entre 2,5 et 3,5€ le kg). En France le paquet de café torréfié labellisé commerce équitable est vendu environ 3 à 4€ les 250g, soit entre 12 et 16€ le kg...

 

San Ignacio, premier bourg péruvien. Nous tombons sur nos lituaniens, ils vont prendre un bus direct pour Trujillo, ce n'est pas cette fois encore que nous pédalerons avec eux. Après une descente infernale vers la chaleur, nous retrouvons l'asphalte avec bonheur. En deux heures nous croisons trois cyclos en route vers l'Alaska, Hideki du Japon et Sylvia et Matthew, un couple Polono-anglais.

 

Jaen, la chaleur, la poussière, les moto-taxi, les coups de klaxons intempestifs, l’absence de trottoir, une ville où les piétons n’ont pas leur place, une horreur. Bienvenu au Pérou! Une femme nous invite à dormir. Sa famille qui tient une boutique de cycle fait également office de " Casa de ciclista ", des gens qui en Amérique du Sud ouvrent leur porte aux cyclistes de passage. Des cyclos argentins arrivent aussi chez eux, après un tour en Amazonie, ils vont vers le nord. Les discussions avec les uns et les autres dures, la nuit tombe et au moment de prendre une douche, de remplir les gourdes, plus d'eau....à Jaen l'eau est coupée la nuit et ne revient qu'avec le jour.

 

Après la chaotique Jaen, la chaleur de Bagua Grande, la ville la plus chaude 1-Perou--07-.JPGdu Pérou. Un peu plus vivable, un peu moins de moto-taxi. Les agents de la circulation nous invitent à passer la nuit dans leur commissariat, cette fois pas une goute d'eau au robinet. Nous allons nous ravitailler au restaurant en face. Asi es!

Puis nous prenons de l'altitude, remontons une vallée de terrasses, de rizières. Les boeufs labourent les pieds dans l'eau. La vallée se ressert, les parois montent. Plus d'humidité, plus de verdure. Trombes d'eau à Pedro Ruiz. Petit détour pour aller voir les chutes de Gocta, soit-disant une des plus hautes du monde (environ 770m), le chemin d'accès nous a semblé beaucoup plus intéressant que les chutes elles-mêmes...

 

Arrivée au carrefour de Chachapoyas, trop tard pour rejoindre la ville avant la nuit. Nous décidons de faire l'impasse et continuons notre route. Fini la pista, bienvenue la trocha! Et oui, nouveau vocabulaire. Ici une piste goudronnée se dit " pista " et une piste, un chemin de terre, se dit " trocha ", de quoi engendrer pas mal de quiproquo pour qui n'est pas au courant! Mais la piste est tranquille, enfin, la trocha est roulante, bordée de manguiers et de verdure, le long de la rivière parce que dès que l'on monte sur les flancs tout n'est que sècheresse, cactus et herbes jaunies.

Kuelap, un site archéologique pré-inca au sommet de la montagne. Il est 10h 1-Perou--14-.JPGdu matin, il n'y a plus de taxi pour y monter et nous avons la flemme de faire les 70km de côte pour le rejoindre. On tente le stop. Il nous faudra 4 véhicules pour arriver à destination : sur le toit d'un camion, sur le tas de sable d'une camionnette, à l'arrière du pick-up des ouvriers de la piste et à nouveau à l'arrière du pick-up d'une famille de touriste! Kuelap, un site magnifique, une forteresse aux rares entrées qui se ressert pour piéger les assaillants. A l'intérieur, un village de maisons rondes et un bâtiment en forme de cône inversé. Le tout construit entre 900 et 1100, bien longtemps avant l'arrivée des incas et notre architecture moderne!

Après Kuelap, la nuit tombe vite. Sans lune il est difficile de trouver un endroit pour camper. Un grand champ nous attire. Il appartient à une grande hacienda. Le propriétaire nous déconseille le champ, trop de serpents, et nous invite sur les pelouses de l'hacienda, en faite l'hébergement le plus chic de la région! Pendant qu'un groupe de français et d'italiens écoutent leur guide, le patron nous montre la douche et nous offre la soupe. Hummm.

Leymebamba, dernier bourg avant les cols. Nous prenons un almuerzo, menu du jour, constitué d'une soupe et d'un plat, nos assiettes sont deux fois moins garnis que celles des voisins... Petit tour au marché pour le ravitaillement. On nous refile du pain sec et des fruits pourris. Un jour avec, un jour sans, quelque peu fatiguant.

 

Avant Cajamarca, notre prochaine pause, deux cols nous attendent. Entre les 1-Perou--34-.JPGdeux, une descente à 900m d'altitude. Ca caille au sommet du premier. Calla Calla, 3600m. Puis la plus grande descente de tout le voyage : 70km de pura bajada pour arriver à la Balsa! La pluie nous prend avant d'attendre le fond. Des gens  nous invitent à passer la nuit chez eux. Les cuy, couchons d'indes, se cachent dans les recoins de la cuisine. Nous déroulons nos matelas entre le tas de patates et la poule qui couvent ses œufs. On s'assoit avec la mamie devant la maison pour attendre son dernier fils. Elle est un peu morose. De tous ses enfants, un seul est resté avec elle. Le seul qui n'a pas trouvé de femme. Celui qui ne semble pas avoir toute sa tête.  Un autre, celui que l'on attend, a des terrains ici, mais il ne vient que rarement, c'est à eux de s'en occuper. Tout à trac, elle nous dit " On ne récolte que ce que l'on sème. L'année dernière nous avons beaucoup semé et nous avons beaucoup récolté, cette année nous n'avons pas beaucoup semé, nous n'allons pas beaucoup récolter... ", puis elle s'étonne que Dieu ne l'ait pas encore appelée, ne reste qu'elle et sa sœur. On n'a beau lui dire que pour 85 ans, elle a l'air en pleine forme, elle garde un visage fermé.

La poule ne dit mot pendant la nuit et nous repartons au petit matin dans le brouillard, la chaleur de 11h nous prend quand nous arrivons à la Balsa. Manguier d'un côté de la rive, cactus de l'autre. Midi, la pire heure pour attaquer la remontée. Un gamin nous double à cheval, il compte arriver à Celendin le soir même, on espère y arriver le lendemain dans l'après-midi!

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Celendin, plaza de armas, place centrale, place blanche. Les habitants arborent de grands chapeaux de pailles façon cowboy. Le ventre de Florent commence à travailler dure. Le marché est bien fourni et on trouve même du pain frais! Dalila, rencontrée la veille, nous invite à passer la nuit chez elle. Elle est infirmière et nous parle des problèmes de nutrition. Les gens de la région produise de tout, la terre donne beaucoup, toutes sortes de céréales, de patates, de légumineuses, de légumes, mais ils vendent pour acheter du riz blanc. Une grosse partie de son travail est d'inciter les gens à se nourrir de tout ce qu'ils produisent. Une richesse qui pourrait les aider à être mieux dans leur corps. La sœur de Dalila est occupé à broyer des fèves de cacao. Elle 1-Perou--38-.JPGnous explique quel est le processus de fabrication du chocolat et tout s'éclaire, nous comprenons enfin pourquoi nous n'arrivons pas à faire de fondant au chocolat dans cette partie du monde. Au début il y l'arbre avec les cabosses de cacao remplis de fèves entourées d'une pulpe blanchâtre. Les cabosses sont cueillies, cassées, les fèves sont séchées au soleil pour enlever la pulpe. C'est le travail des producteurs. Puis une usine leur achète les fèves et les donne à des personnes comme la sœur de Dalila pour qu'elles les broient. L'usine récupère la pâte issue du broyage et la fait sécher en bloc. Ces blocs, du cacao pure, sont ensuite vendus aux chocolateries étrangères qui sépareront la matière grasse, le beurre de cacao, de la matière sèche, le cacao. Tout l'art du chocolat est donc de remélanger matière grasse et matière sèche dans des proportions connues seulement des chocolatiers. Le chocolat que nous trouvons sur le marché est brut, pas de sucre, pas d'émulsifiant et surtout beaucoup moins de matière grasse que le chocolat que l'on trouve en Europe. Pour le gâteau ou la mousse au chocolat il nous faudra rajouter beaucoup de beurre  et d'émulsifiant!

 

Nous repartons  à l'assaut du dernier col avant Cajamarca, les sacoches  lestées de bloc de cacao que nous cuisinerons à la mode locale : quelques brisures bouillies dans de l'eau avec un peu de sucre pour faire une boisson plus proche du café que de notre chocolat chaud au lait. Chocolat ou pas, le ventre de Flo n'aime pas monter à 3700m. Descente au milieu des pâturages et des centres de récolte de lait Nestlé. En l'absence des professeurs mais avec l'autorisation des voisins, nous campons dans une cour d'école. Florent apprécie la présence de toilettes sèches au fond du terrain... Heureusement le lendemain ce n'est qu'une grande descente jusqu'aux banos de l'inca. Nous serions bien allés nous baigner mais impossible de rentrer les vélos en sécurité. Bah, faute de bain nous avons droit à un interview pour un site internet local.

