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Tour du monde a velo - Terre de paysages

Récits - Amérique du nord 2

 

Mea culpa, suivant les pays les accents sont plus ou moins présents sur les claviers, ce qui explique leur absence dans certains de nos textes. Désolé pour cette difficulté de lecture.

 

 

Etats-Unis, au début tout allait bienUSA--02-.jpg

Mis en ligne à Oaxaca (Mexique), le 4 février 2010

 

 

Arrivée dans le brouillard

 

Dimanche 5 septembre, la côte, le brouillard, de rares véhicules fendent les nuages, une ombre de bâtiment fini par se dresser. Nous passons les drapeaux canadiens, nous approchons des drapeaux américains. En regardant nos passeports, le douanier avec un fort accent slave, nous demande en rigolant qu'elle idée nous a prise d'aller en Géorgie. Il nous envoit au chaud demander notre carte d'immigration. Florent tente de négocier un rabais, les douaniers sans un sourire lui répondent que l'on devrait nous mettre en prison pour pédaler par un temps pareil. Ouf, ils nous donnent quand même notre carte blanche. Dans la descente, la neige nous rattrape, Chief mountain se cache dans les nuages. Il est temps d'aller se réfugier dans le visitor center du Parc des glaciers. Pendant que nos vêtements sèchent sur les radiateurs, les rangers nous annoncent que la route qui traverse le parc d'est en ouest est fermée pour cause de mauvais temps. Elle le sera sans doute encore le lendemain. Deux français en vacances, Olivier et Julien, nous invitent à passer la nuit sur leur emplacement de camping. Le lendemain, rando à quatre au Grinel glacier. Le soleil revient, les barrières s'ouvrent, nous empruntons la si célèbre going to the sun road. Un col à plus de 2000m, un dénivelé de plus de 700m, un défi pour les cyclistes. Pour une fois la pente est douce, les virages suivent les courbes de la montagne, pas de ligne droite qui n'a que faire des dénivelés. Facile. De l'autre côté la pluie nous rattrape. Nous demandons de l'eau dans un bar. Richard et Sylviane finissent leur journée devant une bière. Pas moyen que nous dormions dehors par ce temps, ils nous installent dans leur caravane. Au chaud devant le fourneau, dans un mobile-home à rallonge, Richard nous parle de ski de randonnée, de montagne, d'alpinisme, de vélo, de voyages. Il nous décrit à hauteur de roue, les paysages que nous allons traverser. L'habit ne fait pas le moine et les bras sont ouverts. Un peu plus loin, plutôt que de planter la tente sur sa grande pelouse, juste avant de partir pour la soirée un inconnu nous invite à nous installer dans la maison de location qui fait face à la sienne. Que tombent les stéréotypes français sur les américains!USA--07-.jpg

 

Dans un virage, entre deux gouttes, un ours blanc! Ha ben oui on vous l'avez dit qu'y'avait plus d'saison. Les glaciers fondent et les ours se font des poils blancs. C'est la vie. C'est comme la jante arrière de Florent qui commence à se fendre. C'est la vie. On décroche les freins et ça tient jusqu'à Missoula.

 

Missoula ville mythique des cyclos nord-américains, siège de l''Adventure Cycling Association. Ethel nous y attend. L'année précédente, comme tous les ans, Ethel a fait un voyage à vélo en Europe. Cette fois-ci c'était la France avec un passage en Lozère et chez le papa d'Aurélie. Florent se fait construire une nouvelle roue avant de reprendre la route à travers les prairies du Montana.

 

Dans les prairies, les vaches

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Des batailles ont fait rage au milieu des Rocheuses. C'étaient le temps où le gouvernement américains, poussé par les colons (comme si c'était pas des colons qui siégeaient au gouvernement...), obligeait les indiens à se déplacer toujours plus à l'ouest. En 1877, ceux des Nez-percé qui n'avaient pas voulu respecter les accords de 1863 les obligeant à quitter leur territoire, se sont vu sommés de prendre la route de l'ouest dans les 30 jours. Chief Joseph essaya de demander plus de temps sans obtenir gain de cause. 800 hommes, femmes, enfants prirent la route. Des jeunes, pour venger la mort du père de l'un d'eux, s'attaquèrent à des colons. Le déplacement se transforma en fuite. Poursuivis par l'armée, les Nez-percé tentèrent de rejoindre le Canada. Ils arrivèrent à s'échapper, toujours moins nombreux, de plusieurs batailles. Le 5 octobre 1877, pensant avoir pris suffisamment d'avance sur l'armée, Chief Joseph laissa son peuple affamé se reposer. C'était sans compter sur l'arrivée de nouvelles troupes venues à leur rencontre. Après avoir parcourus plus de 2600km les Nez-percé tentèrent de se défendre pour la dernière fois. Aujourd'hui ne reste que de l'herbe jaunie au pied des Bearpaw mountains.

 

Les ranchs se font nombreux, les vaches nous saluent. Nos passons des villages fantômes, à la durée de vie aussi éphémère que les mines qui les ont vu naître.

 

 

La pierre jaune ou les eaux bleu ?USA--21-.jpg

 

Yellowstone. Le premier territoire au monde classé parc national. Une caldeira refuge de quelques bisons réintroduits, de grizzlis en surpopulation obligés de se rapprocher des campings et des routes et surtout des manifestations géothermique de folie (en tout cas pour nous, néophytes en la matière).

