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Tour du monde a velo - Terre de paysages

Récits - Amérique du nord 1

 

Mea culpa, suivant les pays les accents sont plus ou moins présents sur les claviers, ce qui explique leur absence dans certains de nos textes. Désolé pour cette difficulté de lecture.

 

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Vancouver, ou comment passer l'hiver

Juneau – Alaska, 30 avril 2010


Noël, les vacances, la famille, musée, visite touristique, ile de Vancouver, tour du drapeau : tour des postes frontières pour ré-entrer au Canada avec nos visas vacances-travail.


Puis c'est la fin des vacances, il est temps de se refaire sédentaires, chercher un logement, du boulot. François, cyclo québecois, nous accepte chez lui du temps que sa copine est en Terre de Bafin. Un toit sur la tête, il ne reste plus qu'à trouver l'argent du loyer. Flo fait le tour des bike-shop et des magasins de montagne, pendant qu'Aurélie tente sa chance du côté du service et des caisses enregistreuses. L'accent français paye mieux qu'un an et demi de pédalage. Aurélie est engagé pour jouer la marchande au déli de Meinhardt, le rayon traiteur d'un supermarché qui se veut de luxe. Pendant qu'elle apprend à faire des cappuccinos-décaféinés-one-shot-soya-milk-to-go, Florent se morfond face à la pluie qui tombe et la saison de jardinage qui ne veut pas commencer.

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Enfin les JO arrivent. A la dernière minute, ADECCO nous embauche. Équipés de nos beaux costumes bleus nous prenons la direction du centre des médias, cœur des JO. Notre mission : vérifier les accréditations  des journalistes et de toutes personnes entrant dans les bâtiments et quand le travail manque, nous sommes envoyés à l'extérieur pour renseigner les passants : la flammes olympiques ? Par ici. Les toilettes ? Par là. Les toilettes ? Par ici. La flamme olympique ? Par là. Nous sommes le visage des JO. Nous sommes jeunes, caucasiens ou est-asiatiques. L'équipe de sécurité ? Asie du sud, Amérique latine, Asie centrale, Moyen-Orient. En cuisine ? Philippines. JO, supermarché, même politique. Flo se lance dans les relations média. La télévision suisse-romande fait un petit trois minutes sur notre aventure. La chargée de communication des JO l'envoie vers tous les journalistes qui cherchent des volontaires. Manque de bol, nous sommes bel et bien salariés. Mais le voilà propulsé dans une conférence de presse face à quelques dizaines de caméras, ses paroles retranscrites en espagnol, russe, japonais... L'AFP fait un papier sur notre voyage et l'on parlera de ces deux français arrivés « par hazard » aux JO jusqu'au Brézil ! Le meilleur dans tout cela, le reportage suisse bien sur (un grand merci à Christophe et Véronique) et une soirée mémorable avec Galaguère de France 24 qui nous a emmené des loges VIP de Samsun au très prestigieux club de France. Quand l'Irlande fait jouer la musique trop fort au centre ville, la France s'exile dans les quartiers huppés et ne « convie » ses visiteurs que sur invitation... Il y aussi des moments que nous osons à peine avouer quand Flo se rend dans les bureaux de France télévision, qu'il parle à un gars en se disant que cet tête lui dit quelque chose. « Hey, Philippe t'as encore oublié ton accréditation ». Un coup d'œil à ladite accréditation. Nom : Candeloro. Forcément. Quand à Nelson, pas plus la tête que le nom (Montfort) n'ont fait écho. Pas de télé, une partie du monde nous échappe. Quand à cela s'ajoute le fait de travailler en terre étrangère, rien ne devient plus facile que de mettre tous le monde au même niveau. Marie a beau faire son show avec ses grandes folles et ses jumeaux en costume rouge sans son sésame elle ne rentrera pas, pas plus que la gouverneuse de British Columbia ou l'équipe de Hockey.

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Finale de hockey. Nous faisons des heures sup' dans le parking pendant que l'équipe de relève regarde le match. Fin des Jeux Olympiques. Retour aux petites annonces. Retour à plein temps au supermarché. Le printemps pointe son nez. Aurélie annonce sa démission. Florent se fait embaucher en tant que jardinier bio...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Nord, vous avez dit nord ?

Mis en ligne à Prince George, Canada, le 21 juillet 2010

 

 

Quelques miles terrestres, quelques miles nautiques, Alaska nous voilà

De Vancouver à Juneau

 

Les cerisiers sont en fleur à Vancouver, il est temps pour nous de reprendre la route. La dernière semaine est chargée. Les vélos n'ont pas finis de se refaire une beauté. Après un an et demi de voyage, nous nous rendons compte que notre dinosaure photographique n'est pas vraiment étanche à la lumière. Des centaines de diapos sont bariolées de taches psychédéliques. Que faire des centaines d'autres, vierges, qui attendent dans les frigos canadiens et français. Et puis il y les amis rencontrés ici, que nous souhaitons revoir avant de partir et le temps qui court toujours trop vite. Finalement le départ ne sera repoussé que de deux jours et quelques heures. Un résultat pas si mauvais pour ceux qui se rappellent les nombreux faux départs grenoblois !

 

Première étape : l'ile de Vancouver. Premier coups de pédales dans le pays des ours. Nous avons bien retenu la leçon : hisser dans les arbres tout ce qui sent, nourritures, savon, produit anti-moustique, réchaud, casseroles, etc, sans oublier les vêtements portés pour la préparation du repas. Au total trois sacoches pleines. Trop lourdes. La corde glisse mal. La branche se plie. Les deux cyclos en slip sous la pluie qui commence à tomber doute fortement de leur envie de séjourner au pays des ours. Rejouer la même pièce tout les soirs ? Rien que d'y penser, le moral chute.

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L'estomac fait un nœud quand Jay, aide-soignant et réparateur des choses impossibles, des vieilles voitures aux enceintes audio en passant par les appareils photos...et quand en tant que spécialiste de la photographie d'insectes passionné d'argentique, il nous propose de s'occuper de notre vieille OM10. Malheureusement celui-ci a été lâchement renvoyé vers l'Europe et remplacé par un numérique.

 

Nous remontons vers le nord de l'ile, Port Hardy. Aucun ours sur notre route. Puis c'est le début des ferrys pour remonter toujours plus au nord, à travers « l'inside passage », entre les iles qui peuplent la côte Pacifique Nord.