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Ouf Cajamarca. Repos du ventre puis visite de la ville coloniale construite avec les pierres de l'ancienne cité inca. De la période inca ne reste que la pièce où a été enfermé le dernier souverain. Il avait bien essayé de négocier sa liberté en faisant remplir son cachot d'or et argent, mais ça n'a pas suffit, il a été condamné au bucher. Comme il a accepté le baptême juste avant sa mort, les conquistadors, dans leur grâce, l'ont pendu, c'est plus rapide.

 


Florent va mieux, nous repartons. C'est au tour d'Aurélie de tomber malade. 1-Perou--50-.JPGMalgré une route facile, elle est de plus en plus fatiguée. 17H30, impossible d'aller plus loin. Nous demandons à camper dans un carré d'herbes près d'une maison. Florent est moyennement convaincu. Nous sommes sur le bord de la route et une fête se prépare dans la village suivant. Défilé de burrachos en perspective... La maîtresse de maison pense qu'Aurélie a pris froid à Cajamarca et lui sert une tasse de camomille. Face aux yeux qui se ferment elle nous propose de dormir dans une des pièces de sa maison sur un matelas fait des sacs de riz remplis de pailles : le rêve!  Puis elle nous propose de prendre le repas avec ses sept (grands) enfants. Pour Aurélie la soupe de tripes ne passe pas, elle laisse le privilège de la grande assiette à Florent et se rabat sur le riz aux légumes. Elle sombre pendant que les enfants vont à la fête. A chaque sortie pour aller aux toilettes derrière la maison, les cuys se reveillent : cui cui cui. Oui, oui c'est la dysenterie. Oui oui je vais prendre des anti-biotiques. Oui, oui ça va mieux, nous pouvons repartir. Fête national, dès dix heures du matin, les joyeux nous invitent à partager leurs bières. Le ventre refuse...

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Sur la route pour Cajabamba, tous nous conseillent de dormir dans la pampa avant la ville. Une petite côtelette et nous arrivons dans la pampa, certes c'est plat, mais pas mal habité. La banlieue de Cajabamba en quelque sorte. Bien loin de notre conception de la pampa patagonienne... Quelque peu perplexe, nous nous renseignons sur les possibilités de camper auprès de la plus proche personne. Yolanda nous invite aussitôt à passer la nuit chez elle et ses filles. Nous échangeons soupe contre tasse de cébata grillée. L'ainée des filles nous abreuvent de questions. Elle veut tout savoir de comment c'est l'Europe, la France, comment on y vit, comment on s'habille, comment on y mange. Elle appréhende l'année prochaine : elle va quitter le collège réservé aux filles pour entrer à l'université mixte. Nous on l'a trouve bien dégourdie et super éveillée! Nous déroulons nos matelas sur le sol de terre battue pendant que les habitantes montent à l'étage. Le plancher ne va pas jusqu'au mur, du coup Rebecca en profite pour continuer ses questions jusqu'à ce que sa mère l'arrête.  Excellente nuit 1-Perou--35-.JPGdans la maison en adobe aux couleurs de Keiko. Ville et campagne sont peinturlurées aux couleurs des partis politiques des dernières élections. Et chacun de prendre pour sigle ce en quoi les électeurs vont se reconnaître le plus : tracteur, poterie, chapeau, pelle, maman et son enfant, maison... En présence d'un fort analphabétisme et d'un pays plurilinguistique, les dessins parlent davantage que les mots. Pour les élections présidentielles, les électeurs avaient le choix entre le K de Keiko, la fille de Fujimori, ou le O de Ollanta, un militaire nationaliste. Pour être sur de ne pas se tromper, il y avait également la possibilité de cocher pour la photo de la " china " ou celle du beau gosse. 

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Passé Cajabamba, ça monte dans la pampa! Les maisons sont éparpillés partout dans le paysage. Les forêts d'eucalyptus alternent avec les champs de blé, de frijoles, de patates. Les femmes, les mains toujours occupées, filent la laine ou la tricotent. Quand aux hommes...ils attendent que ça pousse.

 

Huamachuco : tombée de la nuit, rencontre avec une équipe chargée de l'implantation d'une mine d'or. L'exploitation a déjà commencé, mais à petite échelle. L'équipe est là pour développer la mine. Il y a ceux qui étudient le1-Perou--57-.JPG terrain, ceux qui s'inquiètent de son prix auprès du correspondant local, un fils de la région pas très à l'aise à  donner les noms des familles, les infirmières qui mettent en place des projets médico-sociaux et achètent quelques livres pour l'école du coin... Tout un programme de communication pour se faire accepter dans les communautés. Ils nous invitent à boire un chocolat chaud et à passer la nuit dans un hôtel trois étoiles. Les démons sont joviales et connaisseurs de la culture française. Il fait nuit et nous acceptons l'invitation. Difficile de refuser une bonne douche chaude! Le lendemain nous croisons les géologues. Les mineurs nous donnent des carambars, le soir, dans un village, un papy nous demandera des bonbons pour les enfants. Derrière un virage, la mine apparaît. Pour un début il nous semble que la montagne est déjà bien rongée. Au bord de la route : le collège, grand, qui accueillera les enfants de mineurs. La vallée que les géologues étudient : une rivière, des cultures, des pâturages..., le prix du terrain y est plus élevé que celui du sommet sec de la montagne...mais pas assez. Nous continuons notre route avec l'impression d'avoir accepté un cadeau du diable.

 

Il nous reste quelques kilomètres d'asphalte pour monter au col, 4100m, 1-Perou--64-.JPGavant d'attaquer la piste, pourrie. Le porte-bagage avant de Flo n'apprécie pas et nous le fait savoir, une, deux, trois casses et nous en perdons un morceau. De ce côté-ci du col certains se désolent de l'absence de mines. La mine c'est le travail et c'est l'argent... La pollution, oui ils savent, les exemples d'accidents ajoutés à la pollution quotidienne ne manque pas : fuite de mercure à Cajamarca (on aurait même trouvé du poison dans l'eau de la ville), fuite dans la cordillère Huayuash (deux ans sans récoltes possibles, Fujimori envoie l'armée calmer les campesinos qui réclamaient des indemnités : un mort et trois blessés graves)... Creuse et tais-toi. Pendant ce temps là, du côté du lac Titi Caca, les Aymaras bloquent la route. La mine, ils en veulent pas. La nature leur donne ce dont ils ont besoin pour vivre...tant que l'eau, les terres ne sont pas polluées. Plusieurs semaines, de mois de blocage. La presse parle de manifestations violentes à Puno. Faut dire qu'on ne rigole pas dans la région, le sentiment de justice populaire s'est soldée par le lynchage du maire d'Ilave en 2004. Les cyclos nous parlent d'un conflit social qui les a empêché de passer. Personne ne nous dit vraiment qu'elle est la raison du blocage (on ne la cherche pas non plus...). Il nous faudra attendre d'être sur les lieux pour savoir que tout ça n'était qu'histoires de mines, encore, toujours...

(Pour d'autres histoires de mines, un article du Monde Diplomatique ) 

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Florent se fait arrêter par des écoliers. Ils lui tournent le dos et lèvent vers le ciel des sortes d'écran d'ordinateur. Flo s'approche et se voit dans l'écran! Sentiment d'anachronisme à la vue de cette technologie dans un village au fin fond d'une vallée péruvienne. Nous levons les yeux, une énorme mine fait face à l'école. Le démon a appris à se faire des amis.

 

La piste monte, descend, se fait sableuse, pierreuse, les gens nous disent qu'un couple de cyclos est quelques jours devant nous. Ils seraient français, italiens, russes, américains...

Dans la montagne, l'accueil est mitigé. Certains habitants nous saluent, d'autres nous évitent.

Nouvelle grande descente. Retour aux cactus et à la chaleur. Sur l'autre versant, la route remonte en maintes lacets jusqu'à Pallasca pour redescendre quelques kilomètres plus loin au bord de la rivière que nous traversons. Hum, n'existerait-il pas une piste qui longe la rivière? La carte n'en parle point... Une mamie nous dit qu'elle a vu deux cyclos partir sur la piste qui longe la rivière. Elle ne les a pas vu revenir mais d'après elle il nous faudrait traverser deux fois le cours d'eau et il n'y a pas de pont. Un peu plus loin d'autres nous affirment que ça passe. Il y a des ponts et on devrait rejoindre la piste principale en fin d'après-midi. Eux aussi ont vu les cyclos y aller et ne pas en revenir...soit ils sont passés, soit ils sont au fond...1-Perou--67-.JPG

 

Nous attaquons la piste sous le soleil de midi. Elle a été travaillé à coup de vieux bulldozer. Une horreur! Arrivés à la machine à l'origine des dégats, les ouvriers nous mendient un peu d'eau. Nous leur conseillons de revenir vers les maisons, une demi-heure à pied, parce que le peu d'eau que l'on a on veut le garder ne sachant pas trop dans quoi on s'aventure. 200m plus loin l'eau coule à flot prêt d'un ancien campement de mineur. Flo retourne leur indiquer la fontaine magique. Passé le bulldozer, la piste est meilleur, mais il y a peu (ou pas?) de passage. Les herbes et leurs épines ont tout envahies : huit crevaisons en deux heures! Et le ventre de Flo qui recommence à faire des siennes...