 

Au sud, le Parc de Grand Téton (le pic du Grand Téton faisant face à Gros Ventre, sacré farceurs ces explorateurs français). Entre l'ascension du pic et une rando autour, notre cœur balance. Il fait beau, les conditions paraissent parfaites (vu aux jumelles, parce que du côté des rangers, ceux compétents sont aux abonnés absents et les préposés à l'accueil nous sortent des rapports datant du mois précédent). On triche un peu dans les réservations des campings (et oui, on a fini par s'y plier à ces histoires de réservations) en demandant des lieux qui nous permette de faire les deux. Une façon de toujours repousser le choix à plus tard. Au petit matin, en défaisant les sacoches pour remplir les sacs-à-dos et la boite à ours portative, nous rencontrons un des rangers-climbeurs (grimpeurs) qui vide les bureaux, ranger Marti. Florent lui raconte notre histoire et lui nous conseille la rando sur le Teton Crest Trail. Le sommet est beau, facile, mais le feuillage d'automne c'est quand même quelque chose. Et de fait, les couleurs sont au rendez-vous. Partis un peu tard, nous nous arrêtons avant notre lieu désigné de camping. Le soleil se couche et une boite à ours nous tend les bras. Celle-ci sera la bienvenue pour mettre à l'abri notre surplus de nourriture pour la nuit. Car ne croyez pas ce que l'on vous dit, une petite boite à ours transportable n'est pas suffisante pour deux cyclos constamment affamés qui se refusent de remplacer pommes et bananes par de la poudre énergétique jaune fluo. Ni grizzli, ni ours noir cette nuit là, mais le lendemain après-midi un bel orignal sur le chemin. Pas envie de bouger celui-là. Grand-Teton--2-.jpgSurtout que une, deux, trois femelles viennent lui faire la cour. Ils ont l'air bien occupé, mais nous faisons quand même un grand détour à travers les broussailles. Partis en retard dès le premier jour, toujours en retard le deuxième jour. Difficile d'arriver à notre zone de bivouac. On repère une autre zone un peu plus proche, en étant à moitié dans les clous, peut-être que l'improbable amende sera moins forte. Sauf que, sauf que d'autres randonneurs nous l'annoncent, ils vont mettre le feu au lac! Le camping est interdit, le sentier fermé dès le soir même, un feux contrôlé doit être lancé le lendemain matin. On accélère, à bonne allure on devrait arriver vers les 23h, de toute façon, la nuit, tous les ours sont gris. Un premier parking à 10 km de notre zone de camping, la cabane de Black George. Parce que la route était longue et surtout parce qu'il voulait nous faire gouter sa root beer float Black George du haut de ces 87 ans a empoigné la radio et appelé les rangers "y'a deux français dans ma cabine, ils doivent dormir a Beirde lake, mais il fait nuit et en plus ils mettent le feu demain, y'a pas un ranger pour les secourir ?" Ni une ni deux, ranger Scott est arrivé pour nous secourir d'une marche nocturne. Les deux français qui voyagent à vélo sont plus connus que l'ours blanc du Montana. Bref, on a eu droit à une douche dans la cache-rescue et aux histoires des rangers-sauveteurs de l'après-midi : un couple de formateur en sauvetage en montagne qui s'était trompé de voie pour grimper sur le Téton (le moyen). Ils espéraient s'offrir un petit tour d'hélico. Tintin, tout à pattes qu'ils ont fait, ça les formera! Au mur la lettre d'une association pacifique remercie l'équipe pour leur sauvetage de l'été sur trois cordées foudroyées, l'adresse de l'association : directtogod.com. Y'a des chose qui ne s'inventent pas. On plante la tente à côté de la zone de pause des hélicoptères en espérant que god n'en rappelle pas trop à lui cette nuit. Le lendemain nous quittons la rescue-cache avec les contacts du ranger Bryan du Parc de Arches en poche.

 

Il est temps de prendre la direction de la mormonie. Nous passons Genève pour aller dormir à Montpelier. Paris est annoncé. Mais que ce passe-t-il? La Terre est elle plus ronde que prévue?

 

Les aventures du père Tanné en mormonie

 

 

 

Salt-Lake City, ville au milieu du désert, capital des mormons. Il y a 150 ans, fuyant les persécutions, les mormons ont pris la route de l'ouest. Dieu leur aurait dit d'aller s'installer prêt d'une grande étendue d'eau salée (la mer?). Une Dizaine d'année plus tard, Joseph Smith mort (le prohète), Brigham Young voit une grande étendue d'eau salée, un arbre, hop, fini les routes poussiéreuses et le manque d'eau. On s'arrête. Fondation de la ville au bord du lac salé.

Mais qui sont les mormons ? On entend, les deux ans de missions réalisées par les jeunes mormons. On se souvient, des jeunes, en costards cravates, allant toujours par deux, leur noms inscrit sur la veste et nous abordant dans la rue, dans le train pour nous parler de Dieu. C'est eux. Contrairement à beaucoup d'américains, nous les avons apprécié. Pourquoi?USA--28-.jpg

Pour leur histoire. Petit tour au musée de Salt Lake. On regarde, on lit. On ne comprend pas bien. On demande. En 1860, le jeune Joseph Smith, un peu perdu ne savait à quel saint se vouer. Dieu le père et son fils Jésus-Christ lui aurait rendu visite lors d'une de ses balades en foret. Le monde va mal, les Églises sont sur la mauvaise pente, il est temps d'en mettre une nouvelle sur pied qui suive le droit chemin. Joseph se met au travail. L'ange mormoni lui vient en aide en lui apportant des tablettes en or. Ces tablettes auraient été écrites par des israélites exilés en Amérique du nord entre 600 av-JC et 420 ap-JC. Plus tard un indien Navajo nous a même dit que Jesus lui même s'était exilé en Amérique, mais les indiens n'ayant pas vu d'un très bon œil cet homme blanc l'ont renvoyé vite fait chez lui. Bref, revenons aux tablettes. Il faudra moins d'un mois à Joseph pour traduire les 600 pages et écrire le livre des mormons. Quand aux tablettes, et bien il les a rendu à l'ange, pardi. Débutent les conversions. Viennent se joindre à l'Eglise des Saint des Derniers Jours des artisans, des maitres d'école, toutes sortes de personnes qui commencent à vivre en communauté. Un style de vie qui ne plait guère aux défenseurs d'un capitalisme débridé. Persécutions et assassinats arrivent, l'exode vers l'ouest commence. Traverser les villages mormons nous a mis sur la route de l'Europe. Espaces publics, vielles maisons en pierre, places ombragées de beaux arbres. Les colons ne venaient pas le mains vides, mais avec quelques graines et leur savoir-faire. Nous n'avons pas vu de polygames, seulement des familles toujours prêtes à nous aider, à nous ouvrir leur porte.