Arrêt à Prince-Ruppert. Un trou dans l'espace temps. On a l'impression d'être revenu en Sibérie. La ville se meurt. Le bois, la pêche ne sont plus ce qu'ils étaient. Les magasins ferment les uns après les autres. Pourtant il semble bon y vivre. Malgré la pluie, le mauvais temps. Le saumon fraîchement pêché, fraichement fumé incite à y rester. Mais pour nous la mer, au large, est trop mauvaise et notre escapade sur les iles Haïda Guaï, les îles de la reine Charlotte tourne court, le ferry a été annulé. Nous passons la frontière états-unienne et reprenons un ferry pour aller toujours plus au nord, pour l'instant. Pas d'oiseaux, pas de baleines, les poissons sont absents de la mer. La forêt recouvre les montagnes. Les glaciers jettent dans la neige quelques glaçons. La neige n'est pas loin.

 

Juneau, capitale de l'Alaska. Juneau, ville du continent accessible que par mer, des fois qu'on leur disent qu'ils sont canadiens... L'Alaska, le pays où les végétariens se font chasseurs-pécheurs, le pays où la pauvre salmonillon est obligée de se rendre au bal avec ses bottes en caoutchouc (mais ne vous en faites pas, le fils de la conserverie, il s'en fout que ce soit du vair ou du caoutchouc). Juneau, notre base arrière pour rejoindre Skagway et le fameux Chilkoot Trail.

 

 

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Dans les pas des chercheurs d'or

Randonnée sur le Chikoot Trail, Alaska

 

Skagway, ville née de la ruée vers l'or. Pour rejoindre le Klondike dans le Yukon Canadien, les chercheurs avaient plusieurs routes. L'une d'elle passait par le Col Chilkoot, franchis à pied, puis se poursuivait sur le lac Bennett et la rivière Yukon, descendu en radeau de fortune.

Arrivée à Skagway. Rien, personne. Tout est fermé. Les panneaux grincent au vent. Les quelques saisonniers fraichement débarqués nous saluent, pensant que l'on fait parti des leurs. La seule station essence est fermée, impossible de faire le plein du réchaud. Heureusement il y a toujours quelqu'un en train de passer la tondeuse à gazon ! Nous voilà fin prêt à s'enfoncer dans la vallée, raquettes sur le dos et petites cloches sur les bâtons. Le soleil est là, la rivière est belle. Quelques traces d'ours nous font parler... Héééé, hooooo..., promenons-nous dans les bois, tant que l'ours n'y est pas...

Le Chilkoot Trail se veut être le plus grand musée extérieur au monde, quelques kilomètres de long sur une centaine de mètres de large, une cuisinière abandonnée, quelques boites de conserve et la chaudière du téléphérique qui permettait de faire les vivres jusqu'au col. Il ne reste plus rien des villes, des saloons, des hôtels. Plus réels que l'or, plus lucratifs, mais aussi éphémère que la ruée.

La neige commence à se faire épaisse. Arrivée au deuxième camp. Le toit de la cabane en bois s'est effondré. Un ours s'est appuyé de ses deux pattes avant sur celle en toile...bonne nuit!P504034423.jpg

Montée au col sous les nuages, un ours nous précède de quelques heures...ou quelques minutes ? Nous perdons sa trace, finissons toujours par la retrouver. Et oui, il a bel et bien passé le col. Et bien allons y puisqu'il nous montre la voie. La pente est raide. Dernière épreuve terrestre pour les chercheurs, avant celles qui les attendaient de l'autre côté, sur la rivière. En haut du col, les attendaient les douaniers canadiens. Le passage de la frontière ne pouvait se faire qu'avec une année de vivre, soit quelques 500 kilos de nourriture et de matériel. Les plus fortunés pouvaient utiliser les téléphériques, pour les autres il y avait un escalier taillé dans la neige dure et pour ceux sans le sous, des aller-retour dans la neige. Aujourd'hui le soleil a chassé les nuages, la neige se fait molle et nous ne nous éternisons pas. Notre ami l'ours a tracé sa route sur un chemin qui n'est pas le notre. Nous commençons la descente, seul, sur un immense plateau blanc. Il nous faut contourner les lacs invisibles sous la neige. La neige commence à fondre. Les raquettes s'enfoncent. Le chemin se perd sur les flancs à flanc de montagne. Sous la neige, entre les arbres, toutes les directions sont bonnes, ou mauvaises. La journée se fait longue, récompensée par un bon feu dans une cabane au bord d'un lac.

Le lendemain la neige est toujours là. Le soleil ne s'est pas couché. Les raquettes s'enfoncent de plus belle, se coincent profond sous les branches. De petite vallée, en petite vallée, d'arbres en arbres, nous perdons le chemin. Fichu neige, fichu carte. Adoptons la méthode mongole : tout droit sur l'objectif, une voie ferré ça ne se loupe pas ! Descente entre les rails pour aller dormir à la gare de Bennett. Remontée sur les rails pour rejoindre la route et rentrer à Skagway.

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Skagway, les bijouteries sont ouvertes. La première croisière a accosté. Le bateau est plus haut que n'importe quel bâtiment de la ville. Il faut dire que sa population, oups ses passagers sont six fois plus nombreux que ceux de la ville. 500 Skagwayens, 3000 touristes.

