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Tour du monde a velo - Terre de paysages

Dernier récit - Atlantique

Mea culpa, suivant les pays les accents sont plus ou moins présents sur les claviers, ce qui explique leur absence dans certains de nos textes. Désolé pour cette difficulté de lecture.

 

 

Atlantique, sur la looooonnngue route du retour !Patagonie088-copie-1.JPG

Mis en ligne le 28 août 2012 à Ouistreham (France!)


Ushuaïa Piriapolis, à l’ombre de la voile

 

Ushuaïa, le voilier est là parmi d’autres au repos pour l’hiver. Les charters (voiliers qui organisent des croisières) ont terminés la saison. Ceux qui quittent le grand sud en hiver sont déjà sur la route de l’Europe, du Rio de la Plata ou encore de Puerto Montt.

 

Visite du bateau, une, deux, trois rencontres avec l’équipage, le capitaine, son amie, un copain à eux, et nous pouvons embarquer. Première escale à Puerto Williams, de l’autre côté du canal Beagle. Nous nous installons à nouveau chez les chiliens pendant que le bateau va rendre visite à des amis dans une estancia proche d’Ushuaïa, mais côté chilien, donc seulement accessible par la mer. Ensuite ce sera l’île des Etats puis les Malouines et pour finir Piriapolis en Uruguay.

 

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Puerto Williams, l'ile Navarino, un village plus loin que le bout du monde qu'ils disent sur les prospectus. Un village où nous avons pris nos marques en attendant le retour du bateau. Les trois, quatre jours d’attente, sont devenus semaine. Le rythme des quelques centaines d’habitants de l’ile est devenu le notre : El Refugio, le gîte de Cecilia, le poêle à alimenter, l'épicerie Simon y Simon, les crabes offerts par les amis pêcheurs de Cecilia, les soirées confections d'empanadas, les allers retours au musée pour se connecter avec le monde, les randos à droite à gauche, pas trop longues, parce que le bateau, il doit revenir dans deux jours. L’attente. Puis l’arrivée du voilier, la fatigue des marins. Un premier départ repoussé puis la météo qui vire au pas beau. A nouveau l'attente. Le soleil qui sort, le vent qui se calme et les autorités du port qui garde le port...fermé! A cause d'un gars dans son bureau de Santiago qui voit de drôle de couleurs sur sa carte météo. Oula, il va faire mauvais dans une douzaine d'heures, les pêcheurs ils vont avoir le mal de mer, faut fermer tout ça. Et les autres à Puerto Williams, pas fichu de dire qu'il fait grand beau et de prendre la décision d'ouvrir le port vu l'absence total de vent, au moins aux bateaux qui doivent quitter la zone et qui seront loin du coup de vent quand celui-ci va venir. Mais non, asi es la bureaucratie, le manque de connaissance marine. Il faut attendre.

 