 

A Salt-Lake se sont Louis et Julie qui nous accueillent. Julie est mormone et suit la règle : un an de nourriture en réserve dans les placards. Carlo, le fils ainé, rentre de missions et va bientôt se marier dans le temple de Salt-Lake. Louis, en bon italien, ne peut se soumettre à l'interdiction du café, quand à Ben le second fils, il accepte le verre de vin français, n'ayant que faire de l'interdit. On en connait deux qui ne pourrons assister au mariage de leur fils et frère dans le temple. Car il faut justifier d'avoir suivit tous les règles à la lettre pour entrer dans le lieu saint.

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3 octobre : arrivée du père Tanné. Déjà, c'était mal partit. Avec Louis nous arrivons en retard à l'aéroport. Mais depuis quand les avions arrivent-ils en avance ? Premier jour, visite du temple pour le côté culturel du séjour, puis il est temps de prendre la route. Tout va bien. Il fait beau. On tente une sortie de cette ville qui comme les autres s'étend à l'infini. Pause quatre heure. Crevaison. Réparation. Tout va bien, plus que quelques kilomètres et la densité urbaine devrait s'amoindrir. Crevaison, réparation, la nuit tombe. Les maison sont toujours là. Un couple nous saute dessus. D'où venez-vous, où allez-vous? Interdiction d'aller plus loin, s'enfoncer dans la vallée étroite. Hop là, ils nous embarquent chez eux. Brad et Marylin sont mormons. Tout va bien. Remonté de la vallée étroite. Les nuages s'accumulent, la pluie arrive. Pique-nique à l'abri dans une station essence fermée pour l'hiver. Le soleil arrive. La route monte. Monte. Monte. Pas d'endroit où planter la tente. La nuit tombe. La route monte. Le père Tanné nous en veut à mort. Le col, le froid, mais un champ où dormir. Ouf, le réchaud fonctionne! La route continue, vers l'est, vers les parcs de l'ouest américain, entre orage et désert. Les crevaisons s'accumulent. Quatre ou cinq par jour, alors que nous n'en avions eu que deux en Eurasie! Au moment de prendre la route de l'ouest, deux mamies nous interpellent. Ensemble elle font pas mal de vélo et de rando. Il y a cinq ans, l'une d'elle a entamé une traversée nord-sud de l'Amérique, de l'Alaska à la Patagonie. Au bout de quelques semaines ses compagnons de voyages n'ont plus voulu d'elle, arguant du fait qu'elle était trop lente. Elle a répondu, que se levant plus tôt qu'eux, elle arrivait de toute façon en même temps qu'eux le soir. Rien à faire, ils n'ont plus voulu d'elle. Qu'à cela ne tienne, elle a continué seule. Mais sa famille, inquiète, lui a demandé d'arrêter, de rentrer. Ils ont inventé toute sorte de chose : maladie de la sœur, crise cardiaque du frère. Elle a fini par rentrer, un peu amère. C'était une petite jeunette en ce temps là, à peine 80 ans!

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Canyonland. A la rencontre de la Green river et du Colorado, un dédale de canyons. Des pistes fabuleuses autorisée au 4x4 (!?!), encore mieux en vélo. Des voyageurs au long cours : la famille Piotet la famille Pomel, un peu français bien entendu. Une descente de folie au fond du canyon, quelques kilomètres de poussière pour rejoindre le bitume et … une ancienne mine d'uranium à ciel ouvert. L'économie de la région il y a peu. Aujourd'hui, les camions se relaient pour évacuer les déchets -les écologistes de la ville de Moab ont fait entendre leur voix- pour les acheminer quelques dizaines de kilomètres plus au nord, dans une montagne un peu plus déserte.

 

Arches. Une côte, fin d'après -midi, le camping tout au bout, souvent complet, pour ne pas dire toujours. Qu'à cela ne tienne, à Canyonland nous avons partagé notre emplacement, à Arches nous demanderons à partager. La nuit tombe et c'est sous les étoiles que la tenancière du camping nous interdit de rentrer. La politique locale interdit le partage. Nous n'avons qu'à redescendre, il y a plein de camping au bord de la rivière...40km plus bas. Nous expliquons le vélo, les heures de côtes, la tente, rien à faire. Non, c'est non. Le père Tanné commence à douter de notre organisation de charlot. Qu'à cela ne tienne, il fait nuit, c'est l'heure de manger, et bien mangeons. Table de pique-nique au claire de lune et en plus il fait chaud! Une voiture arrive. S'en est foutu de nous si c'est les rangers. « Bonjour, je suis le ranger Bryan » et là le père Tanné il se dit que c'est pas

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possible d'avoir un bol pareil. Le ranger Bryan, c'est le pote du ranger Scott. Vous savez celui qui nous a sauvé de notre randonnée nocturne dans les Tétons. Et bien voilà, ranger Bryan va négocier avec la tenancière qui nous trouve miraculeusement un emplacement caché derrière les toilettes. De quoi dormir tranquille et être en forme pour aller se balader au milieu des arches le lendemain. Et pendant la balade que n'entendons-nous pas? du français, pourtant ce ne sont pas les vacances scolaires. Pour cause, cette fois c'est la famille Cossartqui se promène. Ranger Bryan et rangeuse Angelica nous invite à manger. Derrière les cordes et les dégaines, se cache un vrai garde-manger de mormons!

 

Nous continuons sur les routes de l'Utah. En voulant aller admirer les petroglyphes, nous avons failli nous faire avoir par le temps. Dans ces régions de désert, il nous faut à nouveau faire attention à l'eau et à la nourriture. D'autant plus que les magasins sont fermés le dimanche, nous n'étions plus habitué à cette journée de repos hebdomadaire!