Nous croisons des ramasseurs de charbons à moto. Ils nous le disent : ça ne passe pas. Le premier passage à gué est ok, mais le deuxième passage est plus profond et il n'y a pas de pont. Ca ne passe pas. Les crevaisons, le sable, les cailloux qui nous obligent à pousser les vélos en descente et E.coli qui fait la fête dans l'estomac...Hors de question de faire demi-tour. On continue. Un gros bruit, un glissement de terrain de l'autre côté de la vallée? Non, une mine en haut de la montagne dont les camions vident leurs chargement sur les flancs de la vallée. Qu'y a-t-il dans les matériaux qui atterrissent dans la rivière quelques centaines de mètres plus bas?1-Perou--75-.JPG

Nous arrivons à la tombée de la nuit au niveau du premier passage à gué. Nous plantons la tente sur ce terrain plat, morainique, habité d'arbustes épineux. Le sol est parsemé de trous et de galeries.  On se demande si l'on ne va pas disparaître dans d'obscures crevasses sableuses. Les lumières des camions vont et viennent au-dessus du ravin. L'eau qui coule le long des flancs de la vallée est chaude et sent le souffre. Nous faisons le plein dans la rivière d'une eau chargée en limon et sans doute d'autres substances provenant de la mine qui nous domine. Ambiance de bout du monde. Passerons-nous demain?

Réveil à l'aube. De l'autre côté de la rivière des chercheurs d'or nous le 1-Perou--76-.JPGconfirment : ça passe! A l'entrée de leur tunnel, ils se marrent bien face à notre scepticisme. Et effectivement ça passe! La vallée est peuplée de chercheurs, les yeux rivés sur leur tamis en quête de quelques pépites que la mine aura bien voulu leur rejeter. Quatre rondins pour traverser une seconde fois la rivière nous suffisent pour faire passer vélo puis sacoches. De l'autre côté, les femmes sont aux fourneaux et à la vente des pépites que des gringos viennent de temps à autres leur acheter. De 60 à 150 soles la pépite, 200 si elle est grosse.

 

Enfin nous rejoignons la piste qui descend de Pallasca,  le village où nous 1-Perou--87-.JPGn'avons pas voulu grimper. Une piste tellement belle qu'on la croirait asphaltée... La vallée quand à elle est toujours aussi austère. Pays de pierres et de sables. Pays brulé par le soleil où le seul échappatoire est l'ombre des cactus. Quelques hameaux autour des rares sources. Des villages au carrefour de routes qui se perdent dans des vallons pas plus engageant. Des villages fantômes malgré les panneaux à l'entrée : " Bienvenu à Mirador, village de foi et d'espérance ". De Germinal à Bagdad Café, nous nous enfonçons dans les vallée désertiques du Pérou. E.coli se plait au pays des cactus. Flo ne veut pas mieux, mais refuse les anti-biotiques. Le livre de la médecine dit qu'un peu de repos peut suffire pour avoir raison d'E.coli. Huaraz n'est qu'à quatre jours de vélo. Huaraz où l'on pourra se reposer, mais en attendant...en attendant le soleil plombe le cerveau et Aurélie se pose la question du divorce avant le mariage, vu les flatulences de son compatriote. Heureusement le vent chaud de la mer nous pousse vers le froid des montagnes. Ce même vent que Philipe et Isabelle, deux cyclos suisses, maudissent dans la descente.

 

Fin de la vallée, derniers lacets pour atteindre la fameux canyon de Pato. Des gorges 1-Perou--91-.JPGprofondes qui séparent la cordillère blanche de la cordillère noire. Une suite de tunnels poussiéreux. E.coli aime les tunnels et la poussière. Florent lutte. Fin du canyon, retour sur l'asphalte. La côte se fait douce et les premières neiges apparaissent. Caraz où nous nous gavons de pain complet, fromage, pêches, avocats, glaces... il nous semble avoir atteint le paradis! Mais Caraz n'est pas Huaraz et nous renfourchons nous bicyclettes direction Carruaz. Détour fatal dans le centre du village. Un fourbe de connard de caniche s'en prend au mollet de Florent sans prévenir. La première morsure du voyage ne sera pas venu d'un chien de berger grec ou d'un kangal turc, ni même d'un chien mongol qui malgré leur réputation ne sont que des chiques molles, mais d'un vulgaire caniche urbain. Un fourbe qui n'a même pas voulu se défendre ou aboyer quand Flo a voulu lui mettre une rouste. Quelques minettes proches de la scène ont voulu prendre la défense du gentil toutou. Au vu du sang, elles ne reconnaissent plus le chien et désignent le propriétaire, un petit garçon qui ne dit mot et ne fait pas un geste. Ok, merci, salut. La journée se termine dans une station essence.

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La région est zone endémique de la rage. Nous visitons l'hôpital de Huaraz au plus vite. Nous sommes vaccinés, mais le vaccin ne nous laisse que plus de temps pour se faire faire une nouvelle injection en cas de morsure suspect (trois semaines au lieu de trois jours), il permet aussi de n'avoir que trois injections à faire au lieu de dix. Trois injections c'est peu, mais ça n'arrange pas notre planning de sorties en montagne et surtout ça affaiblit un Florent déjà pas bien vaillant. Heureusement nous sommes accueillis par Guido et Agnes, un couple d'Hollandais amoureux du pays qui développent des projets de tourisme responsable.

 

E.coli partie et entre deux injections nous partons en montagne. L'idée était de faire une rando pour s'acclimater et d'enchainer avec un sommet facile, mais le calendrier rabique nous impose l'inverse et comme sur la notice il est marqué qu'il ne faut pas faire d'effort physique et qu'il ne faut pas se soumettre à de brusque changement de température, nous nous sommes dit que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes...Asi es. En route pour le Pisco.

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Chargés comme les bourricots qui nous ont doublés dans la côte, nous rejoignons le camp de base sous un ciel de plus en plus noir. Il pleut tout les après-midi depuis que nous sommes à Huaraz, mais après le passage de la pleine lune le temps va s'arranger qu'ils ont dit les locaux, alors nous les avons cru et nous  plantons notre tente à coté d'un autre groupe, enfin d'un américain avec son guide et son cuisto pendant que des italiens et leur guide s'installent dans le refuge au-dessus. Le guide de l’américain nous dit pas de soucis, entre les Italiens et moi, vous aurez qu'à suivre la trace et puis il y aussi deux autres touristes comme vous sans guide qui campent un peu plus haut et eux aussi voyagent à vélo. Nous nous endormons  sereins sous les flocons de neige. A une heure du matin, sous un ciel dégagé, nous engouffrons notre plâtrée de flocon d'avoine avant d'attaquer la montée de la moraine et la traversée du glacier rocheux. Putain, qui a eu l’idée d'inventer  les chaussures à coques plastiques. Les tibias se souviennent pourquoi ils n'aiment pas faire du ski, une horreur de marcher avec ses trucs là! 