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Mais ça y'est, après 24h de beau, le port ouvre. On se dépêche d'aller faire les papiers, tamponner les passeports (double tampon pour Aurélie, petit cadeau du douanier,....pour un passeport qui commence à afficher complet, ça fait un peu c...). Départ sous le soleil, arrivée dans le canal Lemaire dans la grisaille. Et oui, merci les chiliens, nous avons loupé la bonne fenêtre météo. La pluie arrive, se transforme vite en grêle, les quarts s'organisent pour la nuit. Pas de pilote automatique sur le bateau, donc tour de barre pour tout le monde. Les garçons commencent puis ce sera le capitaine et les filles. Je cours me mettre sous la couette pendant que Flo s'installe au timón avec son collègue. Le réveil sonne. Je m'assoie dans le lit, la tête tourne, l'estomac n’apprécie pas le changement de position, le temps d'attraper un sac et la purée refait surface. Ok ça va mieux. Position debout. Atteindre le placard aux cirés. Hop, vite rouvrir le sac. Ok, ça va. Ciré, bottes, gants. Sortie. Le capitaine me dit que si je dois a nouveau vomir surtout ne pas essayer d'atteindre la mer, mais tout faire sur le caillebotis du cockpit. uhmuhm. Ma collègue à la barre. Je m'affale dans le cockpit. Je lutte, demande quelques instants de repos vite accordés. Puis tout remonte. C'est la fin de la purée. Service terminé. Drôle de sensation dans les bras. Mes mains se recroquevillent. Impossibles de les ouvrir. Ma bouche se resserre, les lèvres en cul de poule. La timonière me dit c'est normal, c'est le mal de mer, ça va passer. J'ai de plus en plus de mal à parler. Je me demande quand est-ce que ma bouche va se fermer définitivement. J'ai peur de ne plus pouvoir respirer. Je me rappelle que j'ai un nez. Ça me rassure! Puis la sensation me prend au ventre, remonte. J'ai peur de me crisper les poumons, le cœur. Ma collègue me dit c'est normal, ça va passer, mais fini par appeler le capitaine et me dit de ramper jusqu'à l'entrée du bateau. Il m'aide à enlever les gants, défaire le ciré, je ne peux pas bouger les mains, j’apprends à me servir de mes pinces figées. La bannette salvatrice. On m'amène un seau. C'est au tour de Florent de faire le timonier. Le bateau bouge. Je roule d'un côté à l'autre de la bannette. Pas la force de mettre les tissus antiroulis. Le bateau craque, les vagues cognent contre la coque, des forces infernales se jettent sur nous. J'ai peur que l'on se retourne. Je pense que ça va mieux, j'essaye de me lever, une fois deux fois. Le temps d'atteindre les toilettes et le tournis me pousse à nouveau dans la bannette. Flo vient me voir. Il fait ses quarts, fait les miens. Je m'accroche au matelas. Une gîte plus forte que les autres, c'est bon, c'est fini. C'est passé. Je me rassure. Tant que je ne me retrouve pas debout sur les murs de la cabine, c'est que l'on ne va pas se retourner. J'ai peur. Je ne veux plus être là. Je ne veux plus faire de la voile. Viva la bici! Puis ça se calme, on approche des côtes, l’île des Etats. Mise en route du moteur. Je m'endors. Enfin. Un peu honteuse d'avoir fuis mon poste. Crise de tétanie. Le mal de mer ne tue pas, mais il parait qu'il peut mener jusqu'à la perte de conscience...une histoire de cœur qui se met au ralenti. Ça promet...

 

Cette première nuit de navigation? 40 nœuds établis, des coups de vents de 50, 60 nœuds, des creux de vagues de 5, 6 mètres. Record attribué à la timonière avec une pointe de vitesse à 13 nœuds. Les mers du sud...peut-être pas la meilleur des entrées en matières pour une novice de la voile...AtlantiqueSud--04-.JPG

 

Puis c'est le mouillage, pas vraiment à l'endroit prévu. Trop de vitesse, arrivée trop tôt sur l’île, il a fallu continuer la route pour attendre le jour et pouvoir entrer dans un fjord. Du sud-ouest prévu, nous entrons au nord-est. Un peu plus et nous nous offrions un tour complet de l'île!

 

J2. Le jour se lève, nous jetons l'ancre, pas confiance dans la bouée rouillée qui flotte au fond du fjord. Tout le monde va se coucher. La nuit fut rude. Le troisième larron n'était pas beaucoup plus vaillant que moi, même si son mal s'est cantonné à l'estomac, nos capitaines ont du palier aux désistements de l'équipage et rester éveillés presque toute la nuit, quand à Flo il a montré de grande capacité de timonier !

 

Il fait gris sur l'île des États. Le vent continue de souffler. 20h30, les capitaines émergents, pas content d'avoir dormis autant. Après, on ne va pas pouvoir dormir cette nuit! Pas de descente à terre aujourd'hui. Repas léger pour estomac en berne, puis il est temps de retrouver la bannette. Ma collègue m'explique la carte GPS sur l'ordi. Là, le bateau. Là notre trajet. Là, le fond de carte, pas très juste, le bateau a navigué sur la terre! Avec le vent, le bateau bouge sur son ancre, ça fait un tas de nœuds en arc de cercle sur l’écran. Si le bateau sort du tas de nœuds, il faut s'inquiéter, c'est que l'ancre chasse. Ok, au lit. Brossage de dents et coup d’œil sur l’écran avec de rejoindre la bannette. Heu, capitaine, le bateau il est sorti du nœud. Branlebas de combat. L'ancre chasse. Le capitaine et Florent vont mettre une amarre sur la bouée. Petite lumière qui part en zodiaque dans la nuit, la neige, le vent, 40 nœuds, qui lève les vagues. Les autres s'occupent du bout resté sur le bateau. Mission réussit, le bateau ne va pas aller s'échouer sur la rive. Peut-être. Par sécurité des quarts de mouillages sont instaurés, les yeux rivés sur l'écran à l’affût d'une nouvelle sortie du nœud. Mais la bouée tient et le voilier avec.