 

Dans les déserts une étrange population a laissé des traces : les anasazis. Cultivant le mais et la courge, ils vivaient dans des villages caché sous les baumes, dans les falaises, parfois par centaines. Un jour ils ont disparus, laissant tout en place, murs, maisons, poteries... que sont-ils devenus, où sont-ils allés, les réponses ne sont que suppositions. La région accueille quelques-uns des plus grands-ponts naturels (contrairement aux arches, les ponts enjambent une rivière), impressionnant.

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Après quelques centaines de kilomètres sur bitume, la piste nous manque. Mais y-a-t-il un bateau pour traverser le lac Powell. Personne pour nous répondre au carrefour, et si une fois arrivé au bord du lac la réponse est négative, nous n'aurons pas assez de réserve pour revenir sur la route et rejoindre la prochaine épicerie. Mais à qui sait attendre tout arrive. Comme un pick-up qui lui connait la réponse, les horaires, les tarifs et qui en prime nous donne la carte des régions indiennes de l'AAA. Celle là même qu'utilise l'inspecteur Lee pour aller résoudre ses enquêtes dans la réserve navajo (cf les romans de Tony Hillerman). Avec un tel équipement nous sommes fin prêt à attaquer la route historique empruntée par les mormons. Mais bien sur, c'est quand le soleil se couche que le pneu de Florent décide d'éclater. Rhrhrrr. Nous poussons deux vaches pour planter la tente au milieu des buissons épineux. Lever de soleil au fond de la prairie, ballet de couleurs sur les falaises, la route se met en pente douce pour rejoindre la lac. Baignade et lessive avant d'attaquer l'enfer : une route qui n'en fini plus de monter, l'orage qui menace mais ne veut pas tomber. Mise en bouche pour le lendemain : sable et lacés serrés. Une des plus belles routes prises en Amérique du nord!

Nos derniers jours de chaleur, nos derniers jours de soleil. Parce qu'une fois rejoint le bitume, le ciel se couvre définitivement et la pluie se jette sur nous sur une magnifique route en crête. Merci papa pour la proposition du motel, mais tu sais le prochain village est 50km, quand au taxi, houhou, peut-être dans trois jours. Oups, le bus qui devait te ramener de Cedar city à Salt-lake city n'existe plus. Vive les transports en communs aux Etats-Unis! Mais non tu vas voir, tout fini toujours par s'arranger. C'est ça la vie de cyclo, aller de galère en galère pour apprécier le moindre petit moment de bonheur, un rayon de soleil, une pente douce, une douche, des biscuits au chocolat. Elle est pas belle cette cascade?

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Bryce canyon. Le froid, les branches qui tombent à quelques centimètres de la tente de Diedrieck, cyclo hollandais. Le soleil qui se lève sur les hoodoos enneigés : un jardin de fées.

Pour rejoindre Cedar City, un col, un dernier pour le père Tanné, à plus de 3000m. C'est la fin octobre, c'est l'hiver. -12°C à l'extérieur, -5°C à l'intérieur de la tente. L'eau gèle si elle n'est pas prêt de nous. C'est tout une organisation à mettre en place les semaines à venir pour avoir un peu de liquide à mettre dans nos céréales et dans la casserole pour le thé du matin. Et quand les bouteilles prennent l'air au petit matin, s'est pour se geler immédiatement. Il faudra attendre prés de 14h pour avoir à nouveau un peu du précieux liquide.

 

Cedar City. Heureusement une autre compagnie de bus a pris le relais. Louis et Julie attende le père Tanné à Salt-Lake. Florent lui propose de prendre tramway, puis bus, puis chariot de supermarché (pour mettre le vélo déjà sous carton) pour rejoindre leur maison depuis l'arrêt du bus. Lui parle plutôt de taxi. Finalement c'est un retraité, mormon, qui l'emmène avec toute ses affaires jusque devant la porte de Louis. Tout est possible en mormonie!

 

 

 

De canyons en canyons

 

Alors qu'Yves s'envole vers la France, nous reprenons la route, direction Zion, en perdant un peu d'altitude nous regagnons quelques degrés. Zion, des falaise de folie, une randonnée sur la plateforme de dépose des anges et quelques heures passés dans l'eau des Narrows, des gorges bien étroite. Au retour nous trouvons un mot sur nos vélos. Ranger Marty des Tétons est dans les parages. Quelques centaines de kilomètres de bitumes et de pistes plus loin un autre canyon, à sec cette fois, plus étroit, aux formes tout en courbe.

 

Pages. Ville née du barrage du lac Powell, en bordure de la réserve indienne. Le barrage sert comme réservoir d'eau pour la région, pourtant il en perd plus que le Colorado du temps de sa liberté. Il produit de l'électricité et les navajos, pour développer leur économie ont construit une usine à charbon, une dizaine de kilomètre plus loin...pour produire de l'électricité au milieu du désert! L'alcool fait des ravages et nous nous échappons vite pour aller planter notre tente en bordure du canyon du Colorado.