Dave nous sauve de la marée humaine. Ami de voisins de personnes rencontrées sur la route, c'est lui qui nous avait donné le feu vert pour partir sur le Chilkoot. Il nous invite chez lui et en tant que spécialiste des ours nous fait un petit topo. Les précautions d'usage : ne pas surprendre un ours, surtout pas une mère avec ses petits. Manger, stocker sa nourriture et dormir dans trois lieux à au moins 100m de distance les uns des autres. En cas de confrontation, rester bien droit sur ses guibolles, lever les bras et dire à l'ours combien on est gentil et combien on ne lui veut pas de mal et que du reste regarde on s'en va. Si il nous fonce dessus, ben rester droit, parce que le plus souvent c'est du bluff. Mouais. Et si il ne s'arrête pas, deux solutions : soit c'est un grizzli (qui n'est autre qu'un ours brun un peu gros) et il faut se jeter au sol, sur le ventre, les mains sur la nuque pour protéger estomac et visage, parce que les ours adorent s'attaquer au visage, allez savoir pourquoi. Par contre si c'est un ours noir, il faut se battre et lui montrer qu'on est le plus fort (du style je suis un gros grizzli qui vais te bouffer si tu ne me laisses pas tranquille espèce de minus) . Ça c'est la théorie, la pratique on n'espère ne jamais la faire. Quand à la bouffe, ben faut la mettre dans la tente bien sur. La raison pratique c'est qu'arrivé à un certain point nordique, il n'y a pas d'arbres. Que hisser la bouffe dans un arbre c'est bien en théorie, ça l'est beaucoup moins en pratique, on s'en est aperçu. Et il y la raison écologique. «  A feed bear is a dead bear », un ours nourri est un ours mort. La plupart des ours dangereux sont ceux qui ont eu accès à la nourriture humaine et qui vont toujours chercher à y revenir et gare à celui qui ne leur donne pas ou qui se trouve sur leur chemin. Donc il faut défendre sa bouffe, surtout quand il n'y a qu'une épicerie toute les 1000km. Devant nos yeux écarquillés, il nous propose un entre deux : éloigner les sacoches odorantes de la tente, mais pas trop loin pour entendre l'ours qui s'y intéresserait et pouvoir agir en conséquence... Et c'est parti pour plusieurs mois de lutte pour conserver notre place en haut de la chaine alimentaire !

 

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Toujours plus au nord

De Juneau à Mac Kinley village

 

A nouveau le ferry, cette fois les baleines nous saluent. Trop heureuses d'avoir rejoint les mers fraîches, elles sautent, frappent la mer de leurs nageoires. Le poisson est revenu. Sorti du passage intérieur,plus de baleine, plus d'oiseau, la mer se creuse et les estomacs font sentir leurs mécontentements face à la situation. Whittier, le port où l'ensemble des habitants habite dans un immeuble, ok deux. Whittier, il pleut, il fait froid, la neige touche la mer et en plus il y a un tunnel, le seul tunnel de tout l'Alaska, interdit au cycliste bien sur. Un tunnel a une seule voie, la même pour les voitures et le train. Une heure dans un sens, une heure dans l'autre. Fort de notre expérience japonaise, on trouve le tunnel pas si étroit, surtout qu'il n'y pas un seul véhicule, pas si long, on voit la lumière au fond. Mais bon, la porte se ferme, on vient de louper le coche, il n'y plus qu'à attendre une heure. On se met à l'abri à côté de l'entrée. Une voiture de police arrive, gyrophare allumé. On lui explique : les vélos, le tunnel, la porte qui se ferme, la pluie, notre volonté de rester au sec. Mais voilà, le soucis c'est que si on reste sous notre abri de fortune la porte ne va jamais se réouvrire ! Tout ça c'est à cause de nous. Alors on s'éloigne. La porte se réouvre. Le flic négocie une place pour nos vélos dans un pick-up. Entre temps le sens de circulation s'est inversé, il nous propose d'attendre dans sa voiture et c'est assis au milieu d'énormes fusils, de caméras, de radios en tout genre que nous passerons le tunnel ! De l'autre côté il pleut toujours, les lacs sont gelés, les avalanches bloquent la piste cyclable, mais le vent nous pousse dans les bras d'Anchorage ! Sur un parking de supermarché nous rencontrons Aaron et Laura. Ornithologues amateurs, ils nous montrerons des Limosa Haemasticamanger des ver sur la plage (il paraît qu'on va faire des jaloux en disant ça) et aussi des sternes, mais ça c'était pour le fun de discuter avec des tourdumondistes comme on dit. Anchorage, les hydravions c'est aussi l'histoire de la première personne qui nous a invité à passer la nuit chez lui à la Rosière,au restaurant le Mac Kinley, avant le col du petit Alaska--39-.jpgSt Bernard. Raymond, c'est un peu à cause de toi que l'on a, contre vents et pluies, tenu à venir jusque là, pour te faire un petit coucou depuis le Denali. Si tu le permet, peut-être qu'un jour on racontera ton histoire, et celles de tout celles et de tout ceux que nous rencontrons sur la route. Mais pour l'heure, il nous faut continuer au nord, toujours au nord, vers des temps plus sec, vers le Mac Kinley qui commence à nous faire de l'œil au détour des virages. Nous commençons à croiser les premiers cyclos. Bon, les premiers, Linda et Martinde Suède n'étaient pas vraiment sur leurs vélos, ils étaient même en voiture, et même pas sur leur trajet puisqu'ils font une boucle de New-York à New-York en passant par Vancouver où nous les avions rencontrés la première fois. Ensuite il y a eu Robert, que nous avons réveillé de sa sieste. Parti d'Anchorage, il va fêter ses 65 ans à New-York. Chez lui, en Suisse, sur la télé suisse romande, ils ont montré un petit reportage sur des jeunes qui avait fait la même chose que nous : voyager en vélo et travailler pour les JO. Hey, Robert c'était nous ! Il y a aussi eu Natalia et Ignacio du Chili qui ont fait un tour de l'Alaska entre deux saisons hivernales et tous ceux qui arrivent du sud et sont sur la route du nord (Sven et Dorotee, Marion et André), ceux qui vont du nord au sud (Nathan, Tchang, Christine et Maxime), ceux qui vont aux quatre coins des Amériques (Remy), ceux qui « ride » pour la planète (Don), ceux qui sont devant nous, derrière nous sur cette route si commune qui relit le nord et le sud de l'Amérique.

 

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Raymond, on y est ! Le Denali, le Mac Kinley !

Vélo et rando

 

On s'est longtemps demandé si on était pas parti trop tôt. La neige, la pluie, le froid. Mais nous avons patienté. Être plus au nord, plus au sec. Et le soleil est apparu et nous n'avons pas regretté d'être parti si tôt. Le parc du Denali vient juste d'ouvrir ses portes. La piste qui la traverse, fermée au voiture, ne laisse aller les bus du parc que sur la moitié du trajet. Pour quelques jours encore, la fin de la route nous est réservé à nous cyclos et aux quelques rangers et employés du parc. Petit tour au Backcountry center avant de s'engager dans la wilderness : réserver les zones du parc où nous voulons dormir, petite formation sur la vie dans la wilderness et prêt de la fameuse boite à ours, celle où nous pourrons mettre à l'abri notre précieuse nourriture des papattes musclés de nos amis les ursinés.