 

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J3. Le jour se lève. Petite virée au phare du bout du monde. Cabane inutile reconstruite par un français rêveur. Ses sœurs jumelles sont à la Rochelle et Ushuaia. Une maison pour les voyageurs de passage. Des souvenirs des voyageurs passés. Un phare perdu sur un bout de caillou au bout du monde.

 

J4. Changement de baie. L'action de la journée. Quelques heures de navigations. Les giboulées de neige ne nous incitent pas à un débarquement.

 

J5. Journée bateau. Loupé l'éclaircie du matin pour débarquer. Nous avons droit à une formation accélérée Dieudonné. Ça nous plait.

 

J6. Pied à terre. Traversée nord/sud de l´île des Etats. Une heure top chrono les bottes dans la neige. Salut au cimetière local. Les restes d'une tentative de colonisation carcérale. Des prisonniers et leurs gardiens ont été envoyés ici dans l'idée d'établir une population. Forçats, gardiens, tous dans la même galère. Liberté ou pas, personne ne s'est attaché au coin. Une question de météo sans doute... Fin d'après-midi, nous levons l'ancre. Aurélie se met au Mercalme et ... peu enfin assurer ses quarts...enfin soutenir moralement sa binôme et tenter de tenir la barre. Direction les Malvinas, heu, les Falklands, bref les Malouines. Levons le drapeau blanc et rendons les honneurs aux malouins, bretons de leur État, les premiers colons (de l'aire post-Colomb) d'un groupe d'île source de tensions internationales...surtout quand la politique nationale bats de l'aile. Deux nuits et une journée de navigation. Un peu de vent, quelques vagues et un froid vous congeler des orteils de cyclos. Et c'est reparti pour les petits boudins tout rouges au fond des bottes!

 

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J31. Las Malvinas, The Falklands, les Malouines. Arrivée à Stanley dans la matinée, sous le soleil.