Enfin nous arrivons au glacier, nous y rejoignons les italiens partis un peu Pisco--26-.JPG plus tôt et les cyclos nous rattrapent quelques minutes plus tard. C'est un américain et Arnaud le belge, celui la même qui était deux jours devant nous en Basse-Californie et qui était quelque part vers le Chimborazo quand nous avions décidé de descendre dans la Selva en Equateur. Le belge qui veut faire tous les plus hauts sommets des pays qu'il traverse, enfin on le rencontre! Bon, bien sympas les p'tits jeunes, mais ils sont partis sans corde et baudrier. Ils comptaient pas monter.... comme si on se trimbalait avec grosses, crampons et piolets pour faire une rando à la journée... En tout cas c'est pas eux qui font la trace... En doublant les Italiens, Florent se retrouve à faire la trace talonné par l’équipe belgeo-américaine. Puis le guide et son   client  américain arrivent. Ils nous doublent un peu loin vers la droite et les belgeo-americains préfèrent les suivre. On se met dans leurs traces et vaccin et petit manque d'acclimatation aidant nous restons bien gentiment quelques centaines de mètres derrières. C'est la pleine lune ou presque, pas besoin des frontales pour Pisco--21-.JPGmonter. Nous profitons des belles vues nocturnes sur les cirques et les montagnes enneigées alentours, ne sachant pas trop si on y verra quelque chose au retour... Petite descente dans une crevasse pour une remontée un peu raide de l'autre coté. Les non-encordés hésitent sur le passage à prendre et finissent par se mettre entr e Florent et moi. J’espère qu'ils n'ont pas l'intention de s'accrocher à notre corde s'ils glissent! Ok, ok c'est très primaire comme réaction. Le soleil se lève, le vent avec lui. Les dernières centaines de mètres sont longues, de longues bosses jouent à cache-cache dans les nuages. Et de une, et de deux, mais pourquoi il y en a encore deux, j'en avais compté trois! Dernier coup de cul et ça y'est c'est le sommet, Pisco, 5752m, tout rond, la tête dans les nuages. Coup de vent, le paysage se découvre : l'Alpamayo, le Huascaran. Coup de vent, ça se rebouche. Allez ça caille en haut, faut redescendre. Et elle fut longue la descente. La corde qui se bloque dans la crevasse, la fatigue, les chaussures toujours aussi peu pratiques dans les caillasses. Sept heures pour monter, six heures pour descendre...nous sommes arrivés les derniers en bas. La tente nous attendait bien sagement, un peu tendue par le soleil. 14h30, est-ce qu'on plie tout, descend jusqu’à la piste pour espérer attraper une improbable voiture qui nous ramène à Huaraz? Beuuuuuh, on reste. Juste avant de s'endormir, Pisco--41-.JPGFlorent exprime une envie de thé. Entre deux roupillon, il dit qu'il aimerait bien manger bientôt. Ok ok je m'occupe des pâtes. Lors de la corvée vaisselle dans le ruisseau, le cuisto me demande s'il est fatigué mon copain. Je crois qu'on peu dire ça comme ça... Mais ne vous en faite pas, après une sieste de deux heures suivit d'une nuit de douze heures, il avait top la patate pour la descente, même qu'il a voulut continuer à marcher sur la piste le long des lacs. Ouf heureusement qu'il y en a avait que deux des lacs! Pour la descente finale jusqu’à Huaraz, ce sont des brésiliens qui nous ont pris en stop et ils nous ont même invité à manger de la truite grillée sous les montagnes. De quoi nous remettre d'aplomb et nous faire oublier E.coli et les vaccins anti-rage après cette petite grimpette sur le Pisco, à 5750m d'altitude.

 

Retour à Huaraz et troisième injection. Nous hésitons entre une randonnée  dans la cordillère Huayhuash et le tour de l'Alpamayo. Notre cœur balance plutôt pour la cordillère Huayhuash, mais depuis quelques années les communautés ont mis en place des péages pour la " sécurité " des randonneurs. Huayhuash, cinq ou six hameaux regroupant une dizaine de personnes chacun dans des vallées perdues. Ces péages sonnent dans nos oreilles comme " on vous demande de l'argent avant de venir vous le prendre ". Certains nous disent que l'argent est pour le ramassage des poubelles, pour les toilettes, pour le nettoyage des chemins. Qui sont ces randonneurs qui n'ont pas compris que tout ce que tu montes tu dois le redescendre. " Leave no trace " ils disent en Amérique du nord. Pour nous, abandonner ses papiers dans les montagnes est un acte incompréhensible. Par ailleurs il nous semble que dire aux gens de payer pour qu'on ramasse leurs poubelles c'est les déresponsabiliser et va à l'encontre d'une éducation à la protection de l'environnement. Si les touristes ne se posent pas trop de question sur les péages, les guides locaux commencent à voir rouge surtout face à l'augmentation des tarifs (multipliés par trois par rapport aux indications de notre guide publié en 2010). Bref ce n'est pas la cinquantaine d'euros de taxes par personne qui nous rebute, mais plutôt l'idée de voir tous les jours un gars débarquer de nul part pour nous demander de l'argent. Pour nous la montagne est un espace de liberté. Un lieu qui n'appartient à personne et à tous. A personne parce que personne ne devrait en interdire l'accès (sauf pour protection) et à tous parce que nous avons tous le devoir de la protéger et de la respecter, ses paysages, sa flore, sa faune, tout comme ses habitants.

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Nous retournons donc dans la cordillère blanche Pour faire le tour de l'Alpamayo, deux randonnées en une : le Santa-Cruz, une randonnée sur-développée par les milliers d'agences qui officient à Huaraz, et los Cedros, moins couru parce que plus dure (sept cols à à plus de 4500m contre un seul pour la première). Nous avons déjà payé notre entrée au parc (ce qui n'est pas forcément pour nous plaire, mais dans ces pays où personne ne veut payer d'impôts il faut bien que les administrations trouvent leur propre source de financement) et nous avons notre permis. Car sous pression des agences de voyage locales et soi-disant parce que certaines communautés touristiques auraient un peu trop tendance à jouer les têtes brûlées et ensuite à faire un procès au parc pour manque de sécurité, ce dernier oblige toute personne passant une nuit dans le parc (pour faire de la randonnée ou de l'alpinisme) à prendre un guide. Ce qui une fois de plus ne nous sied point. Il nous semble avoir les connaissances suffisantes pour faire de la randonnée en montagne et depuis trois ans nous sommes trop habitués à notre liberté de mouvement pour se faire guider les étapes par un pseudo-guide ou un muletier. Certain nous dirons que sans guide nous allons passer à coter de beaucoup de chose. Ce pourrait être vrai, mais d'après notre expérience, ce que nous avons vu ou entendu, il n'existe pas de culture de la montagne ici. Les gens ne connaissent pas ou peu leur environnement qu'il soit culturel ou naturel. Et il nous semble tout aussi enrichissant de prendre le temps de discuter avec les paysans qui habitent ces montagnes. Quand à la sécurité, il n'y a pas de gros problèmes d'orientation pour descendre une vallée sur fréquentée et pour ce qui est de l'alpinisme nous avons encore vu des situations qui nous ont paru un peu légères. Pourtant sur un sommet facile, le Pisco. Peut-être parce que justement réputé être un sommet facile et que la sur-fréquentation amène à trop de confiance. Bien sur nous ne pouvons pas mettre tous le monde dans le même panier et la maison des guides de Huaraz fait un gros travail. Elle maintient à jour sa liste noire de guides : les faux guides, les incompétents, les alcoolos, ce qui s'enfume la tête pendant le travail, ce qui ne font pas leur annuelle remise à niveau de techniques de sécurité. Mais comme ils nous l'ont dit, les touristes peuvent toujours venir les voir avec un nom pour savoir si le guide qu'ils ont engagé n'est pas un charlatan, sans papier d'identité avec photo, il sera difficile de savoir si la personne qui se présente devant eux et bien la bonne...

Pris entre deux visions de la montagne, une américaine et une européenne, le parc a trouvé un compromis : les sportifs confirmés, autrement dit les professionnels de la montagne ou les personnes membres d'un club de montagne peuvent se promener librement dans le parc sous la seule condition de déclarer leur itinéraire ou les sommets qu'ils veulent faire, le fameux permis.

 

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Nous prenons le bus pour nous rendre au départ de la rando. Situation étrange : certains préfèrent être debout courbés en deux, plutôt que de s'asseoir à côté de nous. Pourtant nous n'avons pas encore transpiré!

Nous remontons la quebrada Santa Cruz, une grande vallée dont les montagnes qui la bordent sont dans les nuages. La pluie nous gagne vite dans l'après-midi et la neige arrive le soir. A l'approche du col de la Union, le ciel se dégage sur le chemin pavé inca. Le passage du col a été taillé dans la roche, non loin d'un glacier qui brille au soleil. Un autre col et nous descendons sur la laguna Huecrucocho. Des gamines nous indiquent un raccourci et nous demandent des caramelos. Des gamins viennent nous voir, curieux. Florent leur parle de la France, du mais pour les cochons, des champs de blé, des gros pains d'un kilo, du fromage que l'on fait avec le lait de brebis... Eux disent, les six heures de marches jusqu'à l'école, un peu moins parce que la maison est plus bas, à deux heures, les vaches pour la viande, les patates.