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Nous nous en éloignons pour mieux le retrouver à Grand Canyon. Les places si chère à obtenir pour descendre au fond nous sont données tout de suite. En ces jours de fraicheurs, les mise en garde nous semble un peu excessive. Il n'y a qu'une dizaine de kilomètres pour descendre au fond et quelques 1300m de dénivelé. Une journée d'aller-retour! Nous y passerons deux nuits pour avoir le plaisir d'explorer le Phantom canyon sur conseil du ranger Bryan. La pluie nous tombe dessus au fond et quand nous ressortons, c'est la neige qui nous attend sur le plateau. Il est temps de mettre les voiles! En deux jours, nous passons des pins au cactus, de températures négatives et des températures excessivement positives. Bienvenue dans l'Arizona. Paradis des snow-bird, ces américains qui fuient l'hiver avec leur RV pour se réfugier sous des latitudes plus clémentes : l'Arizona quand ils ne veulent pas passer la frontière pour le Mexique. Une liberté qui nous semble étrange. Celle qui cache une misère qui peut leur tomber dessus à tout moment et qui risque de les condamner à vivre là où leur RV tombera définitivement en panne. Les villages de RV de luxe (palmiers, espace, karaoké...) alternent avec des moins paradisiaques (alignement de RV tous les mètres). USA--80-.jpg

Sur la carte : Glamis, parc régional de dunes. Une petite route toute en montée en en descente. Des centaines de pick-up tirant remorque remplis de quads. Les Etats-Unis qui nous font rêver. Le pays où l'on s'est le plus sentis en danger sur la route. Le pays où les gens ne connaissent pas la pédale de frein (du aux boites automatiques de vitesse ?), le pays où les gens ne se décaleront jamais pour vous doubler (même si la route est droite et vide de véhicule). Le seul pays où les automobilistes nous ont délibérément frôlés pour nous faire peur (nous mettre en danger?). Le pays où la (grosse) voiture est reine et où les rétroviseurs se transforme en meurtrier. Glamis n'est pas un parc de protection écologique, Glamis est un parc à jeu pour grands enfants avec quads. Une horreur. Heureusement il ne reste qu'une montagne avant d'atteindre San Diego. Destination finale de notre séjour cycliste « américain ». Mais comme il faut un peu d'aventure, la jante de Florent, la neuve, celle changée à Missoula, casse quelques kilomètres avant d'arriver chez nos hôtes Jerry et Barbara... Il est temps de changer les roues, commander de nouvelles jantes, de nouveaux rayons, du costaud pour les pistes des Andes.

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De San-Diego nous prenons un train pour retrouver les grands-parents d'Aurélie àSan Francisco en voyage sur le continent pour leurs 80 ans (enfin, Mathé fêtera ses 78 le jour de la Thanksgiving). A San Francisco nous attend Christine, une amie d'enfance de la mère d'Aurélie. Petit séjour familiale dans certainement la plus belle ville des Etats-Unis qui nous ait été permise de voir.

 

Retour à San Diego. Les roues nous attendent. Petits problèmes de roues, encore, toujours, nous empêche de tourner rond. Florent se met à l'atelier. Les jantes sont arrivées à San Francisco, un peu en retard, Thanksgiving oblige, les transporteurs privés se sont pris un week-end de 5 jours alors que la poste tournait. La commande des rayons a pris du retard, ils ont été envoyé à San Diego. Rdv a été pris avec un vélocyste à San Diego, Ron, de Blacksmith Bicycles Wheels . Tout allait bien, nous avions les jantes, neuves, belles, costaux, les rayons dans la boutique, et le monsieur de la boutique prêt à construire. Sauf que.
Sauf que des quatre jantes envoyées chez Christine, une n'avait pas le bon nombre de trous pour les rayons, 40 au lieu de 36. Donc nous n'avons pas pu nous en servir puisque nos moyeux n'ont que 36 trous. A moins de trouver un moyeu neuf de 40 trous, ce qui est encore moins courant que 36. D'autant plus que les jantes 40 trous ne sont pas vendues aux USA! (mais comment est-elle arrivée à SF????) Quand aux rayons, forcement il y eu problème dans la commande, pas la bonne épaisseur, pas le bon nombre. Nous en avons eu pile le nombre pour 36 trous (pas pour 40), alors que l'on en voulait en rabe au cas ou ça casse. Donc pas de change et pas de quoi monter la roue de 40 trous. Mais ils sont très fancy, noirs pour aller avec les vélos. Ça coute un peu plus chère, mais on peut monter un business de croque-mort à vélo!

Bref, si vous avez suivis, vous devez vous faire du soucis pour les cheveux de Florent. Mais pas trop car nous étions chez Jerry et Barabara. Un couple américains hors-normes. Les seuls personnes que nous avons rencontrés qui soutiennent les français dans leurs grèves, qui se lèvent d'enthousiasme face aux images des manifs, qui chaque année financent les études d'une étudiante du Moyen-Orient, qui trouve le moyen de faire des randonnées cyclistes urbaines plates entre les collines de San Diego, qui ont tout les outils qu'il faut pour réparer les vélos et en plus même Aurélie arrive à comprendre leurs blagues en anglais. Des gens qui nous permettent d'aller toujours un plus loin en nous mettant sur la bonne route pour Tijuana.

 

 

 

 

 

Mexique, des hauts et des basmexique1 - Basse Californie (03)

publié le 5 mai, depuis Bogotá, Colombie

 

 

Après avoir longés le mur qui sépare les Etats-Unis du Mexique pendant plusieurs jours, le 4 décembre nous passons la frontière la plus circulée au monde. Tijuana, phantasme de tous les étasuniens, d'un bonne partie du monde. La plus dangereuse, celle où si vous ne prenez pas une balle perdue, c'est qu'elle vous était délibérément destinée. Celle qui voit passer tous les bandits et tous les trafics. Phantasme. En partie. Les migrants qui tentent de rejoindre la rive nord du Rio Grande le savent bien. Plusieurs solutions s'offrent à eux. L'une d'elle est d'emprunter les tunnels creusés sous la frontière, à l'origine pour faire passer la drogue. Mais tout est bon pour gagner de l'argent. La poudre blanche peut aussi passer par dessus la frontière, par dessus le mur : d'un camion à l'autre. On se dit que rarement la drogue doit emprunter la route très militarisée. Quand aux migrants, si le tunnel est trop chère (6 à 7000$), il y a la solution du désert. Trois ou quatre jours de marche, de nuit. De jour il faut se cacher sous les rares arbustes qui peuvent donner de l'ombre. On se dessèche la journée. On gèle la nuit. L'eau, le bien le plus précieux, gèle également et ne peut plus remplir sa mission d'hydratation. La journée les hélicoptères rodent. Si le groupe se fait prendre, personne ne dénoncera le passeur. De toute façon personne ne sait qui est le passeur parmi tous ceux partis en quête du rêve américain. Si tout va bien le groupe s'éparpillera de l'autre côté de la frontière. Si tout va bien chacun trouvera un ami, un parent, un compatriote pour l'aider. Mais passer la frontière n'est pas le tout. Encore ne faut-il pas se faire prendre ensuite. Suivant les États, pour les malchanceux, ce sera de 2 semaines à 5 mois de prisons avant l'expulsion. Il y a aussi ceux déjà installés qui veulent faire venir de la famille, des amis. Ils sont en contact avec des passeurs. Le migrant doit passer, il est en train de passer, il est passé. Les gens payent. Le migrant n'arrive jamais. Il n'a jamais passé la frontière et l'argent s'est envolé. Nombreux sont ceux à rentrer au pays déçu par le rêve qui ne s'est pas vraiment réalisé, rejeté par un pays qui ne veut pas d'eux, fuyant une culture qui ne leur ressemble pas.