Après la sieste réparatrice, petit tour dans Stanley, so british. Ouh, quel choc ! Des land-rover qui roulent à gauche, des trottoirs qu’on dirait des vrais, des passages piétons où que même les voitures elles s’arrêtent pour laisser passer les piétons, pas de queue à la banque et un accent ous’qu’on doit tendre l’oreille pour y comprendre quéque chose. In-cro-yable ! Une journée dans la ville, la grande. 2000 habitants, 3000 sur l’ensemble des îles avec les settelments, les fermes à moutons isolées sur leur caillou. Plus 2000 soldats cachés dans les fourrés. Au cas où. Des fois que les argentins veuillent revenir prendre le terrain. Les Malouines, un peu d’histoire. Enfin une partie de l’histoire que l’on a comprise... Au départ, quelques cailloux, peuplés de manchots et autres bestiaux. Pas un arbre, trop de vent. Un mammifère terrestre, sorte de renards aux grandes dents, des chiens à la gueule allongée venus d’on ne sait où et vite décimé par les premiers colons. Peut-être la visite de quelques yaganes ou d’autres peuples de la Terre de feu. Ils sont bien allés jusqu’à l’île des Etats avec leurs barques, pourquoi pas les Malouines. Mais les premiers habitants de l’aire « moderne » furent français. Et oui, quelques Malouins importés par Bougainville, à ses frais dans un premier temps, pour y établir une colonie française. Pendant ce temps des anglais s’installent de l’autre côté de l’île. Anglais, français n’ont aucune connaissance les uns des autres. Il n’y avait pas encore google. Pour de sombres histoires d’ovules les Malouines sont devenus espagnoles. Que voulez-vous, pour faire bien le Roi français s’était marié avec la reine espagnole. Sauf que la pauvrette n’a pas eu un seul enfant. Le Roi, atteint dans son honneur, l’a répudiée, mais pour ne pas faire le gougeât il a donné les Malouines à la couronne d’Espagne, enfin vendues pour pouvoir rembourser Bougainville. Bref, à l’indépendance de l’Argentine, les Malouines deviennent argentines. Quelques jours plus tard, les anglais s’approprient les îles et virent les quelques 1500 argentins. C’est le bateau ou la mort. Les Malvinas deviennent Falklands. Les anglais sont chez eux. Les moutons pullulent, certains sont envoyés établir des colonies en Patagonie. Les vaches argentines prospèrent. Les guanacos d’importation se plaisent. 1982, arrive la fameuse guerre des Malvinas. La guerre des 15 jours. Pour cause de problèmes politiques internes, la dictature militaire agonisante attaque les Falklands, sûre de la victoire et par conséquent certaine de redorer son blason face à une population argentine de plus en plus mécontente. AtlantiqueSud--34-.JPGLa réponse anglaise fut rapide et forte. Margaret est elle aussi un peu dans ses petits souliers et une bonne victoire lui permettrait de briguer un deuxième mandat. Comme les femmes sont plus fortes que les hommes, Margaret gagne. Les Malvinas, restent Falkland. Ça, c’est la version officielle. Les histoires entendues sont un peu différentes. D’abord les argentins. Du côté de l’armée, l’idée était d’aller poser un drapeau argentin en Géorgie du sud puis sur les Malouines pour attirer l’attention, y laisser une petite dizaine de soldats et aller devant les Nations-Unies pour négocier le retour des Malouines et de la Géorgie dans le giron argentin. Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Suite à la pose du drapeau, le peuple argentin, qui la semaine précédente faisait ses premières grosses manifestations contre un gouvernement dont il ne voulait plus, est à nouveau descendu dans la rue, mais pour cette fois applaudir la « prise » des Malouines. Le président, euphorique dans ses vapeurs d’alcool, a lancé l’attaque pour reconquérir définitivement les cailloux. Et il a perdu. Guerre et morts inutiles. Le peuple argentin a vendu son or pour des soldats qui mourraient de faim et de froid. Mais la viande a canon venu des déserts du nord de l’Argentine n’en a jamais profité. Elle s’est faite écartelée, crucifiée pour avoir chassé quelques moutons au sang chaud et aux protéines au combien vitales pour les estomacs affamés. Guerre inutile. Le Foreign Office, le ministère des affaires étrangères britannique avait commencé à faire des plans pour rendre les Malouines aux argentins, ces bouts des cailloux sans intérêts. Sur les Falkland, on dit même que l’armée argentine était bien plus forte que l’armée anglaise, que les bateaux anglais ont mis beaucoup de temps à arriver, qu’un cargo chargé d’hélicoptères, d’avions et d’armes a coulé avant de toucher terre. Qu’il s’en ait fallut de peu pour que les Falkland deviennent Malvinas. Mais le président argentin a perdu et la dictature s’est effondrée. Aujourd'hui les malouins sont anglais jusqu’au bout des ongles et en 2012 les deux parties ont fêté les trente ans de la guerre... La Christina bat de l’aile et se tourne vers les Malouines, soutenue par un Evo qui connait bien les revendications territoriales.

 

Les Malouines, toujours des moutons, moins nombreux, victimes de l’exode rurale. Quelques mines qui interdisent les plages. Stanley, tranquille, qui ferme ses portes pour la saison, en attendant les prochains bateaux de croisière qui recommenceront à déverser leur millier de touristes au printemps prochain. Un musée. Pas fort en histoire, qui évoque à peine 1982. Un hôpital. Où l’on y apprend qu’une consultation médicale coûte 280 livres à un étranger. J'entends Dominique, UN HÔPITAL !!!! Oui, oui, petite douleur au ventre pour Florent et face aux jours de pleine mer qui nous attendaient, l’envie de s’assurer que ce n’était pas une improbable appendicite. Avant de partir pour les 24h du Mans, le docteur a dit c’est rien. Y’a des douleurs on ne sait pas ce que c’est, surtout avec le ventre, mais là pas d’inquiétude. Moi je pense que c’était psychologique...AtlantiqueSud--40-.JPG