Autre col, autre descente, nous campons juste avant le hameau de Alpamayo--16-.JPGPishgapampa. Les bergères redescendent brebis, cochons, vaches et chevaux tout en filant la laine. Le lendemain matin, elles remonteront par l'autre flanc de la vallée. Pishgapampa. Une famille fait griller le cochon, une autre installe un four solaire. Plus au fond de la vallée, comme souvent, les gens nous parlent de cette fin de saison sèche et des pâtures jaunies par le soleil. Nous regardons les torrents coulant à flanc de montagne sous les glaciers et nos pieds trempés dans l'eau au fond de la vallée. Nous évoquons canaux et irrigations pour faire verdir l'eau. Un jeune nous attend un peu plus loin...pour nous demander de la monnaie...sur ses pièces d'anciens soles. En montant à la laguna Sactoycocha nous subissons une attaque de mouches noires. La plaie de ce pays. Ces bestioles que l'on croyaient ne résider que dans des terres plus chaudes auront essayé de nous sucer jusqu'au sang! Deux femmes passent le col. Elles s'arrêtent en nous voyant. En plus des mouches noires, viennent les vaches. Peut-être que l'envahissement des secondes expliquent l'acharnement des premières... Fin du pique-nique, une femme vient nous voir. Elle ne parle que quechua, nous ne comprenons rien jusqu'aux mots " plata ", argent. Au loin, la fumée d'un feu. Son mari qui l'a envoyé voir les gringos? Nous repartons. Les femmes du col reprennent leur descente. Elles sont allés dans la vallée d'à côté pour cueillir des fleurs dont elles ont décoré leurs chapeaux. Mais où sont les fleurs? Passé le col nous ne voyons qu'Alpagas et moutons! Un jour et deux cols plus loin nous redescendons sur le camp de base de l'Alpamayo. Alpamayo--51-.JPGUn couple à cheval arrive du fond de la vallée. L'homme nous demande des chocolats pour sa femme. La neige arrive. L'Alpamayo est dans le brouillard, nous ne savons même pas où il est. Nous montons au camp nord, dans la nuit, sous la neige, un énorme cris. Où sommes nous? Le matin, le ciel est dégagé. L'Alpamayo nous apparaît, petit pyramide qui se chauffe au soleil. Après l'avoir bien regardé (c'est tout de même la plus belle montagne du monde pour beaucoup), nous lui tournons le dos pour descendre la quebrada de Los cedros. Terrasses et ruines de villages inca avant d'attaquer un ultime col à plus de 4800m pour redescendre sur la barrage et le lac de Cullicocha. Il fait trop froid pour camper près du lac et du glacier. Nous descendons vers les emplacements de camping suggérés par le parc un peu plus bas. Notre topo nous dit qu'il est possible de suivre le canal. La belle descente au couché du soleil devient vite scabreuse quand la falaise se fait vertical sous le muret. Hum qu'il est bon de retrouver le plancher des vaches! Une longue et dernière matinée nous amène à notre point de départ et...à une source thermale. Pas mal. En nous voyant les jeunes du village nous libèrent un bassin et nous montre commun régler la température en bougeant des cailloux. Humm.

Comme il se doit ce sera pain, glace et fromages à notre pause à Caraz. Sauf que.

 

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Sauf que la glace au retour de rando a été fatale. Le surlendemain Aurélie tombe malade, mais il faut continuer. Deux jours pour finir de réparer les vélos. Retourner au grand marché de Huaraz qui s'étale dans les rues adjacentes : la rue des œufs, celle des fruits, des patates... S'extasier devant les chapeaux des femmes qu'elles protègent d'un sac en plastique quand la pluie vient. Faire le plein d'aguamenta, amour en cage, en se disant que la vitamine C va nous aider à combattre E.coli. S'enfiler un kilo de miel en trois jours parce que c'est trop bon. Donner un coup de main à de jeunes cyclos allemands qui ont un problème de jeu de direction. Puis départ vers le col de Pastouri...une erreur. La montée sur l'asphalte est plus ou moins ok, mais l'entrée sur la piste devient un calvaire. Aurélie a le ventre au fond des chaussettes et Flo se sert de tous ses anti-corps pour lutter contre un retour d'E.coli. Les paysages sont magnifiques, les plantes incroyables, la payaraimondii, une plante qui mesure jusqu'à dix mètres de haut et attend un siècle pour éclore en millier de fleurs blanches et mourir. Incroyable aussi les éleveurs de lamas et alpagas qui survivent à plus de 4000m d'altitude dans des maisons en pierre recouvertes de paille. Incroyable également la demande de l'éleveuse. Après les caramels on nous réclame des pilules pour le cœur...2-Perou-009.JPG

La piste se fait plus dure, à moins que ce ne soit les énergies qui se fassent de plus en plus basses. Le vent se lève, les nuages cachent le soleil descendant. Parfois on voudrait écrire le mot fin avant la fin... Enfin le col, des vigognes, sorte de lamas sauvages, s'enfuient à notre approche. A plus de 4800m, notre point le plus haut en vélo, Aurélie se demande à quoi bon tout ça. D'après Florent le voyage à vélo c'est 20% plaisir pur, 60% moite-moite et 20% de calvaire. Aujourd'hui la dernière partie à presque atteint les 100%. A quoi bon continuer quand on tombe malade tout les quinze jours, quand on se fait traiter de gringo une centaine de fois par jour, quand les gens ne voit en vous qu'un gros paquet de dollars. A quoi bon continuer quand la saison des pluies nous prend dans ses tentacules. A quoi bon continuer quand les éléments humains et naturels ne veulent pas de vous? Mais voilà, le col de Pasturi c'est un peu le désert à 4800. Pas de bus, pas de combis, pas de collectivos, même pas d'avions pour revenir à la civilisation. Asi es. Reste nos bicyclettes, toujours là, toujours prêtent à repartir. Il y a bien un pneu qui a lâché dans la côte mais (malheureusement?) nous avions un pneu de rechange. Allez, l'orage, la neige commence à tomber, mieux vaut se coucher.

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Le lendemain la tente est gelée et nous repartons sous les giboulées, au milieu des alpagas. La piste n'en finit plus de monter jusqu'à un col toujours plus loin. Un combis arrive, tourne à gauche. Des traces de pneus Shwalbe (la marque des tourdumondistes) que nous suivons depuis le début de la piste continuent tout droit. Nous suivons. La route nous semble plus longue que prévu... Le soleil se lève sur les mines. Encore un traquenard : les pistes pourries pour les villages, les bonnes pistes pour les mines et les cyclos qui se font avoir en choisissant toujours la facilité? Mais non la piste termine au col et contre toute attente sur l'asphalte.  Notre amour pour le pétrole reprend! Descente au milieu des bicoques des éleveurs qui ont installé leurs toilettes sèches juste sur le ruisseau qui alimente les autres bicoques plus bas. Les " gringos " fusent de tous les côtés. Puis viennent les villages miniers et le ruisseau devenu rivière se teinte d'une couleur étrange... Un carrefour. La mauvaise route est celle que l'on doit prendre, celle qui mène à la ville. L'autre un asphalte magnifique mène...à rien. La route n'existe pas sur notre carte. Un seul point est indiqué au milieu de nul part : Antamina, la plus grosse mine du Pérou... Asi es.

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Ravitaillement à la Union. Tous nous le disent, les trois prochains kilomètres sont ok et ensuite les ladrones opèrent sur la route. Les voleurs descendent de la montagne pour prendre d'assaut les voitures de passage.  Sachant que la plupart des attaques ont lieu juste avant les fêtes de villages... On nous conseille de camper prêt des bains thermaux de Conoc qui s'avère être un repère de cyclo : une pelouse pour la tente et une douche chaude (un peu souffrée) juste à côté. Que demande le peuple? Quelques questions aux gamins qui viennent nous voir. Pourquoi les ladrones dont tous le monde parle ne sont pas arrêtés (les villages sont petits, tous le monde connait tous le monde)? La réponse est claire : ils sont arrêtés, ils payent la police (partage le butin?) et sont relâchés tout de suite. Asi es. Et les problèmes de bides vous en avez? Oui, c'est plus ou moins important suivant les villages. Le remède? : l'hôpital et les médicaments. Asi es. N'en déplaise à ceux qui se croient au-dessus des bactéries, le corps s'habitue à certaines, mais pas à toutes, même pour les locaux. D'ailleurs les antibiotiques sont presque donnés à l'hôpital public. 

 

Après la descente, une nouvelle côte pour remonter à plus de 4000m. Avant le col nous demandons à des habitants en train de construire un poulailler en tapia où nous pouvons camper. Ils nous indiquent le devant de l'église, puis la cour de l'école, un peu plus à l'écart de la route. Tous les gamins de la famille arrivent petit à petit. On se retrouve vite entouré d'une quinzaine d'yeux qui ne pose pas trop de question. La nuit les parents arrivent. Ils nous amènent un petit plat à gout

er : une soupe de blé sucré...à la forte odeur de fumier. On se demande s'ils ne veulent pas nous empoisonner. Sur proposition du père nous partageons la mixture avec les enfants : soit il veut empoisonner sa progéniture et rejeter la faute sur les gringos, soit le plat est effectivement comestible. En tout cas la plus jeune adore et nous ne tombons pas malade (nous n'avons pas trop forcé sur la dose non plus...). Nous apprenons le lendemain que c'était une spécialité de la région faite à base de patates trempées plusieurs heures dans de l'eau courante, de blé et de sucre et qui donnerai un plat concentré en amidon et donc en énergie. Question en suspend : d'où vient la forte odeur de fumier?... 