Premiers coups de pédale, les lapins nous font un rang d'honneur sur la piste. Ce soir la pluie revient nous voir, des fois qu'on l'ait oubliée. Diner dans les toilettes algeco pour handicapés, c'est pas très romantique, mais ça a le mérite d'être sec. Quand à la tente, on cri un bon coup avant d'aller la planter, des caribous détalent de l'autre côté de la vallée, puis c'est au tour des loups, au loin. D'ours, point. La nuit, le sol tremble, deux bestioles foncent sur la tente. On crie. On sort. Juste le temps de voir étaler deux caribous. Fichu cervidés, dans tous les pays du monde il y en a toujours un pour venir te réveiller la nuit.P524043210.jpg

On poursuit la piste, petite pause devant un camping. Florent se met à faire de grand signe avec les bras. Je commence à douter de sa santé mental. Je me retourne, juste de l'autre coté de la route un grizzli nous regarde, tranquillement. Il pourra pas venir râler qu'on l'a surpris celui-là. Un peu plus et il venait nous lécher les mains. On fait tout comme on nous l'a dit, reculer, lentement, les vélos entre l'ours et nous et l'ours, après quelques secondes d'hésitation, il fonce droit vers le camping...Il y a des œufs au bacon qui ont du avoir une belle frayeur !

La piste monte, le paysage se fait plus sec, plus ocre. Trop fatigués pour continuer, nous nous arrêtons avant notre zone, même pas hors de vue de la piste. Tant pis, personne ne nous dira rien, nous avons passer la frontière interdite aux bus. Le soir, les animaux sont de sortis. Un loup descend nonchalamment la piste. Il s'en fout de nous. Florent en profite pour se faire reporter animalier.

La piste longe l'Alaska range par le nord, le Mont Mac Kinley nous fait l'honneur de se montrer nu, sans draperie de nuages, nous poussons jusqu'à Wonder lake. Un orage nous surprend et, chut, nous mettons les vélos dans un pick-up pour faire en sens inverse les quelques kilomètres que nous venons de descendre. Nous croisons Nathan. Ça fait plusieurs jour qu'il nous sait devant lui, qu'il suit nos traces en se sentant un peu moins seul dans la wilderness. Et nous qui faisons route arrière en voiture...le voilà seul au bout de la piste. Seul, pour peu de temps, il nous rattrape le lendemain et nous l'embarquons pour une journée de rando. On passe la soirée ensemble, sous le soleil de minuit. Dans ce pays où il ne fait jamais nuit, on se couche avec les lunettes de soleil, on se lève avec les lunettes de soleil. Et n'allez pas croire que c'est parce que l'on dort beaucoup. Le lendemain, Nathan fait marche arrière et nous poursuivons seul autour du Mont Eielson et en direction du col Ederson. Les marmottes bi-colores sortent de leur trou, les poules de la montagne avec leur bas de pyjama d'hiver nous bloquent le chemin, les chèvres nous narguent au loin et les caribous nous font leur pas de danse si gracieux. A croire qu'ils ne savent pas quoi faire de leur pattes. Nous dormons au pied du glacier Muldrow, la boite pour la nourriture à 100m de la tente, au petit matin : des traces d'ours entre la tente et la boîte.... Il nous faudra batailler ferme dans le bush pour rejoindre le centre Eielson où nous avons laissé nos vélos. La politique du parc : garder la wilderness, wild, en tout cas visuellement. Ne pas planter sa tente en vue de la route, ne pas être trop nombreux dans une zone pour mieux se sentir seul, ne pas marcher dans les sentes des animaux, ne pas marcher en fil indienne au risque d'être à l'origine d'un début de sentier, ne pas déplacer les cailloux ou les remettre à leur place... Des milliers de touristes visitent le parc chaque année, mais chacun doit avoir l'impression d'être un aventurier découvrant de nouvelles terres.P526051321.jpg
Bart, pas ranger, ni même gardien, mais seulement homme de ménage en charge du Centre Eielson, nous y laisse dormir à l'abri des ours et des moustiques et nous offre même la douche dans son appartement de fonction ! A la radio, on cherche deux cyclos français. On a tiré sur un ours dans la zone où ils sont censés dormir le soir même. Bart annonce que les cyclos en question sont en train de petit-déjeuner devant le centre. Aucune réponse. Les rangers passent sur la route sans même s'arrêter au centre. Tant pis pour eux, Bart ne nous a rien dit et nous on revient tranquillement sur la piste. Mais le soir, il faut se rendre à l'évidence, la zone est cernée de panneau en interdisant l'accès. Même si on n'est pas censé être au courant, il y a quand même un ours potentiellement dangereux dans les parages. On descend doucement. Une voiture de ranger pile en nous voyant. Ils ont passé la journée à nous chercher. Pourtant on ne peut pas dire que l'on se soit beaucoup caché en roulant sur l'unique piste du parc... En tout cas l'ours n'a pas encore été retrouvé et on nous demande de dormir au camping, même s'il est en pleine zone interdite, c'est plus sur. Mouais. La nuit se passe. L'ours est mort. Le gouvernement fédéral vient d'autoriser le port des armes à feux dans les parcs nationaux, mais pas leur utilisation... C'est le premier incident de la saison.

A l'entrée du parc les touristes se font de plus en plus nombreux. Nous refaisons le plein de provision pour affronter notre prochaine piste, la Denali Highway (et n'allez pas croire que Highway signifie autoroute), direction l'est.

 

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D'une épicerie à l'autre

Du parc du Dénali à la frontière

 

Passé la station essence du carrefour, nous attaquons la piste sous la pluie. Les montagnes se couvrent de nuages, les glaciers jouent à cache-cache et nous voyons d'un mauvais œil les orages nous tourner autour. Sven et Doro nous font envie. Après 18 mois passés sur la route, entre la Terre de Feu et l'Alaska, ils sont sur le point de rentrer en Allemagne. A eux le fromage, le pain, les bons petits plats et la douche chaude chez les parents, à nous le chedar et les carrotes. Ok, on ne va pas râler, on vient de trouver un trésor : des spaghettis bio du Gargano ! (le talon de l'Italie où nous avons passer notre premier noël). Avec ça dans les sacoches, on est parti pour un tour du monde !