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Nous passons la frontière facilement. Un petit arrêt pour le coup de tampon, non-obligatoire pour les étasuniens, ceux-ci pouvant librement se rendre jusqu'à la moitié de la Basse-Californie. El lobo profite de cette frontière poreuse. Étasuniens victime d'un accident du travail, d'un système de santé défectueux, il est venu se réfugier avec ses maigres économies au Mexique. Le nord et le sud de la Basse-Californie n'accueille pas la même population venue de leur voisin du nord. Le nord voit arriver les désargentés qui n'ont plus les moyens de vivre dans leur pays, alors que le sud se voit coloniser par riches maisons secondaires et hôtels à étages.

 

Il va falloir appuyer sur les pédales : 1500km à parcourir en deux semaines pour rejoindre à temps Babeth, la maman d'Aurélie, et Xavier. Le Chrono est lancé. La route longe la côte puis la quitte pour s'enfoncer au milieu des vignes et des champs de nopals, le cactus dont la « feuille » plate se mange en salade, grillée ou en jus et aurait de nombreuses vertus notamment concernant le diabète.

El Rosario, nous sommes au pied de la montagne, au pied du désert. En cette fin de matinée, un gringo nous stop dans notre élan. Il accueille deux cyclos espagnols, il faut absolument qu'on les rencontre, d'autant plus qu'il complètement stupide d'attaquer la côte en pleine chaleur...on se laisse facilement convaincre. Et c'est ainsi que l'on fait la connaissance de Silvia et Javier. Deux compatriotes partis d'Alaska l'été dernier et qui sont sur la route du sud. Pas vraiment de plan, ni de calendrier et encore moins d'objectif. Ils sont un peu malade et nous sommes encore bien loin de la Paz. On part sans eux, certain de les retrouver plus loin. Dès le début de la côte, on se fait doubler par un cycliste. Il ne s'arrête pas et nous cris qu'il va en Argentine. Un deuxième arrive. Il prend le temps de discuter. Deux étasuniens qui veulent rejoindre la Patagonie dans 6 mois (et oui se sera l'hiver...).  Objectif : tour du monde en un an et demi. Bon ben, on a pas tout à fait les même cuissauds...  Mais quand même faut pas croire. Les cactus ça nous donnent de l'énergie. Suffisamment pour les retrouver le soir. Le lendemain c'est une petite course. On prend de l'avance. Ils nous rattrapent devant l'épicerie. On les devance parce que l'un d'eux a des problèmes de jantes (on vous jure c'est pas nous!). On se retrouve le soir, ils s'arrêtent au village, on s'enfonce un peu plus dans le désert. Lendemain, personne. On pose la tente sur un ancien campement de cyclos. Ça sera récurant sur la péninsule. A croire que les cyclos sont tous attirés par les mêmes pistes et les mêmes poteaux électriques!

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Guerrero Negro. Ville des baleines, ville des salines. On retrouve notre américain, seul. La jante a définitivement rendu l'âme et son compagnon a grimpé dans une voiture pour rejoindre la Paz. Au moment de repartir, on retrouve Silvia et Javier. Pour des gens qui prennent le temps, on les trouve plutôt rapide... Le vent les a poussé à l'arrière d'un camion de déménagement. Ils ne sont même pas rendu compte qu'ils avaient passé au moins trois barrage militaire! C'est décidé cette fois, on repart ensemble. Pour un temps. Le temps de partager quelques nuits au milieu des cactus, superbes. D'échanger recette de cuisine et histoire de cyclo, jusqu'au prochain oasis. Qu'il est bon de voir du vert, de l'eau, des dattiers. Premier village à l'architecture colonial. Petite place ombragée qui invite à la sieste. Mais on repart. En plein soleil. On s'endurcit. Un peu. On alterne tempête de soleil et brouillard épais. Il n'a pas plu depuis neuf ans, mais tout les matins la tente est trempée d'humidité. Allez comprendre. Passage de la ligne de partage des eaux. Descente sur la mer de Cortez. Santa Rosalia. On laisse Silvia et Javier devant une église d'Eiffel. Incongruité achetée et acheminée par une une entreprise française qui exploitait les mines de cuivre de la région à la fin du XIX° siècle. Les ventilateurs ont envahis le plafond. Un bâtiment en tôle, alors qu'en plein hiver la température dépasse déjà les 30°!

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Face à la mer, on rencontre la famille Piot, croisée dans l'Utah. Ils nous invitent à partager leur bout de plage pour l'après-midi et la nuit. Décidément nous sommes vraiment faibles. Quelques kilomètres plus loin ce sont Franck, Laurence et Lya, des toulousains rencontrés également dans l'Utah que nous retrouvons. Puis Robert et Martine s'arrêtent, ils ont entendu parler de deux cyclistes français avec des sacoches oranges. Ils essayent bien de nous tenter avec du poissons frais mais cette fois on reprend du poile de la bête. Nous ne serons pas faibles face aux kilomètres qui nous attendent. Car il nous faut encore repasser le ligne de partage des eaux deux fois, parcourir notre plus grande ligne droite : 70km avec un léger vent de face, réaliser notre plus grande nombre de kilomètres en une journée : 150km au jour les plus courts. Que de records pour rejoindre la Paz!