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Huanuco, grande ville, la civilisation, les moto-taxis, la place d'arme. A tour des rôles nous gardons les vélos. Pendant que Florent va sur internet, des jeunes s'approches d'Aurélie pour discuter. Tout d'abord les questions habituelles, d'où venez vous, où allez vous? Puis vient le sujet du Pérou. Le Pérou un pays pauvre. Non, pas pauvre! Le Pérou est sans doute un des pays les plus riches, les plus riches en ressources naturelles. On ne vit pas dans la misère quand la terre donne de tout, quand il suffit de jeter des graines pour que ça pousse. On ne devrait pas être pauvre quand le sous-sol est aussi riche. Le problème c'est le pillage organisé par les compagnies minières étrangères avec l'aval des politiques. Remarque qui revient régulièrement : le problème du Pérou c'est l'éducation. Vous êtes jeunes, vous semblez intelligent (et plutôt faire partie de la classe moyenne élevée), pourquoi ne faites-vous pas des études, n'apprenez-vous pas le savoir-faire de ceux qui vous pillent pour ensuite les mettre dehors et prendre leur place? Ok, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais si les gens qui ont accès à une éducation élevée ne font que se mettre au service des compagnies étrangères le Pérou ne sortira jamais du cycle. L'idée ne les tente guère et très vite la conversation se tourne vers Dieu... Deux heures pour m'amadouer dans le seul but de m'évangéliser. Mes oreilles se ferment. Asi es.2-Perou-026.JPG

Au tour de Florent de garder les vélos. Aurélie va sur le marché. Les " gringa " fusent et pourtant nous sommes normalement plus tranquilles en ville. La vendeuse de légume veut parler : " gringuita qu'est-ce que tu veux? ", " je t'en met combien gringuita?, quelque chose d'autres gringuita?, de la courge gringuita?, mais tu sais cuisiner gringuita? "; Après cinquantedouze " gringita " et la question fatale " tu sais cuisiner gringuita ", Aurélie voit rouge et manque de lui enfoncer la tête dans ses patates à la marchande!

Pendant ce temps Florent discute avec les adultes, les hommes de la place. Ils lui expliquent l'étrangeté de la région : Pourquoi les gens sont riches sans rien faire. Ils ont des écran plats géants, de grosses voitures, mais ne travaillent pas. La réponse : le trafic de drogue. Tous ou presque trempe dedans. Mais c'est un trafic tranquille. Pas de cartels comme au Mexique ou en Colombie. Tous le monde trafficote, en profite, et tous le monde (police, armée...) ferme les yeux. On nous prévient, toutes les voitures que nous allons voir sur la route pour Lima partent pleines et reviennent vides. Ollanta, le nouveau président, veut lutter contre les problèmes d'inefficacité au Pérou (combien de fois avons-nous entendu : " nous les péruviens, on ne pourrait pas faire ce que vous faites, on est trop faignant "). Ils convoquent tous les présidents de région. Seul celui de Huanuco ne se présente pas. Ollanta ne dit rien parce qu'il sait que la région n'a pas besoin de développement économique. Elle a son propre système. De plus Ollanta est issu de l'armée. 

  

Nous quittons les moto-taxis et cactus de Huanuco pour partir à l'assaut d'un 2-Perou-027.JPGnouveau col. Encore une fois nous montons au milieu des " gringos ". Les chiens nous attaquent, les maîtres ne disent rien et nous soutiennent que leurs petits toutous sont très gentils. Face aux babines retroussées, nous leur crions qu'un chien qui mort est un chien mort. Pas de réaction. La côte est longue. La tempête de neige nous prend au milieu des alpagas, juste avant l'arrivée sur l'altiplano. Au col, cinq ou six chiens nous attaquent. Nous nous arrêtons pensant que les maîtres vont réagir. Rien. On prend des cailloux, on les jette, on demande aux maîtres de rappeler leurs chiens. Pour toute réaction, ils nous semble entendre " gringo ". Sous la neige, dans le vent, trempés jusqu'aux os, à plus de  4000m, on pète un câble. On leur crie que l'on va revenir, que l'on va tuer tous les chiens, que l'on va tout tuer. Oui, les éléments nous ont rendu fous, violent sdans nos paroles. Un défoulement nécessaire pour ne pas en venir à la violence physique.
Descente sous la pluie pour arriver dans un nouveau village minier, près de Cerro del Pasco. Il n'y a rien. Nous sommes dimanche, tout est fermé, pas de touristes, pas d'hospedaje, pas envie de planter la tente sous la pluie et de toute façon les mains ne peuvent pas tenir les piquets. Finalement, face à deux êtres dégoulinant d'eau et grelotant de froid, le docteur et l'infirmière du centre de santé nous laisse dormir à l'abri, sur un lit médical. Le Pérou pour le pire...et le meilleur!

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L'altiplano. Des villages développés en villes minières. Une route plate et asphaltée. Le repos malgré les orages quotidiens. Nous descendons dans la vallée fertile du Rio Mantaso pour arriver chez Oscar et ses parents, des amis de Guido. Puis nous revenons sur la piste. A  cause de la pluie, la piste poussiéreuse devient boueuse. Les passages à gué ne sont pas si simple quand on ne voit pas la profondeur de la rivière. La pluie tombe, les roues s'enfoncent. Boue du matin chagrin, poussière du soir broie du noir.

 

Arrivée à Ayacucho : une belle ville coloniale, une place sympathique, deux 2-Perou-054.JPGrues piétonnes, de quoi nous apaiser. D'autant plus que pour la première fois depuis sept mois nous nous offrons l'hôtel et nous faisons quelque chose d'extraordinaire : boire une bière sur la terrasse au dessus des toits de la ville! Bon, il aura fallut se battre pour l'avoir : personne ne voulait nous vendre une bière si nous n'amenions pas une bouteille vide. Expliquer le principe de la bouteille consignée n'a pas été simple.

Il ne nous a pas fallut plus de 24 heures pour prendre nos habitudes dans la ville. Florent se rend seul sur le marché, les vendeuses lui demandent où est sa femme. La question qui l'avait fait sourire, l'énerve quand c'est à son tour de la recevoir : " mais gringuito, tu sais cuisiner? ". Et oui, contrairement à la croyance populaire, les gringos ne se nourrissent pas que de pilules!2-Perou-058.JPG

 

Sortis d'Ayacucho, nous retrouvons la piste, l'altiplano, les maisons au toit de chaume, les alpagas, les vigognes, pour redescendre au milieu des cactus et des manguiers. Les " gringo " se font rare, les gens plus avenants. Les femmes ne sont plus les seules à porter barda sur la dos. Les hommes utilisent aussi les grands tissus colorés pour porter leurs affaires. Nous retrouvons l'asphalte aux alentours d'Andahuaylas. Les gens nous envoient chez " les français ", en faite l'association Munay Washi, qui accueille des volontaires pour aider les communautés alentours. Au petit matin, sur la place 2-Perou-063.JPGd'armes, des gens bien habillés, surtout des femmes, font la queue devant la  banque qui n'a pas encore ouvert. C'est le privilège des Banque de la Nation de tous les villages de voir des centaines de personnes faire la queue devant leur porte.

Passé Andahuaylas, nous faisons nos derniers kilomètres de pistes péruviens. D'un plat plaisant sur l'altiplano, la route devient une descente interminable qui fait vibrer tout le corps. A chaque secousse, l'esprit se demande combien de temps les vélos vont encore tenir. Puis c'est l'arrivée sur l'asphalte et la dernière ligne pas vraiment droite et surtout pas vraiment plate jusqu'à Cusco. Dernier bivouac dans un champ avant la destination à laquelle nous ne croyions plus. Au petit matin les vaches arrivent, suivies de la fermière...qui fait demi-tour en nous voyant.

 

Cusco, petit point en bas de la carte. 4012 cols à plus de 4000m plus tard (avec redescente à moins de 1500m entre chaque...), après des centaines de kilomètres de pistes, plus ou moins boueuses, plus ou moins caillouteuses, nous y voici. Ouf, c'est comme finir une grande traversée du désert, arriver dans un endroit que l'on sait même plus s'il existe vraiment, comme finir une cession d'examens, arriver au but quoi. Même si la route est encore longue...

 

Cusco, le tour de l'Ausangate, la visite du Machu Pichu. Le premier avant Ausangate-15.JPGle second dans l'espoir d'éviter, un peu, la saison des pluies. C'est loupé, le départ se fait sous un orage de grêle. Pause pique-nique à l'abri d'un mur, puis avec les rayons de soleils viennent les " dame dulce ". Les seuls mots que semblent connaître les gamins des villages. Florent tente une éducation éclaire : on dit bonjour et s'il vous plait, puis nous continuons le chemin vers la grande montagne. A ses pieds coule une eau brulante. Pour contourner l'Ausangate plusieurs cols pour passer d'une vallée à l'autre. Le premier a des allures de Far West avec ses couleurs orangées. De l'autre côté, des éleveurs d'Alpagas, comme dans toutes les vallées alentours. Ils vendent la laine brute 6 soles le kilo (moins de 2€). Il y a 5kg par bête et ils ont environ une centaine de bête. La laine filée et colorée est vendu entre 50 et 70 soles le kilo aux artisans qui feront les pulls. Un pull vendu directement par les artisans à Cusco sera vendu entre 100 et 120 soles (entre 27 et 34€). La boutique d'à coté le vendra plus de 300 (80€) et en France?