Pile au milieu de la Denali Hwy, au mile post 68, nous faisons une petite pause à l'Alpine Creek Lodge. Martin et Linda ont passé un mois ici, à profiter du lieu, nourris, logés contre quelques heures de travail. Ils ont prévenus de notre passage et Jennifer, la patronne nous accueil dans ce microcosme alaskaïen. Il y a Suzanne venue passer quelques jours ici pour son anniversaire. Elle a un permis pour chasser l'ours, mais elle espère bien ne jamais en rencontrer. Elle est apparentée de par sa grand-mère suédoise à Ten Bears, nommé ainsi parce qu'il a tué dix ours, élémentaire mon cher Watson. Ten Bears a envoyé sa fille faire un tour du monde sur un voilier-école. Quelques part en Asie, on a proposé aux ados de tirer au fusil. Tous ont refusé sauf elle. Elle a attrapé l'arme, demandé à ce qu'on recule encore et encore la cible, a tiré une dizaine de coups, tous dans le mille ! La digne fille de son père. Il y a Craig, le beau-frère de Jennifer. Il s'occupe de tous les petits travaux, emmener les clients à la pêche, à la chasse et passe ses fin de journée à chercher de l'or dans le gravier ramassé dans la journée, et il en trouve ! Bon, faut avoir l'œil pour voir le minuscule bout de minerais briller, mais ça en est. Quand au mari de Alaska--57-.jpgJennifer, Claude, il est en Floride, occupé à manager les équipes qui travaillent autour de la fuite de pétrole du Golf du Mexique. Tout l'Alaska est autour de la table et pendant que chasseurs et pécheurs se racontent leurs exploits, notre réchaud décide de faire des siennes. La pompe se met à fuir et nous avons l'aire malin avec nos pâtes, riz et semoule alors qu'il reste une semaine de vélo jusqu'au prochain magasin. Craig nous y met de la silicone, ça à l'air de tenir, pour combien de temps ? Au cas où, on cuit deux kilos de riz : riz sucré le matin, riz citronné le midi, riz tomaté le soir et rebelote le lendemain. Au vu du menu, nous nous dépêchons de retrouver le goudron et la prochaine station essence : chips et snickers, nous optons pour les snickers... Il pleut.

 

Delta Junction, le point le plus au nord de notre périple américain. Non, nous n'irons pas à Prudho Bay. Pas vraiment motivé par un aller-retour sur 300km de piste, d'autant plus que l'on ne peut même pas voir la mer ! La côte appartient aux compagnies pétrolières et à moins de participer à un de leur tour touristique, on ne peut même pas se targuer d'avoir été de la mer la plus au nord pour rejoindre la mer la plus au sud !

Delta Junction est cerné par les feux de forêts, c'est la saison. Les locaux manègent des équipes qui viennent de tous les Etats-unis avec des magnifiques camions à leurs couleurs. John a droit à deux jours de congés après avoir passé deux semaines au milieu des flammes. Il nous invite à passer la nuit chez lui. Pompier l'été, trappeur l'hiver, il nous initie au métiers : les armes, les peaux, les parties de chasse sur plusieurs jours : rejoindre les lieux en avion, descendre la rivière en canoë, chasser, préparer les peaux, la viande, nettoyer les bois, charger les canoës, descendre jusqu'à rejoindre un lieu civilisé pour décharger et rejoindre la maison. La vie en Alaska. Avec son neveu, Clayton, il décide de nous initier à la survie dans le grand nord : la vie au milieu des ours, des brigands...

 

 

 

 

Sortie de Delta Junction, une longue ligne droite qui ondule jusqu'à Tok. Une route qui n'en fini pas au milieu des arbres. Il pleut, encore, toujours...

 

 

 

 

Mais heureusement, on va vers le sud !

 

 

 

 

 

 

Et maintenant notre GRAND JEU CONCOURS du 21 juillet 2010 ! A gagner, une méga-surprise d'un endroit improbable pour le premier qui répondra correctement à la question en nous envoyant un mots doux.

 

Au vue de ces photos, dans quelle direction allions nous le jour où Aurélie a montré ses bras musclés au soleil : Nord, Sud, Est, Ouest ?

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Top départ, c'est parti ! Tut, tut, tut...

Pour nous envoyer des mots doux...

 

 

 

Canada, Au milieu des arbres, les ourscanada--14-.jpg

San Diego, le 2 décembre 2010

 

Quelques kilomètres séparent les frontières de l'Alaska et du Canada. Pas vraiment un no-man's land, juste une piste, où il est autorisé de s'arrêter, où l'on peut planter la tente. Un homme au bord de la piste. Une équipe d'apprentis archéologues fouillent la colline à la recherche de traces de campements préhistoriques. On profite de leur invitation à partager leur campement et surtout du poisson fraichement péché, fraichement grillé. Le lendemain, entrée aux Etats-Unis. Les habituelles questions : « avez-vous acheté des armes? Avez-vous acheté de l'alcool? », et si on nous en a donné....

 