Puis c’est J6, le départ pour Beaver Island, l’ile de Jérôme, un ami de nos capitaines. Une nuit et un jour de navigation. L’estomac bien accroché grâce au Mercalm. Les quarts dans le froid. Les orteils qui se gèlent. Le vent, la houle. Le stress du capitaine quand les garçons ont du mal à tenir leur cap au milieu des cailloux invisibles dans la nuit. Les damiers du cap, petits oiseaux noirs au ventre rond et blanc, les albatros, les grands, les gris, qui courent sur l’eau pour s’envoler, les petrelles géants qui se prennent pour des albatros (ou que l’on prend pour des albatros). L’arrivée sur Beaver dans les lumières du soir.


J12. Trop de vent pour descendre à terre. Sieste obligatoire sur le bateau et repos pour le capitaine grippé.


J13. Il faut aller voir Jérôme sinon il va finir par se vexer, sacre-bleu. Les jambes des cyclistes sont bien contentes de se dérouiller un peu ! Mais le vent et les giboulées nous pousse dans la maison. Qu’il y fait bon ! Derrière la fenêtre, les flocons de neige passent à l’horizontale. Entre deux coups de vent nocturnes nous remontons au bateau.

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J14. Pendant que les marins vont chasser le mouton avec Jérôme, les cyclistes courent voir leurs premiers pingouins, pardon manchots. Ce n’est pas parce que Cousteau a dit que c’était n’importe quoi cette histoire de manchot, qu’il faudrait pour autant traiter tout le monde de pingouins. Les manchots de Beaver restent tout l’hiver ici. Flemmards ! Chance pour nous ! Manchots papous au petit bec rouge. Papous par erreur. Lors de l'expédition où son nom lui a été donné, les caisses ont été mélangées et le manchot des mers froides s’est vu accolé l’étiquette Papouasie. A Paris, pas de problèmes, le manchot s’est fait papou. Fin de journée, les manchots rentrent de la pêche. Et ho, et ho, on rentre du boulot...


J15. Vent de folie. Le capitaine nous débarque. Nous n’allons pas aller voir les falaises. On propose a Jérôme d’aller voir son antenne téléphone/internet sur la colline, comprendre pourquoi il est coupé du monde depuis quelques heures. On rampe pour ne pas s’envoler. Trop difficile d’y comprendre quelques chose avec ce vent. Nous rentrons bredouille et nous nous mettons à la confection de merguez. Plus rentable. La nuit tombe. Le vent souffle toujours aussi fort. Les garçons ne peuvent pas débarquer. On attend. 21h, Jérôme décide qu’il est l’heure de manger, tant pis pour les marins bloqués sur leur navire. 22h, toujours personne, Jérôme nous indique des lits de libres, certain que nous allons passer la nuit à terre. 22h10, appel du voilier. Le zodiaque s’est fait la malle, il est échoué sur la rive, pas de débarquement possible. Jérôme remet son bonnet, on remet les cirés et hop dans la landrover sans phares direction, haahhhh, pas par là c’est la mer, faut passer par en haut, ça y’est c’est bon, on peut s’arrêter, on est tout près. Oui, mais je n’ai pas de freins. Comment ça pas de freins? Le dingui est là, plaqué sur la rive par le vent, rempli d’eau par les vagues. Impossible de le bouger, le monter sur la plage ou le mettre plus à l’abri à l’intérieur de la baie. Appel à la radio, le capitaine transformé en homme grenouille arrive avec une amarre pour tirer le dingui sur le bateau. Dans la nuit, Aurélie glisse, à plat ventre sur les rochers. Une douleur terrible dans le genou droit. La voilà boiteuse au côté d’un Jérôme qui pousse des cris de douleurs sous les assauts de sa sciatique. Flo va aider l’homme grenouille. La nuit, le vent, les vagues, des cris. Le dingui, vide de son eau, vogue vers les eaux plus calme de la baie. Retour vers la voiture. Jérôme glisse,

AtlantiqueSud--50-.JPGvol plané sur la sciatique. Deux boiteux essayent de rejoindre la landrover. Flo se met à courir à côté du véhicule pour éclairer le chemin. On attrape au vol nos affaires dans la maison et on rejoint le ponton clodinclodan. Retour au bateau.