Nous remontons la vallée, la neige nous prend avant le col. C'est le début de la saison des pluies. Orage tous les après-midi. Sous le col, un bâtiment trop parfait pour la région. Nous y retrouvons un couple porteur d'un projet d'initiative communautaire pour récolter de l'argent grâce au tourisme. L'idée est de faire des toilettes, des douches chaudes et une petite pièce dédiée à la vente d'artisanat. Pour nous le problème réside dans ce système de péage, encore, toujours, et dans l'incongruité de Ausangate-17.JPGconstruire des toilettes fonctionnant à l'eau et des douches chaudes alors que les locaux vivent dans de minuscules bâtisses de pierres et de pailles. Mais le plus gros problème sont les réticences de la communauté face à ce projet. Ils pensent que la construction d'un bâtiment est le premier pas vers le vol de leur terre pour y construire une mine, ils ne sont pas prêt à nettoyer les toilettes des autres alors que eux n'en ont pas, ils trainent des pieds pour construire le bâtiment, la randonnée passe sur deux districts qui n'ont pas le même point de vu, les muletiers veulent continuer à être les seuls à gagner de l'argent grâce au tourisme... Les hommes engagés pour la construction du bâtiment ont été d'une inefficacité exemplaire. Finalement l'ingénieur en charge de la construction a embauché des femmes au salaire journalier de 7 soles alors que les hommes en gagnaient 25. Sous pression des porteurs de projets, l'ingenieur a augmenté les salaires à 10 puis 14, mais pas plus. Les femmes n'ont plus ne veulent pas l'égalité. Que va dire le mari? Au fur et à mesure de la conversation le projet ne nous semble plus vraiment être une " initiative de la communauté ", mais un projet extérieur qui veut le " bien " de communautés qui préférait peut-être rester tranquille. Qui sont les bons samaritains? : transoceanica, une société chargé de la construction d'une route reliant les deux océans pour … le désenclavement  des populations. Depuis quand une route est pour la population, surtout une route reliant l'Amazonie à la côte, surtout dans ce pays? Le projet est financé par la BID, la Banque Interaméricaine de Développement. (Petite) obligation de projets " sociaux "? Les communautés ont peut-être raison d'être Ausangate-35.JPGméfiantes face à un projet " d'initiative communautaire " qu'on leur apporte clef en main. Difficile d'expliquer notre point de vue face à des gens chargés de bonnes intentions. Nous les laissons à leur réunion avec les villageois qui ont bien voulu faire les deux heures de marche pour venir jusqu'au bâtiment. Un autre col, un autre côté, un refuge. Enorme. Tout neuf. Avec de grandes baies vitrées. Sans doute pas un projet communautaire...

L'Ausangate est beau sous le ciel bleu. Nous traversons un hameau vidé de ses habitants occupés à garder leurs Alpagas éparpillés sur le plateau. Un dernier col, le plus haut en rando, 5075m. Le glacier a laissé place à un immense pierrier où se perd le sentier. Nous descendons sous une lune...noire pour rejoindre une lagune où l'on espère trouver de l'eau... Au petit matin nous passons devant les dernières maisons d'éleveurs. La femme étale son artisanat devant nous. Nous achetons écharpes et bonnet, notre façon à nous de soutenir l'économie locale. Donner à celle qui a gardé les alpagas, les a tondu, a filé la laine et l'a tricoté. Le commerce le plus direct!

Approche final du village. C'est la sortie de l'école, dernier kilomètre au son des " dame ", plus souvent dit dans notre dos que de face avec le sourire. Nous entamons un refrain aux accents techno " dadada dame, me dame, dadamememe " en spéciale dédicace à Philipe et Laurence!Ausangate-46.JPG

Retour au point de départ : Tinqui. Une femme dans une guitoune nous saute dessus. " Il faut payer ". Pardon? " Trekking, Ausangate, il faut payer ", pourquoi? " rando, payer ". Non, nous nous sommes bien renseignés auprès de toutes les offices de tourisme de Cusco, il n'y pas de parc dans ce massif, pas de péages de la part des communautés (enfin pour l'instant). C'est quoi cette histoire? " Rando, payer ". Ah, oui et où va l'argent, nous n'avaons pas vu d'infrastructure, pas d'entretient des chemins, la montagne pure, libre. " Rando, payer " Le dialogue est difficile quand l'interlocuteur ne connait que trois mots d'espagnol : trekking, pagar, trenta soles. A force de questions sans réponse le prix baisse à 20 puis 10! Mais hors de question de donner de l'argent qui va sans doute finir dans les poches du maire plutôt que dans les caisses de la mairie. Nous partons sans payer. Nous ne sommes pas fières d'avoir abusé de cette pauvre femme, mais nous refusons ce système. Nous ne viendrons sans doute plus jamais autour de l'Ausangate, pourtant une des plus belles randos que l'on est faite.

 

Oui nous sommes très septiques face à la façon dont se développe le tourisme dans ces montagnes. Un esprit bien loin du notre. Pour ceux qui trouvent que nous ne sommes que des râleurs de français et se disent qu'il faut bien trouver un moyen de protéger la montagne et ses habitants face au tourisme, nous leur demandons de regarder du côté des Alpes : pas de droit d'entrée, pas de frontières, pas de péages, pas de permis, pas de guides, pas de zones de camping obligatoire, pas de déclaration d'itinéraire, pas de toilettes, pas de douches chaudes et pourtant nos montagnes ne sont pas devenues d'immenses poubelles et les gens continuent à prendre plaisir à s'y promener. Question de culture, question d'éducation? Asi es.

 

Nous revenons à Cusco l'estomac en vrac. Cette fois ce n'est pas la faute d'E.coli, mais celle du chauffeur et des odeurs des autochtones qui couvrent largement les nôtres!

 

Un jour de repos dans l'ancienne cité inca et nous repartons vers le Machu Machu-Pichu-01.JPGPichu. Sur le chemin nous visitons les terrasses de Moray (des terrasses en ronds dont personne ne sait vraiment à quoi elles servaient -expérimentation agricole? lieu de culte?- mais c'est joli) et les salines de Maras (qui n'ont rien d'inca, mais ça change des pierres, quoi que des pierres y´en a sous le sel) puis Ollantaytambo, un village dont les bases des maisons sont de beaux murs incas (et qui correspond plus à l'image que nous nous faisions de Cusco). Puis nous sommes montés au Machu Pichu, par le chemin le plus logique, sans doute celui des incas (les chefs étaient peut être des dieux mais les manants n'étaient que des êtres humains, c'est à dire des faignasses comme tout le monde, qui devait suivre le fond de la vallée, Machu-Pichu-13.JPGsurtout que ça descend, plutôt que de se taper trois ou quatre cols comme le fait fameux chemins de l´inca). Bref 28km le long des rails, un tiers au milieux des champs et des murs inca, un tiers proche de la voie, un tiers plus ou moins sur la voie. Aller et retour sous le soleil, ou presque, mais le jour J, trombe d´eau, et oui! Lever à 4h pour être sur le site à 6h et à l'ouverture de la porte pour le Wayna Pichu, la montagne qui surplombe le site. Montée sous l'eau, belle ambiance chinoise de montagnes dans le brouillard. Notre collection de photo embrumée s'est agrandie de quelque clichés. Bref aperçu du site en contre-bas. Fallait pas louper l'ouverture. Les gens qui arrivent nous demande où est le Machu Pichu...Machu-Pichu-37.JPG
Au moment de redescendre nous croisons une française rencontrée à Cusco. Elle est prise de vertige et ne peu pas descendre, idem pour un autre français. Florent sort ses gogogadgetteaubras et donne la main à tous le monde pour la première volée d'escalier un peu raide. Puis sa mission de sauveteur terminée, il remonte parce que nous voulions descendre par l´autre coté...plus long...mais on aime bien marcher sous la pluie...
Pause pique nique sur une terrasse cachée du site et le soleil sort! houhou que c´est beau ces petites maisons sans toit et tous ces touristes avec leur cape en plastique de toutes les couleurs, un joli ballet dans la cité des Dieux. En faite de cité Florent a une théorie autre qui rejoint celle proposé par le musée de l'Inka de Cusco. Le
Machu Pichu serait le Versailles des Incas, leur maison de vacance en quelque sorte : trop petit pour être une cité, pas d´eau ou peu, trop difficile d´accès pour être un véritable centre névralgique. Et franchement quelle idée de faire une ville en haut de la montagne et faire en sorte que l´entrée se fasse par le dessus (donc un peu plus à monter...) si ce n´est pour fatiguer les visiteurs et les éblouir par la beauté du lieu (Versailles, les jardins, la mise en scène, le paysagiste a parlé!)