Rivière, camping public, vélos, chargés, 2, 3 contre l'abri, un autre sur canada--04-.jpgl 'emplacement qui lui fait face. Réunions de cyclos au sommet : Marion et André,de Suisse, finissent la route qui les a menés de la Terre de feu à l'Alaska, en chemin ils ont rencontrés Claude qui de Vancouver va chercher du boulot dans les forêts du Yukon. En face, il y a Tchang. Tchang vient de Taïwan, il vient de démarrer un tour du monde de 2 ans qui, il l'espère, le mènera d'Amérique du nord en Amérique du sud, puis l'Afrique avant de remonter en Europe pour rejoindre l'Asie. Sauf que pour l'instant il est en train de manger ses trois dernières pâtes. Choc culturel, pas préparé au étendues alaskaiennes et au manque d'épiceries, cela fait trois jours qu'il est dans ce camping à essayer de retrouver des forces tout en épuisant peu à peu ses réserves de nourriture alors que le prochaine épicerie est à plus de 400km. Les suisses et Claudes vont vers le nord, la route de Tchang est la même que le notre : le sud. C'est partit pour un stage de survie dans la wilderness. Première étape : venir partager notre repas à double dose pour l'occasion, deuxième étape : ne pas se servir du pot de peanut-butter comme oreiller!!! mamamia, les ours c'est pas que dans les films. Quand à la tente, bon ok on verra ça demain, les sardines ça ne sert pas seulement à alourdir les sacoches. Ha, oui les pâtes, la cuissons c'est plutôt 10 à 15 minutes à l'italienne que 2 minutes à la chinoise. Et surtout il faut manger, manger, manger, des pâtes mais aussi des fruits, des légumes, diversifié. Notre essence c'est notre nourriture. Petit à petit on commence à lui parler de son voyage, de tout ces kilomètres qu'il veut parcourir en si peu de temps. Tchang est un rêveur et il a la chance qui est donné aux rêveurs. Que le vent te pousse Tchang! Mais prenons la route... Maman grizzly et son petit nous font signe depuis le bas-côté, Tchang commence à croire aux ours. Une voiture nous arrête : un autre grizzly nous attend àcanada--05-.jpg quelques miles. Que faire, il se fait tard, une piste part sur la droite. Une maison de bric et de broc, de la ferraille, des machines à moitié montées démontées, des chiens qui aboient pour la forme. On pousse la porte, Raymond, le gardien de la mine, est en train d'expliquer à un gars des lowers 48 et son fils, pourquoi il est venu s'établir dans ce trou : pour s'éloigner de l'alcool. Le gars nous jette un regard désespéré. Raymond lui se marre bien. Le gars vient visiter la mine avec l'idée de l'acheter si il y a du potentiel. Son guide arrive et il s'enfuit pendant que nous essayons d'expliquer à Tchang que le Raymond il est pas vraiment représentatif des Canadiens mais il est quand même bien drôle avec son accent français et son tipi pour les réunions d'alcooliques. Il nous ouvre la porte de la cabane construite pour sa belle sœur et nous passons la nuit entre quatre planches de bois à l'abri des ours.

 

Fort vent de face pour rejoindre l'épicerie où nous laissons Tchang pour pédaler plus vite vers la prochaine grande ville : Whitehorse et son supermarché! Nous y accueille Wendy, Ken et Malcolm. Pendant un an ils ont sillonnés l'Amérique du nord à vélo pour observer les oiseaux. Ils existent un concours d'ornithologues récompensant celui qui a vu le plus d'espèce différentes en un an en Amérique du nord. Les premiers passent leur temps à prendre l'avion pour aller d'un site à l'autre (l'équivalent d'un aller-retour Terre Lune). Wendy, Ken et Malcolm voulait montrer l'absurdité de prendre autant de fois l'avion. Sur leur petits vélos ils ont observé 80% des espèces vu par le vainqueur!

 

Passé Whitehorse c'est le début des grandes distances au milieu des arbres. On rencontre Christine et Maxime sur la route, cyclos français en route pour la Patagonie. Christine et Maxime sont des normands, des vrais, élevés à la crème et au beurre. Et en tant que normands rien ne les arrête, même pas la perspective d'arriver en hiver en Terre de feu! Et oui, aller du nord au sud en un an ça veut dire choisir son hiver soit en Alaska, soit en Patagonie. Pour le moral vaut mieux commencer sous le soleil. Comme on a des coups des pédales qui s'accordent et des routes qui concomites (faut dire que le choix n'est pas énorme) on décide de passer un bout de temps ensemble. On leur fait découvrir warmshowers et son fabuleux réseau d'hospitalité. Barry nous accueille à Watson Lake avec des steaks d'orignaux et des saucisses d'ours. Ha, enfin on goute de cette bête qui hante nos jours et nos nuits!

 

Avec 14 jours de nourriture dans les saccoches, nous voilà fin prêt pour affronter la Cassiar, cette route mythique pour les cyclos. Les aventuriers la préfèrent à l'Alaska Highway. Parce que moins circulée, plus sauvage, dans les montagnes, certains nous la disent en grande partie en piste, d'autres nous suggèrent de se faire déposer de la nourriture dans des endroits stratégiques pour notre survie. Bien sur elle est pleine d'ours et autres prédateurs prêt à se jeter sur les pauvres pédaleurs que nous sommes. Bien sur nous avons laissé notre magnum 44 en Alaska, mais équipé de notre bombe à ours et de nos 10kg de pâtes nous sommes prêts à affronter l'impossible. On embarque Christine et Maxime sur cette route dont nous ne sommes même pas sur qu'elle ait une fin! Il s'avère que le goudron est bien installé sur la piste, forcement nous entrons en British Columbia, « The best place on earth », et que les ours sont là. On ne peut pas le nier. On en voit en moyenne un par jour. Ne chercher pas les magnifiques images de ces bêtes à poils. Vous n'en verrez pas. N'étant pas équipé d'un abri en tôle, sur roues et motorisé pour des échappées rapides, nous ne sommes pas allé leur tirer la moustache. Et comme nous ne sommes pas non plus équipé d'un objectif de paparazi, on ne vous montrera pas leur bourrelets d'été. Bref, les ours, les moustiques. Ha les moustiques, le bonheur de retrouver ces charmantes petites bestioles. Vous vous rappelez la technique sibero-mongole que nous avions mise en place l'an passé ? Et bien tout tombe à l'eau! Impossibilité de manger sous la tente pour cause d'ours, impossibilité de se laver prête de la tente avec un rappatriage rapide dans cette dernière pour causes d'ours. On mange avec les moustiques, on dort avec les ours, le bonheur. Mais la Cassiar n'est pas si désertique que l'on a voulut nous le faire croire, il y a même un épicerie au milieu avec du beurre et du peanet-butter pour les tartines du matin! Il faut dire qu'elle est habitée par des gens un peu oublié. Ceux que l'en Europe on appelle indien et qu'ici on appelle natif ou première nation. Ceux qui étaient là avant l'arrivée des européens. Parce qu'il ne faudrait pas croire tout ce que l'on lit ici, l'histoire de ces terres n'a pas commencé avec la ruée vers l'or. Après les avoir décimés, après avoir détruit leur culture, le gouvernement leur accorde des terres. Loin de tout, mais riche en minerais et ressources naturelles. Maintes compagnies les harcèlent pour tirer profit de ce que leurs terres recèlent. Il n'est pas toujours facile de dire non à des promesses d'emplois quand les opportunités sont si faibles. La communauté de Deaze Lake fête les 100 ans de la reconnaissance de leur territoire, c'est aussi jour d'élections des représentants. L'enjeu est grand : une compagnie veut venir exploiter leur terre. Certains sont tentés d'accepter la proposition face à l'argent et aux emplois qui sont mis sur la table, d'autres refusent farouchement ayant peur d'une potentielle appropriation des terres et surtout craignant les pollutions qui vont résulter de l'exploitation, d'autant que les créations d'emplois sont souvent bien moins importantes que les promesses. Mais ce soir c'est concert et nous sommes invités à nous joindre aux festivités.