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La Paz. Diego et Ivonne qui nous accueillent en cette période de Noël comme si nous étions de la famille, Babeth et Xavier qui nous rejoignent après leur virée dans le Oaxaca. La mer, les iles, le kayak de mer. Quatre jours autour de l'Ile espiritu. Quatre jour à tester un autre moyen de transport, à se la couler douce sur la plage, à se faire peur au milieu des petites vagues. Une belle découverte. Deux jours de rando dans la Sierra de la laguna pour se souvenir comment c'est d'avoir froid. Puis retour à la Paz pour prendre le bateau et traverser la mer de Cortez.

 

A Mazatlan, on retrouve Silvia et Javier au milieu d'un certain nombre d'autres cyclos. Il y a ceux qui vont du nord au sud de l'Amérique, ceux qui vont du nord au centre, ceux qui vadrouillent, voyages, rentrent chez eux. Tous prennent la route de la côte. Avec Silvia et Javier nous partons directement dans les montagnes espérant fuir le trafic et la chaleur. Nos compatriotes espagnols prennent un jour d'avance. La pente est longue. Pas facile de passer de 0 à 3000m. La route fait hurler Florent. Pas de logique, pas de monter vers un col, mais des passages d'un côté à l'autre de la ligne de crête. Ça monte, et ça descend que pour ne mieux remonter. On retrouve Silvia et Javier en haut sur le plateau. Ils viennent de passer la nuit chez les bomberos volontaires du village. Une famille de pompiers qui a acheté un van transformé en ambulance pour se lancer à l'assaut des incendies et des accidents de la route. Ils nous emmènent tous sur le site touristique du coin : Mexiquillo. Une plaine remplies de gros rochers granitiques ronds. Un décors de cinéma souvent utilisé par Hollywood. Le soir même Javier et Silvia nous emmènent à nouveau chez des bomberos. Les pompiers ont souvent une salle pour dormir et toujours le sens de l'aide.

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Nous les laissons pour nous rendre un peu plus vite à Durango. Nous y rencontrons François qui non content de nous héberger et de nous mijoter de bon petit plat, va également nous résoudre nos problèmes informatique dont celui concernant la vidéo faite par la Télévision Suisse Romande à l'occasion des Jeux-Olympiques de Vancouver. Du coup, nous en profitons pour faire une nouvelle page « Presse » et la mettre en ligne sur le blog. Durango, État de narco-traffic, de production de la marijuana. Les cyclistes locaux le savent bien, eux qui ne peuvent plus pratiquer le vélo de montagne dans la Sierra. Si la route est tout à fait sur, les pistes qui partent dans les vallée profondes ne le sont pas. Francisco, le président de l'association PROCIMO (Promocion de ciclismo de montana) nous invite à un événement qu'ils organisent deux fois par an avec toutes les associations de cyclisme de la ville : aller porter des cadeaux aux enfants pauvres des villages de la Sierra. Leur bonne action cache un objectif beaucoup plus personnel : montrer aux habitants que les cyclistes ne sont ni des narcos, ni des militaires, mais des personnes qui ne demandent qu'à profiter tranquillement de leur activité favorite. Et tous de mettre leur parure de cycliste : collant, short, lunettes, casques, foulards... pour que les habitants ne prennent pas peur face à ces êtres étrangement habillé. Matinée de jeux et de distribution de cadeaux. Au milieu d'enfants ravis et d'adultes qui regardent la scène de loin.

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Le Mexique. On aurait pu passer, traverser et dire : ne croyez pas les médias, tout va bien, pas de problèmes, tout est tranquille, car effectivement ça a été le cas, pour nous. Mais les gens parlent, et qui de nous raconter le coup de téléphone qu'il vient de recevoir pour lui demander 10000 par mois pour la survie de sa fille et de sa femme; qui de nous faire part de son ami kidnappé et torturé jusqu'à ce que son compte en banque soit vidé; qui de nous conter les coups de téléphone passés bien souvent depuis les prisons pour soutirer de l'argent aux gens en leur faisant comprendre qu'ils connaissent une partie de leur vie, bluff ou vérité?, les voitures volées alors que leur propriétaire était au volant, les pressions exercées sur les migrants qui résident aux États-Unis et qui ont encore de la famille au Mexique. Un massacre vient de se produire. 70 corps de migrants d'Amérique centrale viennent d'être retrouvés. Ils ont refusé de servir d'esclave dans les plantations de drogue. Ils sont décapités. C'est la marque de la Famille, un cartel qui sévit sur la côte Pacifique. Il est connu pour son extrémisme religieux. Pour entrer dans le groupe, les novices doivent réaliser un certains nombre d'actions dont tuer des hommes qui n'aurait pas respecter les règles, leurs règles puritaines. Les femmes et les enfants sont épargnés. Le gouvernement a lancé une guerre contre les cartels pour nettoyer le Mexique, éviter qu'il ne tombe complètement au main du narco-traffic. Mais pour beaucoup il n'a fait que rompre le fragile équilibre qui existait entre les différents groupes et qui permettait d'épargner, un peu, la population. Aujourd'hui les cartels se font la guerre. Les cartels font la guerre au gouvernement et les crimes de droits commun se multiplient. Il ne faut pas être nombreux pour téléphoner, il suffit d'avoir un bon pouvoir de persuasion vocal.