J16. Capitaine tout sourire au réveil. Va voir comment se porte Jérôme. Retourne à terre avec les garçons pour aider Jérôme à déconstruire des barrières pendant qu'Aurélie se demande comment réparer son genou qui ne veut plus rien porter. Jérôme nous a ramassé des moules. Les moules de Beaver, les meilleurs moules du monde! Crues avec du citron ou en marinade, un régal!

 

J17. La maladie s'attaque à Flo et envoie la capitaine au fin fond de sa bannette. Le reste de l'équipe masculine va travailler la barrière à terre. Aurélie ménage son genou. Le vent souffle, le départ est reporté jusqu'à lundi. Cette fois c'est dîner de calamar. Le calamar des Falklands, le meilleur calamar du monde! Tendre, fin, huum.

 

J18. Personne ne sort. Les malades maladient. Les autres regardent des films, lisent, passent le temps.

 

J19. Le vent souffle. Report du départ au lendemain. L'équipe masculine vaillante part à la chasse aux rennes... mais que font les rennes sous ces latitudes. Pas vraiment endémiques les bestiaux. Et non. Les norvégiens ont apportés des rennes en Géorgie du sud. Des protéines sauvages faciles à chasser. Depuis les bestioles pullulent sur l'ile et ça commence à poser problème. Jérôme et Sally, pour changer du mouton, en ont apporté une petite quinzaine sur Beaver. Se plaisent bien ici aussi les bestiaux, alors de temps en temps il faut aller en chasser quelques-uns. Le soir Jérôme nous prépare des steaks de moutons, les moutons des prés salés de Beaver...les meilleurs moutons du monde ! Tendres, goutus, huum.

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J20. Départ! Le soleil brille, le vent ne souffle presque plus, parfais pour des balades à terre, le top pour repartir. Il faut enlever les deux ancres les quatre amarres installées pour ne pas s'envoler. Ça prend du temps. Le capitaine s’énerve. Les manœuvres ne vont pas assez vite. L'équipage ne réagit pas toujours au quart de tour. Besoin de comprendre avant de faire. Il fait beau, nous ne sommes pas pressés, pourquoi tant de cris?

Départ au pré. Les vagues, le vent. Les vomissements reprennent. Les crises de tétanies arrivent. Faute grave : oublie de la pilule magique. Impossible d'assurer les premiers quarts. S'allonger, se reposer, gérer les crises. Se calmer et quand enfin l'esprit s’apaise, prendre la pilule qui sauve. L'avaler, la garder. 4h du matin, je peux enfin reprendre mes quarts. Petit soulagement du reste de l’équipage. Flo, lui, est toujours au lit, à lutter contre la fièvre, la maladie ne le laisse pas tranquille. Du coup l’enchaînement des quarts est plus difficile de 3h/3h/2h, soit 5 heures de repos entre chaque, nous passons 3h/3h. Dur, dur. La fatigue se fait ressentir.

 

J21. Flo essaye de prendre son quart. Il s'affale sur la table. Retour au lit.

 

J22. Flo tente une nouvelle sortie matinale qui finit par aboutir en fin de journée. Alléluia! Le malade continuera de lutter à la barre, mais donnera du repos à ses camarades.