Quand des normands se joignent à l'équipe deubeubtanetane, qu'arrive-t-il? La pluie!!!!!! Et oui. Il fallait si attendre. Et quand la route s'amuse à monter sur toutes les collines au lieu de gentiment les contourner c'est pas très drôle. Parfois on ne voudrait pas savoir ce qui nous attend. Alvaro et Alicia de Madrid remontent la Cassiar. Un an de vélo autour du monde. Dans le vent et la bruine, ils nous annoncent une magnifique côte en terre pour l'après-midi. Mhmhm. Il y a des jours où le moral tombe au fond des chaussettes. Mais quand même. Après la pluie vient le beau temps. Après la côte vient la descente.

 

Au détour d'un virage, nous quittons Maxime et Christine. Ils continuent en direction des Rocheuses, nous faisons une petite excursion vers Stewart et son glacier. Mais le pneu est au bout du rouleau. Il rend l'âme, se déchire. Pourtant il était bien épais encore, mais les défauts de fabrication ça ne pardonnent pas toujours. Heureusement, nous avons toujours une roue de secours!

Stewart, une frontière, de l'autre côté Hyder et l'Alaska. Pour aller voir le glacier nous repassons devant les douaniers. Plus de 1000m de dénivelé sur piste nous attendent. Les flemmards que nous sommes se lance dans le stop. Mauvaise idée, très mauvaises idée. Les touristes ne prennent pas les auto-stoppeurs et il n'y a que les touristes qui montent au glacier. Nous voyons passer maintes camping-cars qui s'excusent de ne pouvoir nous prendre faute de place... Résignés nous retournons à nos vélos quand soudain un drapeau suisse nous saute aux yeux. Celui-là va être forcé de faire de la solidarité européenne! Nicole et Marcose la font facile pour cette traversée du nord au sud des Amériques. Le glacier est haut, le glacier est grand,mais il fond.... Retour au niveau de la mer, découverte d'une autre plaie. Plantage de tente à la nuit tombante, brulure au visage. Que se passe-t-il? Les moustiques sont pourtant bien à l'extérieur de nos chapeaux à filet. Une plante nous montrerait-elle sa désapprobation quand au choix de l'emplacement? On redouble d'attention pour ne pas faire rentrer de bestioles ailées sous la tente. On se dépêche pour ne pas se faire manger vivant. On s'installe dans le noir. On entre dans la tente par une porte à moité fermée. On allume nos lampes. Horreur! Des milliers des mini-moucherons volent au plafond. Ceux sont les noseeums, ceux que l'on ne peut pas voir. Ils ne laissent pas de boutons, pas de démangeaisons, mais leur piqûre brule. Impossible de dormir, il nous faudra les tuer un par un. La soirée fut longue...

 

Retour sur la Cassiar, retour au milieu des arbres. Prochain objectif : la ferme de Jonathan. Il nous a indiqué un raccourci. Une piste. Le carrefour n'est pas au kilomètre indiqué. Un panneau annonce une coupure de la piste quelques miles plus loin. On doute. On prend. Ça monte. On va au nord, on devrait aller au sud. Plus de 80km à faire. On doute. On continue. Quelques crottes. On passe la zone d'éboulement. Ça passe. Un ours. Il nous laisse passer. On descend, toujours vers le nord. Que faire. Continuer. Un lac. Pas le bon. Il nous faut des poissons. Et, et, Fish Lake Recreational Area! Un nom qui nous dit quelque chose, un ponton, des toilettes sèches, un petit coin de civilisation au bout de nul part. Ils sont forts ces canadiens! Baignade et nuit. Le lendemain, grande descente jusqu'à un embranchement sans nom, ou pas ceux que l'on connait. Technique mongole : vers où se dirigent les traces les plus ressentes et les plus nombreuses ? A gauche, on prend à gauche. Traversée de rivière, celle qui donne son nom à la vallée, Kispiox, et arrivée sur piste, magnifique, bordée de champignons tout aussi magnifiques. La vallée s'ouvre, les arbres font place aux champs, les cerfs se transforment en vaches. Sentiment de plénitude, retour aux sources. La maison bleue de Jonathan, un petit coin de paradis au milieu des montagnes. Comme tous ceux qui passent par là nous prolongeons notre séjour à la petite ferme bio. De 2 nuits, nous passons à quatre. Traite de la vache, ramassage des œufs, désherbage du potager. Nous aidons Jonathan qui nous mijote de bons petits plats. Florent apprend à faire du pain et même que maintenant il sait faire du pain bien dodu!

 

Qu'il est dure de reprendre la route après ces quelques jours de vacances. Un ours sort de la haie. Il s'assied, me regarde attendant le début du spectacle. Florent arrive et il se dit que deux acteurs c'est un peu trop pour le spectacle. Alors il se lève, nous souhaite bon voyage et s'en va. Nous fonçons vers l'est. Le vent nous pousse au milieu des fermes. Nous sourions face au compteur qui affiche 20.000km. Nous croisons Armando Basile de Bari, plus de 950.000km dans les pattes. Ok, ok, il nous reste encore quelques coups de pédales à donner.

Pause à Prince George. Réparation des dents pour Florent, soudure pour le porte-bagage, pas de cartes de rando dans cette ville, la dernière avant les Rocheuses.