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Nous quittons Durango pour rejoindre les belles villes coloniales nées de l'exploitation des mines d'argent : Zacatecas, Guanajuato, San Miguel de Allende et Queretaro. Le plateau est sec, les champs sont jaunis par le soleil et la forêt se fait rare. Pour échapper un peu à la circulation, après prise de renseignements, nous empruntons des pistes qui coupent à travers la montagne. De villages, en villages, d'école de campagne en école de campagne nous arrivons dans ces villes qui ont tiré leur richesse de l'exploitation de la main d'œuvre locale : des millions d'indiens réduits en esclavage sont morts au fond des mines qui permettent aujourd'hui aux touristes de s'extasier devant la finesse des sculptures de la cathédrale de Zacatecas, devant la tranquillité des patios des riches demeures de San Miguel. Ces villes sont belles, magnifiques, avec leur architecture coloniale toute colorée, avec leurs petites ruelles à flanc de montagne. Notre préférence ira à Guanajuato. Une ville pleine de vie, nichée au fond d'une vallée. La circulation est cantonnée aux quelques rues du fond, trop étroites et trop peu nombreuses pour permettre une circulation à double sens. Du coup les véhicules qui vont vers l'est sont en surfaces et ceux qui vont vers l'ouest empruntent les souterrains. Quand aux flancs de la vallée, ils sont le royaume des piétons. Drôle de ville à étages.

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A Queretaro nous retrouvons Victor et Lourdes qui nous avions rencontrés au petit matin sur le marché aux poissons de Tokyo. Ils nous avaient invité chez eux et un an plus tard nous voilà! En tant que fabricants de brosse à dent, ils nous prennent rendez-vous chez le dentiste. C'est Aurélie qui avait mal, mais c'est Florent qui reçoit quelques grammes de plombs. Heureusement l'anesthésie n'empêche pas d'apprécier le succulent molle servi le soir. Une sauce faite à base de cacao et de nombreuses épices qui accompagne viande et riz.

 

De Queretaro nous prenons un bus pour Mexico. Un autre rendez-vous nous attend en Colombie et à vrai dire nous n'avons pas très envie de tester l'entrée dans la ville folle. Cette fois c'est Susanna qui nous accueille. Une architecte avec qui Florent avait travaillé lors d'un semestre d'étude à Montréal. Nous nous sentons en famille. Ensemble nous visitons le ville et le site de Téotihuacan, un site Aztèque au nord de la ville. Mexico s'enfonce. La ville antique était faite d'ile artificielles construite sur un immense lac. Quand les conquistadores sont arrivés, ils ont asséchés le lac détruisant l'équilibre hydrique et une incroyable cité. Peu à peu la nature leur rappelle leur histoire.

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De Mexico nous reprenons un bus pour Oaxaca. La ville est calme, pas de manifestations. Nous jouons les touristes : visite du site de Monte Alban, de l'arbre de Tulle, un arbre de plus de 2000 ans et de 14m de diamètres. C'est la fête de l'enfant Dieu. Les familles portent leur poupon à l'église pour le faire bénir.

 

Pour rejoindre la mer, il nous faut monter vers le peuple des nuages. La côte est longue sous le soleil. De l'autre côté de la montagne, nous avons notre première pluie depuis plus de deux mois! Il faut chaud, nous sommes sous les tropiques, nous découvrons la chaleur humide. Humm.

 

La route longe la mer sans la voir. Que ceux qui croient qu'une route côtière est plate revoit leur leçon! Ça monte, ça descend et le soleil ne veut pas se cacher. Va falloir s'habituer. Nous passons nos premières nuits sous les manguiers, au milieu des bananiers.

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Traversée de l'isthme, la partie la plus étroites du Mexique. Le vent souffle. Un fort vent du nord, celui dont on rêve depuis notre départ de l'Alaska. Mais aujourd'hui il est de côté. Heureusement le bon : il ne nous pousse pas sous les roues des camions, mais dans le fossé. Un américain ancien cycliste nous prévient : au bout de la ligne droite il y a une zone de turbulence. Attention au changement de vent. Après s'être mis au sud, le vent nous pousse : 28km/h en côte sans pédaler!

 

Pour se rendre à San Cristobal de las Casa, au Chiapas, il nous faut prendre de l'altitude. Le vent nous attend à chaque virage de la côte. Chaque tournant est une bataille. Un camion de déménagement s'arrête, propose de nous faire sortir de la zone de vent. Aurélie craque et accepte sous l'œil désapprobateur de Florent.

On prend de l'altitude, on perd des degrés, les vergers font place au pâturage, puis c'est une folle descente jusqu'à Tuxtla, capitale du Chiapas. Nous passons notre chemin. Une belle côte nous attend pour arriver à San Cristobal : 80km de « pura subida », 2500m de dénivelé. Une journée au milieu des champs de maïs et de granadas qui dévalent les pentes raides. Passé le rush de 8h, les véhicules se font rares. Tous le monde va à pied. Les femmes vêtues de jupes longues noires et de hauts colorés finement brodés sont de corvées de bois, les fagots bien arnachés sur le haut du front. Peu nous parlent. Surtout pas les jeunes filles qui osent à peine nous regarder. Seul viennent vers nous les ivrognes. Ceux-là même que nous n'avions pas vu depuis...Pages et la réserve indienne navajo.

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San Cristobal, ville coloniale des montagnes. Des maisons colorées, d'un seule niveau pour la plupart. Un grand marché achalandé par les communautés indigènes venues vendre haricots, bananes, mangues, tomates, tamales cuits dans des feuilles de maïs ou de bananiers, au choix. Le Chiapas a les pieds dans l'eau et la tête dans les nuages. Le soleil des tropiques nourrit ses habitants. Le calendrier ne nous permettant pas d'aller chercher les sites mayas dans la forêt à la frontière avec le Guatemala, nous ferons un modeste aller-retour en bus au site de Palenque.

 

 

Pour rejoindre le Guatemala, nous restons en altitude. Ça nous va bien. Pour notre dernière soirée au Mexique nous plantons la tente dans l'arrière-cours d'un rancho. C'est dimanche, jour de réunion familiale et nous sommes invités à manger les reste du molle. Un régal!

 

 

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