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J23, 24, ...27. La routine des quarts s'installe, facilité par les degrés gagnés. On garde les moufles, mais les orteils dégèlent. Aurélie fait son premier pain, cuisine quelques légumes pour changer des pâtes. Le capitaine s'attaque aux gigots de moutons qui pendaient à l'arrière. Le renne doit faisander encore un peu. Le vent se calme, la mer est de plus en plus plate. C'est plus facile. Un seul reste à la barre pendant que l'autre se repose au chaud à l'intérieur. Sur le petit bateau, chacun est désormais seul. Seul à la barre, seul devant son ordi, seul dans son lit. Plus de vent, en tout cas pas assez pour tenir le cap direct pour Piriapolis. On enlève les voiles, allume le moteur. Les damiers du cap se font de plus en plus rares aux petites heures du matin. Les albatros sont toujours là pour nous saluer. Quelques otaries endormies nous font signe de la nageoire. La mer devient plus chaude. Les pingouins sont là! Manchots de Magellan flottant nonchalamment. Petits filous, fait meilleur par ici. Dernière nuit. Le vent revient. On hisse à nouveau les voiles. Le bateau reprend de la vitesse. Nous entrons dans le Rio de la Plata. Attention aux cargos !

 

J27 Petit matin, lumière de Piriapolis en vue. L'arrivée, venue plus rapidement que prévue. Ça y'est c'est fini. Pas d'activité dans le port. C'est jour férié!

Pied à terre, le sol bouge. Tour dans le port. Pas un seul voilier n’est en partance pour l’Europe. Fini la saison. Tant pis. Nous courrons dans un internet café. Vite écrire aux compagnies de cargo, savoir quand sont les prochains départs. CMA-CGM tarde à répondre, Grimaldi nous annonce un départ le 17 juillet de Buenos Aires. Un mois de cargo pour reprendre notre indépendance, retrouver le moral et planifier l’avenir, ouhouh !

 

 

Uruguay, Tranqui’

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20 juin nous reprenons les vélos dans la brume matinale et le calme des stations balnéaires désertes. La chute sur Beaver se fait douloureusement rappelée. Le trafic s’intensifie à l’approche de Montevideo. Stella et Tadeo nous ouvrent grand leur porte et leurs bras. Nous installons notre QG organisation du retour chez eux et nous enchainons les nuits réparatrices de 12h. Le cargo prend du retard. Finalement il ne s’arrêtera plus à Buenos Aires, mais à Montevideo ou Zarrate (à 80km de Buenos Aires). Nous élisons Zarrate pour aller faire un tour à Buenos Aires et ne pas avoir à traverser deux fois le Rio de la Plata.

Montevideo. Ville tranquille qui s’endort les fins de semaine. Le centre historique, centre des affaires, est vide les jours de repos. Les habitants marchent nonchalamment le maté dans une main, le thermos calé sous le bras. Dimanche, tango improvisé dans le parc. Les couples de tous âges tournent autour du tas de vêtements et des matés laissés sur le sol. Montevideo. Y flotte un parfum français, des rues bordées de platanes, des immeubles parisiens. Le musée précolombien expose des photos prises en Europe : des indigènes y ont été emmenés pour être exhibés au jardin des plantes à Paris, transformé pour l’occasion en zoo humain. Des indigènes, nous n’en croiserons ni dans les rues, ni dans les campagnes.

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Nous renfourchons nos bicyclettes sous une chaleur tropicale ! La route ondule dans la plaine. Petite montée, petite descente. Petite descente, petite montée. Le genou droit n’apprécie guère…et son compatriote n’aime pas trop forcer pour deux. Le lendemain la température chute en même temps que la pluie. Les trois jours de la Saint Jean sont passés, l’hiver revient et nous freine dans notre élan vers Colonia.

Colonia, jolie petite ville coloniale, tranquille. Florent n’a pas perdu l’œil. Drôle de pavage, pas normale cette façon de faire. La réponse vient rapidement : les portugais, mais oui bien sûr ! Ils sont venus jusque-là les bougres. Le Rio de la Plata, porte d’entrée aux richesses de l’Amérique du sud : or, argent, cuir. Lieu stratégique disputé par tous : espagnols, anglais, français et portugais.

Colonia, un port, toujours et des buque pour Buenos Aires.