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Départ pour Puno et le lac Titi Caca. Le ventre va bien, il fait beau, la carte nous promet de l'asphalte jusqu'à la Paz. Par habitude nous prenons une petit tempête de neige avant le col. Nous sommes sortis de la zone d'influence d'Ayacucho, les " gringo " fusent à nouveau. A l'approche du lac, Aurélie tombe malade, il fallait bien l'honorer comme il se doit. Nous faisons un détour pour aller voir les tours de Sillustani. Magnifique couché de soleil sur la lagune et les tours funéraires pré-inca et inca. Commentaires des touristes français dans les toilettes : " Et c'est parti, lac titi CACA "…

Nous plantons la tente près du musée en déménagement. Il fait nuit et nous n'avons qu'une envie : manger et dormir. Surtout dormir. Le gardien demande si la femme ne se fatigue pas trop en vélo. La femme en question lui répond que oui la femme se fatigue, tout comme les hommes et que d'ailleurs la femme a remarqué que les hommes semblent se fatiguer plus vite que les femmes dans ce pays. La femme en a marre que les hommes pour demander si la femme ne se fatigue pas trop demande à l'homme. La femme en a marre que l'on parle d'elle en sa présence. La femme en a marre que même après avoir déjà répondu les hommes continuent de poser leurs questions à l'homme alors que celui-ci vient de leur dire que la femme parlait mieux espagnol que lui. La femme en marre que les gros hommes qui ne peuvent pas faire 10m sans s'essouffler se demande si la femme ne se fatigue pas. Allez vous faire voir bande de faignasses, la femme est malade et alors!

 

C'est la fête d'E.coli quand nous arrivons en vu du lac Titi Caca. Nous  posons vélos et sacoches dans un hôtel pour aller visiter les îles d'Uros. 2-Perou-110.JPGDégoût touristique pour beaucoup, vieux rêve d'ado pour Aurélie qui garde en mémoire la photo la photo d'un article étudié au collège : une grosse femme portant chapeau melon assise sur une ile de paille. Uros est composé d'une cinquantaine d'iles. Les visites : un système tournant pour que chaque ile qui le souhaite reçoive les bénéfices du tourisme. En partant nous demandons sur quelle ile nous allons. Le jeune préposé aux tickets nous répond " Uros ".  Oui, merci mais on sait qu'il y en a cinquante donc sur quelle ile  nous rendons-nous s'il vous plait? Et le jeune de dire " Pacha Mama ". Abruti. Nous demandons qui est le capitaine du bateau. Le jeune désigne quelqu'un. Le vieux hoche de la tête. Nous demandons dans combien de temps est le départ (histoire de savoir si on peut faire un tour avant ou pas). Le vieux répond que nous attendons encore deux personnes  et on y va. Une quinzaine de personne plus tard un gars arrive et se met au commande du bateau. Le " capitaine " reste sur le pont. Marre d'être pris pour des cons. Nous sommes gringos, mais nous savons faire la différence entre du tissu synthétique et du coton, nous savons qu'un avocat dure comme la pierre n'est pas mur, nous savons reconnaître un œuf de poule et nous savons cuisiner!2-Perou-107.JPG

Les iles d'Uros c'est un peu Urosland. Bien rodé le discours du chauffeur du bateau à notre arrivée sur l'ile en attendant celui du " président ". Le seul homme adulte de la petite communauté de l'ile qui d'après ce que nous pouvons voir est composé de jeunes pas très bien dans leur tête et de grosses femmes au corps maladif. Le président nous raconte : les iles sont composées d'un étage de racines de roseaux arrachées recouvert de roseaux séchés. Elles flottent bien. Les femmes vendent de l'artisanat, seul économie de l'ile. Les iles sont attachées entre elles pour ne pas se déplacer. Si tu ne t'entend pas avec ton voisin, tu coupes la corde et tu vas un peu plus loin (vu la densité ça doit être plus facile à dire qu'à faire!). Oui, il y a des gens d'Uros qui refusent le tourisme. Ceux la habitent un peu plus loin et vivent de la pêche et la chasse des oiseaux. Grâce au président Fujimori les iles sont équipées de panneaux solaires (merci gentil président!). Du haut du mirador on voit l'autre rive : la Bolivie (nous sommes dans un estuaires, l'autre rive, à moins de 10km est...péruvienne, la Bolivie on ne la voit pas. Ab...). Fin de la visite, le président propose au groupe de monter dans 2-Perou-109.JPGson bateau viking pour aller sur l'ile principale où il y a plage, restaurants, hotels, le Las Vegas, d'Uros en quelque sorte! Nous sentons l'arnaque. Flo demande s'il faut payer. Oui, pour aider la communauté. Tout le groupe est dans le bateau sauf nous. Un papi s'énerve pour ne pas avoir été prévenu. Les grosses femmes insistent : la plage du lac Titi Caca c'est une formidable expérience! Finalement le papy reste sur le bateau et nous...sur l'ile. Une demi-heure plus tard le bateau-navette nous emmène sur la fameuse ile principale : une ile plus petite que la première qui lui fait face à 100m. On y trouve une paillote qui sert poisson grillé et coca et un étal d'artisanat souvenir. La plage : toujours les mêmes roseaux. Pas d'écoles, de restaurants ou d'hôtels. Ce n'est qu'une annexe de l'ile précédente, prétexte pour faire un " voyage " en bateau. Il fait beau, la lumière est belle, on profite, allongés sur les roseaux.

 

Nous quittons Puno pour la frontière bolivienne. La route joue à cache-cache avec le lac. Nous rencontrons  David et Gaelle, un couple de français en  tandem qui se rend au sud du Pérou avant de rejoindre la Nouvelle-Zelande puis l'Australie, l'Asie du sud est et l'Afrique de l'est. Un autre couple de français est quatre heures devant nous. Ils vont passer la frontière aujourd'hui. Ils sont pressés parce que c'est leur dernier jour de visa. Nous faisons des calculs. Serait-ce les français qui ont passé la frontière avec les lituaniens un jour avant nous? Nous ne le saurons jamais, en tout cas pas cette fois. Nous ne les avons pas rattrapé et les douaniers ne les ont pas vu. Mystère.

La nuit tombe plus vite que le prix de l'essence à l'approche de la frontière. Nous sommes loin du camping rêvé au bord du lac. Au clair de lune, nous nous enfonçons dans un champ entre deux maisons. Soudain deux ombres s'approchent. Et zut, pas un seul problème de vol ou d'attaque pendant nos trois mois péruviens et il faut que les problèmes arrivent le dernier soir. Trop de relâche la dernière nuit proche de la frontière. Flo cherche en vitesse la bombe au poivre. Une voix agressive nous demande : " qu'est-ce que vous cherchez? ". Nous expliquons : cyclos, français, voyage, nuit, tente, camping... " Ha bon je croyais que vous étiez des voleurs de bouses de vaches ." Pardon? Oui les bouses de vaches, le combustibles pour faire 2-Perou-113.JPGla cuisine, il n'y a pas de bois ici alors on cuisine avec les bouses de vaches. Les gens viennent la nuit pour nous les voler. " Non, non nous les bouses de vaches, on a bien essayé d'en manger un fois, mais comme tous les gringos à deux roues, on cuisine à l'essence. Une fois rassuré, le proprio nous propose de planter la tente près de sa maison. On ne sait jamais avec tous ces voleurs (de bouses de vaches...). Nous posons la tente entre les vaches et les cochons et il nous invite à boire une sultana, une infusion d'écorce de  fèves de cacao et à manger le meilleur pain et les meilleurs galettes de tout le Pérou! Tout naturel et tout fait maison comme se plait à nous le dire sa femme. De quoi ne pas quitter le pays avec une image trop noire. Ils nous expliquent leur retour à la campagne pour aider une mère vieillissante et puis l'envie de rester parce que l'on est mieux à vivre des produits que l'on fait pousser plutôt que dans la banlieue polluée de Lima avec un boulot sous payé. Ils nous expliquent le blocage des derniers mois. La mine que l'on veut installer au-dessus et le refus des habitants parce qu'ils savent que la mine c'est la fin de l'agriculture et qu'il vaut mieux vivre des produits de son champ que des dons alimentaires nord-américains. Qui peut manger du fromage crémeux en boite? Qui peut manger du mais sans goût? L'aumône du nord, ils n'en veulent pas, la mine non plus. Et bien ça change du discours pleurnichard que nous avions jusqu'à présent. De quoi se ragaillardir pour passer la frontière!

 

Aujourd'hui nous sommes à la Paz avec Isabelle et Alvaro, des amis de Grenoble. Nous sommes bien. Flo se relève d'un dernier épisode bactérien. Le Pérou aura été le pays le plus dur jusqu'à présent. Nous sommes content d'avoir terminé ce passage. Malgré les difficulté du terrain, nous avons été plus rapide que prévu. Nous sommes fières. Fières d'avoir pris cette route, une des plus difficiles, voir la plus difficile, pour traverser le Pérou du nord au sud, fières de l´avoir faite de bout en bout. Nous sommes fières de ne pas avoir mis les vélos dans un bus pour rejoindre toutes ces montagnes qui nous faisaient tant rêver.

Malgrè tout ce que nous avons pu écrire, dire, raler et surtout parce que nous avons beaucoup ralé, nous tenons à remercier tous les gens qui nous ont aidé et accueillis sur la route. Des accueils souvent spontanés et toujours très chaleureux, que ce soit en haut des montagnes ou au fond des vallées. Nous remercions tous les gens qui ont partagé avec nous un brin de causettes, paysans, citadins, et grace à qui nous avons pu nous rendre compte qu'une des particularité de la France est de faire du fromage avec du lait de brebis. Viva el Roquefort!

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