 

 

Les Rocheuses, ha les Rocheuses. Tout un roman. Du côté canadien, une bonne dizaine de parcs, nationaux ou régionaux, une route touristique, la route des glaciers entre Jasper et Lake Louise et surtout un système de pass à faire pâlir les montagnards français : un pass pour entrer dans le parc, un autre pour faire de la randonnée, les nuits à réserver dans les campings désignés et tout ça bien sur dans les différents bureaux des parcs puisque celui de Jasper ne va pas s'occuper de celui de Banff et encore moins du Mont Robson qui n'est qu'un parc régional. Bref de quoi donner un gros mal de tête à un Florent qui tente d'expliquer aux préposés des bureaux de « l'arrière pays » que les Rocheuses sont un massif avec des sentiers qui les traversent du nord au sud sur toute la longueur et non pas qu'une suite de parcs avec des randos à la journée. Bien sur pas de réduction pour les vélos, forcément un gars à vélo ne fait pas plus de marketing qu'un gros RV (énorme camping-car)...

Bref, autorisation de camper pour une nuit en main, nous partons sur le sentier le plus couru des Rocheuses canadiennes. Comme tout un chacun nous montons au lac Berg au pied du Mont Robson, le sommet le plus haut des Rocheuses (3954m), où nous passons la nuit. Le lendemain montée au Snow Bird pass, en ayant une triste pensée à la vue du recul du glacier Robson. Sur la descente on va rendre visite au Ranger Chris rencontré la veille. Pour les jours à venir il nous conseille une petite boucle à travers des vallées reculées.

Armés du schéma de la brochure du parc nous partons à l'assaut du Robson pass, le col le plus plat du monde. Tellement plat, que nous le passons sans le voir. Virage à l'est direction le Moose pass. Pas grand monde par ici. Nous passons dans le parc national de Jasper. Pas de risques de rencontrer un ranger, tout est fait pour décourager les randonneurs : les ours, par dizaines dans les parages, les cavaliers, qui ravagent les chemins, les chemins, pas entretenus, de toute façon passer d'un parc à l'autre est une absurdité complète. M'enfin, le chemin est effectivement bien boueux, les moustiques se rappellent à nous de façon brutal, mais les fleurs sont des plus belles au col. A l'approche de l'aire de camping, paf un grizzli, un gros. Le trône qui sert de toilette sèche au milieu de la prairie est couvert de griffure, nous mangeons un peu plus bas, envoyons le sac de bouffe dans l'arbre, mais confiant dans notre ange-gardien nous plantons la tente prêt de l'arbre où monsieur l'ours aime à se gratter... La nuit fut bonne. Heureusement, car la journée qui vient va être longue. Nous continuons notre descente le long de la rivière Moose. Le chemin à tendance à disparaître sous les chutes d'arbres, des crottes d'ours apparaissent ici et là, se font plus nombreuses, plus fraîches. Traversée de la rivière à gué, pour s'enfoncer dans le vallon recommandé par Chris. On aurait du trouver un début de sentier et une vallée ouverte. En faite nous avons augmenter notre vocabulaire en faisant du « bushracking », littéralement du ratissage de buisson, autrement dit nous avons bartasser grave! Au début nous avons eu le choix entre se frayer un passage dans la jeune forêt et ses buissons denses mais peu élevé ou la vieille forêt, plus dégagée sous les arbres, mais au sol couvert d'arbres morts. Nous y avons compris l'origine de l'expression « s'enfoncer dans l'bois ». Bref de toute façon lorsque l'on s'est retrouvé face à un canyon aux parois verticales et à un niveau d'eau dont nous ne savions rien de ce qu'il nous réservait plus haut, le choix a été restreint : un mélange de tout dans une pente raide, mousse, arbres mort, buissons, les sacs qui s'accrochent partout, la rivière qui nous fait de l'œil en bas et nos pensées qui partent vers Chris : est-t-il vraiment déjà passé par là... Sorti du vert, on débouche au soleil prêt de la rivière face à un, deux, trois oursons. Où est la mère??? Elle s'enfuit, laissant les oursons. 3 secondes pour passer notre chemin et s'enfoncer à nouveau dans la forêt. Elle revient, poussé par un sursaut d'instinct maternel, se dresse sur ces pattes arrières, mais nous avons mis suffisamment de distance entre elle et nous et surtout nous traçons notre route vit fait bien fait. Éloignés du danger, il nous faut choisir entre deux cols. Celui de droite semble être celui recommandé par Chris, mais la montée est en forêt et est sur le territoire potentiel de maman ours. Celui de gauche nous oblige à remonter une moraine bien pentue avec une fin aléatoire. Y'en a marre des arbres, mieux vaut les cailloux que les ours, nous prenons celui de gauche. On verra bien en haut comment on peut récupérer le col. Ce n'est pas très stable, forcément, mais ça passe. En haut c'est austère, c'est beau. Pose casse-croûte. Les nuages se font de plus en plus noir, l'orage arrive, les éclairs commencent à claquer. On remballe, tente de trouver la sortie. Un, deux, trois petits lacs, chance, le col que nous avons passé était celui recommandé par Chris. Redescente dans la neige, sous des trombes d'eau. Traversée de rivière sans se poser de question, de toute façon nous sommes trempés de la tête au pied. Ça n'en fini plus, le chemin se perd dans les marécages, mais à la nuit tombante nous retrouvons la civilisation, le camping, les autres randonneurs. Au petit matin, on tente d'expliquer à Chris, les arbres tombés, le chemin qui n'existe pas, l'ours, la forêt, la moraine, l'orage. Il sourit. Il n'a jamais remonté le vallon, juste aperçu de loin depuis le col...

 

Jasper, Lake Louise. La promenade des glaciers. Pas un seul camion, mais des milliers de camping-cars. Les paysages sont beaux. Les glaciers remontent. Escapade dans le parc de Yoho pour une journée de rando sur la Ice Line et le dos de la baleine. Une de nos plus belles journées dans les Rocheuses. On va poser les vélos quelques centaines de kilomètres plus loin, à Fairmont, pour revenir avec nos seul sac à dos, traverser quatre parcs en empruntant chacune de leur plus beaux chemins. Assiniboine, Banff, Kootenay, Yoho : trop de parcs, trop de législation, nous fermons les yeux et partons sans autorisation. Huit jours en hors-la-loi, huit jours en montagne. Dernière rando au Canada. Bientôt la frontière, bientôt l'hiver.

 

 

 

 

 

 

 

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