 

 

Buenos Aires, Capaz, on part bientôt…

 

A peine débarqués, nous nous engouffrons au milieu des camions…l’horreur. Échappée vitale vers Puerto Madero, l’ancien port marchand transformé en port de plaisance au milieu des immeubles et restaurants chics. Buenos Aires, le cargo tarde à arriver : bloqué à Rio pour cause de problèmes de douanes, bloqué dans le Rio de la Plata pour cause d’embouteillage. Nous visitons la ville et les musées : quartier touristique aux milles couleurs descendues des pots de peintures des bateaux ; quartier des affaires à la circulation un peu folle ; place de mai : les soldats de la guerre des Malouines demandent la reconnaissance des erreurs de la guerre tout en réclamant le retour des îles dans le giron argentin ; dans l’ancienne caserne ESMA devenue musée de la mémoire, tous les dix mètres, des photos de Nestor et Christina nous accompagnent dans l’allée qui mène au pavillon dédié aux mères de la place de mai ; les cafés de Palermo mettent les tables sur les trottoirs, nous visitons les bars branchés, mais ne connaîtrons pas le Buenos Aires de Carlos Gardel.

 

Puis c’est le feu vert : le bateau est à Zarrate ! Nous pouvons y aller. Train ou vélo, il faut choisir. Deux mois passés sans vraiment faire d’exercices physiques, un mois à venir sans même une balade urbaine. Nous choisissons les 90km de vélo le long de l’autoroute. Le genou va mieux, mais la tête haït toujours autant la circulation…

Zarrate. Les pompiers nous arrêtent dans la rue et nous ouvrent une pièce où passer la nuit. Le correspondant du journal local vient prendre note des activités du week-end pour remplir la colonne des faits divers.

 

Lendemain, 8h, les cyclistes français font la une du El Debate de Zarate! Leur message à l’humanité : Se puede hacer mucho con poco ! Mais il faut partir vite, vite pour le port. Rendez-vous à 9h avec l’agent local. Pas le temps de profiter de cette petite notoriété.

9h. Port de Zarrate, le soleil brille, les pompiers de San Jose viennent chercher un véhicule. Nous attendons. 9h30, nous étudions le système de sécurité d’entrée dans le port. Un badge, un air décidé, pas un regard pour les gardes et vous évitez la fouille obligatoire. 10h, toujours rien, coup de téléphone à l’agent local : il n’a jamais entendu parler de nous ! Coup de téléphone à droite, à gauche, au milieu : le capitaine nous accepte à bord. Seul problème, plus de place, les autres passagers ne peuvent pas débarquer avant Montevideo, donc pour nous ce sera l’hôpital. Pas de problème, les lits médicalisés ont connais et le plus important c’est d’être à bord, des fois que le bateau reparte sans nous. Notre cargo : Grande America, un énorme immeuble avec quelques containers à l’avant. Une allure particulière avec ses grands garages destiné à accueillir toute sorte de chargement n’entrant pas dans des containers : les voitures disputent la place aux tracteurs, pelleteuses, moissonneuses, camion poubelles, camions pompiers, bateaux, niveleuses et camping-car de baroudeurs.

Port de Zarrate : immense parking remplie de voitures en attente de dédouanement. La politique de protection de Christina n’empêche pas seulement l’achat de devises étrangères, mais limite aussi les importations. Les cyclos ne peuvent pas recevoir leurs montures offertes par des marques étrangères, les marques automobiles ne peuvent importer que l’équivalent de ce qu’elles exportent. Conséquences : des milliers de véhicules coincées à Zarrate…ce qui n’est pas pour nous déplaire, encore que ne pas les produire aurait été beaucoup mieux.

Le déchargement, chargement, dure. Les week-ends chaumés, les pauses, la grue qui ne marche pas, les containers qu’il faut débarquer par camion un à un par l’intérieur du bateau, un brin de fainéantise. Le séjour à Zarrate s’éternise. L’équipage tente de prendre son mal en patience. Les passagers espèrent débarquer un jour.

Annonce du départ ! La porte se ferme, vuiiiiiiiim, tak, elle se réouvre,haahhhhhhh. Le camion descend à toute allure, fonce au fond du parking et revient…avec un container. Oubli de dernière minute !

 

Mais ça y’est le cargo descend le rio Parana et entre dans le Rio de la Plata, porte de sortie pour l’Atlantique, dernière et ultime traversée avant de poser à nouveau les roues sur le sol français !

 

 


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